Publié le 11 Mar 2015 - 16:31
PANORAMA

Pourquoi Paris Recadre Wade

 

‘’C’est un non-lieu‘’ qui serait une surprise dans l’affaire de la traque des biens mal acquis ! Ce sont ces propos de l’ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Félix Paganon, qui ont fait bondir les avocats les plus déterminés de Karim Wade. C’est un mauvais procès fait à l’un des hommes parmi les mieux renseignés sur ce pays après le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Qui est fou ?

Même s’il n’y a pas mis les formes, le diplomate le plus influent de la place de Dakar (avec son homologue américain), a pensé tout haut ce que beaucoup d’observateurs pensent tout bas. Globalement, il juge que rien de grave ne se passe. A savoir que  ça ne sent pas bon pour le fils de Me Wade, pourtant de double nationalité franco-sénégalaise. Dans le monde des avocats, le talent réside dans le fait de toujours tutoyer la ligne rouge.  Les diplomates aussi font pareil. A la fin de leur carrière, ils ne peuvent s’empêcher de parler, de dire leur sentiment et de faire savoir qu’eux aussi ont une opinion. Un diplomate est par essence un homme discret, peu disert, porté dans les négociations, et généralement propre à retomber sur ses pattes. Ce n’est pas pour rien que la rue Amadou Assane Ndoye a tenu à s’exprimer.

Les hommes politiques sénégalais ont une sainte horreur de l’opinion des diplomates en place à Dakar ; et cela, depuis les années Wade. C’est une attitude bien de chez nous que nous n’aimons pas qu’on opine sur nos turpitudes.  L’actuel haut représentant de la France au Sénégal n’a rien dit de plus que ce que les leaders d’opinion, journalistes ou hommes politiques disent tous les jours.  L’ancien président de la République, très chatouilleux sur tout ce que disent les gens de la conjoncture politique locale, s’est montré souvent très remonté contre les diplomates français en place à Dakar, alors que lui-même est le plus français de la scène politique locale. Qui crèche à Versailles ?

Me Wade a eu la tête de Jean-Didier Roisin, qui fut un moment l’une des sommités du Quai d’Orsay, siège du Ministère français des Affaires étrangères. Il est vrai qu’en tant que président de la République, c’est bien lui qui recevait les lettres de créances. Il a fait face au génial écrivain Jean-Christophe Ruffin, l’un des premiers à théoriser les risques qu’il y avait à tenter de développer ce que l’on a appelé une ‘’dévolution monarchique ‘’ du pouvoir au Sénégal, alors que le Sahel commençait à bouillir. Quelques mois plus tard, Me Wade demandera et obtiendra le départ et la réorganisation des Forces Armées françaises au Sénégal.

Quand l’ambassadeur de France se dévoile, il faut tendre l’oreille. En général, c’est pour lancer un message. Ce qu’a voulu dire Paganon, c’est que la France considère globalement que les politiques menées actuellement au Sénégal l’agréent, et que la coopération entre les deux pays est au mieux.   

Jean-Félix Paganon savait ce qu’il disait quand il a évoqué ‘’l’affaire Karim Wade ‘’. Qui sont mieux informés que les Français à propos du Sénégal dans ce monde ?  Des intellectuels se sont même demandé pourquoi ce pays ne parvenait jamais à se défaire de l’influence de l’Hexagone. ‘’Quand la France parle, ce sera ça !‘’ Vrai ou pas,  le fait est que le Finistère de l’ouest-africain est quand même la première zone d’influence de la France en Afrique de l’Ouest.

L’ingérence et l’expression d’une opinion sont différentes. La France ne s’ingère plus, sauf quand elle s’implique dans les affaires de ses entreprises installées à l’extérieur, ou pour des affaires géostratégiques.  Paganon, qui devrait vraisemblablement  terminer sa grande carrière au Sénégal, est un orientaliste, ‘’Langues O ‘’, et qui a quand même été plénipotentiaire de son pays  dans des zones d’influence. La France ne nomme pas n’importe qui comme ambassadeur de France au Sénégal.

De Claude Hettier de Boislambert, premier ambassadeur de France au Sénégal,  à Jean-Félix Paganon, une tradition est bien établie. Quand il faut le dire, ils disent. Gênés par leurs différents engagements militaires dans le Sahel et en Afrique Centrale, après la longue crise ivoirienne, les Français ne peuvent envisager une crise politique au Sénégal. Dans une intelligence bien comprise, Paris n’envoie des messages que quand cela est nécessaire. Ce qui est le cas.

Mame Talla Diaw

 

 

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