Publié le 11 Feb 2014 - 09:40
PIT, YOONU ASKAN WI, LD

 Les griefs s'accumulent contre l'acte 3

 

Pour des partis membres de la coalition au pouvoir, l'envergure de la réforme de l'Acte 3 de la décentralisation aurait dû pousser le président de la République à opter pour des concertations sérieuses et inclusives.

 

Les orientations prises par le président de la République dans le cadre de la réforme de l'Acte 3 de la décentralisation soulèvent des vagues au sein de Benno Bokk Yaakaar (BBY). Au fur et à mesure que le chef de l'État insiste dans sa logique, la ''rébellion'' gagne du terrain au sein du camp présidentiel où certaines formations politiques telles que la Ligue démocratique (Ld), le Parti de l'indépendance et du travail (Pit), certaines franges du Parti socialiste (Ps) ainsi que Yoonu askan wi (Yaw) fustigent l'absence de consensus autour de cette question jugée par tous «d'envergure nationale».

«On ne nous a même pas consultés»

«Comment en tant qu'alliés dans BBY, on ne nous consulte même pas sur un projet de loi qui concerne éminemment les partis politiques ?'' s'est interrogé le Secrétaire général de la Ld, contacté hier par EnQuête. ''Quand on prend des décisions sans nous consulter, on le dit clairement. Nous n'allons pas assumer des responsabilités qui ne sont pas les nôtres même si nous sommes au pouvoir'', a soutenu Mamadou Ndoye Mendoza. Soulignant ainsi que leur position sur la question est tout à fait ''légitime''. ''Nous sommes prêts à l'assumer n'importe où'', précise-t-il.

''Une réforme aussi sérieuse que l'Acte 3 de la décentralisation aurait dû pousser le président de la République et son gouvernement à plus de patience en termes de concertation pour pouvoir valider un document largement partagé'', estime pour sa part le porte-parole de Yoonu askan wi. Selon Madièye Mbodj, ''même s'il y a eu un début de concertation à un moment donné, cela ne s'est pas malheureusement poursuivi''. ''Brutalement elle a été stoppée par le projet de loi déposé sur la table de l'Assemblée en procédure d'urgence.''

Même du côté du Pit, on souligne que «l'acte 3 de la décentralisation, comme volonté d'aller en profondeur dans la démocratisation de notre société, concerne tous les Sénégalais et mérite qu'on lui accorde le temps nécessaire (à son mûrissement) afin de le partager et de le traduire dans ses aspects les plus consensuels''. Pour autant, estime le porte-parole Samba Sy, ''il faut renforcer le débat dans la mesure où il y a manifestement des aspects majeurs sur lesquels les acteurs ne s'accordent pas comme la disparition des régions''.

«Les Assises, incontournables»

Les griefs soulevés par ces différentes formations politiques sur la réforme de l'acte 3 sont multiples et variés. Outre l'absence de consensus sur certaines orientations, ces membres de BBY reprochent à leur allié Macky Sall d’être allé trop vite en besogne en votant le projet de loi en procédure d'urgence.

«La réforme telle qu'elle a été menée n'est pas cohérente en ce sens qu'on nous parle d'une première phase sur la communalisation intégrale et l'érection des départements en collectivités locales, et d'une deuxième phase qui n'est pas encore définie''. Selon eux, ''il fallait poser la réforme de façon systématique et globale pour qu'on ait une vision d'ensemble, au lieu de se précipiter à faire un morceau pour reprendre plus tard un autre morceau''.

En outre, Yoonu askan wi reproche au président de la République de n'avoir pas fait en amont ''le bilan exhaustif de l'acte 2 de la décentralisation pour en identifier les faiblesses''. Selon Madièye Mbodji, ''la question du financement des collectivités locales ainsi que celle du pouvoir local sont des questions importantes qu'il fallait d'abord régler''. De même que ''les derniers découpages des collectivités locales qui ont été faits sur des bases tout à fait arbitraires au bon vouloir de Abdoulaye Wade''.

Le diagnostic est implacable à ce niveau. «Ces découpages, simplement faits sur la base de calculs politiciens, n'obéissent à aucune cohérence, à aucun fondement ni économique, ni social, ni culturel, ni géographique», s'insurge Yoonu askan wi. Et puis, enfonce-t-il le clou, «quand on parle de pôle territorial, de pôle économique, on ne peut pas faire l'impasse sur les Assises nationales».

ASSANE MBAYE

 

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