Publié le 9 Jul 2020 - 02:20

Pour saluer Soleya Mama

 

Comment, à peine émergé de la tristesse accablante dans laquelle m’avait plongé l’annonce brutale  de son décès, rendre à Ousmane Sow Huchard  l’hommage qu’appelaient son envergure et sa trajectoire?

Cette question n’interpelait pas  seulement ma capacité à sortir de l’étourdissement causé par la nouvelle de sa disparition. Elle reflétait aussi l’immensité d’un défi herculéen devant lequel il paraissait plus sage de reculer avec humilité. De confier à ceux qui possédaient la même capacité prodigieuse de production intellectuelle que lui  les lauriers d’immortalité qu’il mérite et que, de toute façon, on lui tressera.

Mais, la pression amicale surgissant de partout,  je me résous,  tout en étant conscient de mes limites, et le cœur toujours meurtri, à m’essayer à ce qui, après tout est un devoir incontournable.

Waato sita ! Oui l’heure a sonné !

Avant que  celui qui nous façonnera, littéralement, tous les deux à son image ,  notre mentor et Maitre commun , Makhily  Gassama, figure légendaire de la politique culturelle sénégalaise, ne nous appelât, une fois nommé Ministre de la Culture ,  tous les deux dans son cabinet, je connaissais déjà de réputation et même fréquentais assez régulièrement mon voisin d’alors,  à la Gueule Tapée, Ousmane Sow Huchard.

Mais c’est dans l’exécution de la feuille de route, produit de la vision lumineuse et des exigences d’action rigoureuse et méthodique du Ministre  Gassama que je prie la pleine mesure de la multiplicité de ses compétences et de la variété de ses talents.

Que je compris mieux la dénomination  que lui et ses défunts amis les  feus  musiciens  André  Lô et Lamine Bounda Konté,  ce dernier l’ayant  précédé de peu dans les prairies célestes,  donnèrent à l’orchestre qu’ils ont fondé et animé.

Waato sita !

Ces férus de culture mandingue  avait tiré de cette langue le cri de ralliement qui les  rassemblait et par lequel ils mobilisaient.

 Waatoo  siita,  était plus qu’un  slogan. C’était  une  sonnette d’alarme. Celle annonçant  la fin de la récréation, le moment de  se retrousser les manches, le  temps de l’engagement et du combat.

Exactement la détermination  que voulait  partager avec nous Makhily Gassama. Le  nouveau Ministre  estimait, en effet,  qu’il n’y avait plus de temps à perdre pour ensemencer les  champs culturels divers et immenses que notre pays avait un besoin urgent de faire fructifier.

Mahily  Gassama avait su nous donner confiance en nous-mêmes et créer entre nous deux des liens de fraternité et de confiance réciproque facilitant la collaboration qu’il attendait de nous.

Pour renforcer notre capacité à le  soutenir, Gassama nous envoya pendant plusieurs mois au Québec, province dont il admirait beaucoup la politique culturelle et dont  Soleya était un pur produit des Universités.

Dans les résultats attendus de notre  formation figuraient :

-L’étude des méthodes d’administration culturelle de la Belle Province ainsi que celle de la mise en  cohérence des composantes de  sa  stratégie de développement culturel. Une stratégie  fondée sur des soutiens différenciés mais convergents  à tous les segments de la chaine de validation des industries culturelles et créatives.

Notre présence coïncida avec les premières années de fonctionnement  de la SDICC, Société de Développement des Industries de la Culture et de la Communication, qui  donnera naissance à l’actuelle SODEC,  fer de lance des réalisations québécoises dans les domaines que voilà

-La création ou/et la gestion d’évènements culturels  de dimension internationale adossés à des manifestations locales  maillant le territoire national. A cet effet Soleya et moi eûmes, sous la férule de son Directeur, Louis Cournoyer, le privilège  d’observer de près  les derniers préparatifs du Festival international d’été de Québec. 

Peu après le Festival, son équipe dirigeante visitera d’ailleurs le Sénégal où elle participera à plusieurs discussions avec les professionnels locaux sur la  valorisation ou la création  d’infrastructures  d’accueil et la définition d’un dispositif de formation aux métiers et qualification nécessaires pour les faire fonctionner.

Il faut dire que  Makhily Gassama ne cachait pas sa résolution de confier plus tard à Soleya Mama  l’organisation du troisième Festival des arts nègres. Mais aussi la finalisation, tant espérée, du Musée des Civilisations noires si chère à Senghor.

Cette dernière Intention il  la précisa quand Soleya et moi l’accompagnâmes dans la visite officielle qu’il fut invité à effectuer au Québec. Visite au cours de laquelle il attacha une grande importance au musée de la civilisation qui  avait été inauguré trois ans auparavant. Nous prîmes alors de nombreuses notes sur  la politique muséographique  de l’institution, particulièrement sur la recherche et l’acquisition de son fonds d'objets ethnographiques et historiques.

Cher Soleya, tu le sais toi-même, je pourrais consacrer des pages et des pages à ton œuvre colossale de perpétuel bâtisseur en  réservant, par fierté,  des lignes à ce que nous avons fait ensemble.

Je me contenterai, pour clore ce bref éloge funèbre de rappeler la totale incrédulité dans laquelle nous avait plongés l’annonce du départ de notre mentor  Makhily  Gassama. Le retentissement  de ce qu’il avait déjà réalisé et la densité des chantiers  qu’il avait balisés méritaient sans aucun doute, aux yeux d’une réconfortante majorité d’artistes et autres femmes et hommes de culture, le temps de la réalisation.

Tu me confieras plus tard que c’est cela qui fut à la base de ton « entrée en politique ».

 Sur ce terrain ô combien difficile, tu  as choisi, sans surprise,  l’Ecologie.

 Inlassable fantassin de la défense et de la promotion de la diversité culturelle, tu te sentais, tout naturellement,   à l’aise avec l’autre face de la médaille  choisie pour l’accomplissement de ton destin. Celle qui réclamait la préservation de  la diversité biologique dont l’UNESCO a reconnu qu’elle était l’un des facteurs de l’épanouissement durable  du  genre humain.

                                              Moustapha TAMBADOU

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