Publié le 13 May 2026 - 20:29
LE CHEMIN DE L’ESPOIR

Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée

 

La relation entre la France et l’Afrique, et plus particulièrement avec le Sénégal, est un sujet complexe, souvent réduit à des slogans clivants ou à des postures idéologiques. "France Dégage", "À bas la Françafrique"… Ces formules, bien que porteuses d’une colère légitime, ne sauraient résumer à elles seules la profondeur des enjeux qui nous lient à notre ancien colonisateur. Elles risquent même, par leur radicalité, de nous enfermer dans une logique de confrontation stérile, alors que l’urgence est ailleurs : construire une relation bilatérale apaisée, respectueuse de notre souveraineté, et tournée vers l’avenir.

Le sommet France-Afrique, qui se tient régulièrement, est un symbole de cette asymétrie persistante. Comment un pays, aussi puissant soit-il, peut-il prétendre dialoguer d’égal à égal avec un continent entier ? Cette configuration, héritée d’une époque révolue, donne l’impression que la France s’arrogé le droit de parler au nom de l’Europe, comme si l’Afrique n’avait d’autre choix que de s’asseoir en face de son ancien colonisateur pour discuter de son destin. Pourquoi ne pas imaginer, à la place, un sommet Europe-Afrique ? Un cadre où le Sénégal, aux côtés de ses partenaires africains, pourrait négocier avec l’ensemble des pays européens, sans que la France ne joue les intermédiaires ou ne s’érige en porte-parole unique.

Ce n’est pas un hasard si les relations entre la France et l’Afrique sont si souvent tendues. La mémoire coloniale pèse encore, et les blessures du passé ne se referment pas par décret. Mais la réponse ne réside pas dans le rejet pur et simple. La réponse, c’est la refonte. Une refonte qui passe par le respect mutuel, la reconnaissance des torts historiques, et la construction de partenariats gagnant-gagnant, où le Sénégal ne serait plus un simple réceptacle de décisions prises à Paris, mais un acteur à part entière, maître de son développement.

La France n’est pas l’ennemi. Elle est un partenaire, parmi d’autres, avec qui nous partageons une histoire commune, des liens humains, culturels et économiques profonds. Des centaines de milliers de Sénégalais vivent en France, et des milliers de Français vivent au Sénégal. Nos universités, nos entreprises, nos artistes collaborent au quotidien. Rompre ces liens serait une erreur. Mais les accepter tels quels, sans exiger le respect de notre souveraineté, en serait une autre.

Alors, de quoi parlons-nous concrètement ? De rééquilibrer nos relations.

D’abord, sur le plan économique. Le Sénégal ne peut plus se contenter d’être un marché captif pour les entreprises françaises ou un réservoir de matières premières. Nous devons diversifier nos partenariats, oui, mais aussi exiger que les accords commerciaux soient justes et équitables. Pourquoi nos ressources naturelles, notre pêche, notre agriculture ne profitent-elles pas davantage à notre population ? Pourquoi les entreprises françaises bénéficient-elles d’avantages que nous n’obtenons pas en retour ? Il est temps de renégocier les contrats, de favoriser les transferts de technologie, et de veiller à ce que les investissements français au Sénégal créent des emplois locaux et contribuent à notre développement durable.

Ensuite, sur le plan monétaire. Le débat sur le FCFA est légitime. Cette monnaie, liée à l’euro, est souvent perçue comme un outil de domination économique. Mais la solution n’est pas nécessairement dans une rupture brutale, qui pourrait déstabiliser notre économie. La solution, c’est une réforme en profondeur, négociée avec nos partenaires de la CEDEAO, pour aboutir à une monnaie commune africaine, indépendante et stable. Le Sénégal doit jouer un rôle moteur dans cette transition, en collaboration avec les autres pays de la sous-région.

Sur le plan militaire, la présence française en Afrique est un sujet sensible. Nous ne pouvons plus accepter que des bases étrangères sur notre sol soient perçues comme une menace à notre souveraineté. Mais nous ne pouvons pas non plus nous priver de coopérations utiles, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ou de formation de nos armées.** La réponse ? Des accords clairs, transparents, et limités dans le temps, où le Sénégal serait traité en partenaire et non en protégé.

Enfin, sur le plan culturel et éducatif. La francophonie est une richesse, mais elle ne doit pas être un carcan. Notre langue, c’est le wolof, le sérère, le peul… avant le français. Nos enfants doivent maîtriser leurs langues maternelles avant d’apprendre celles des autres. Nos universités doivent former des élites africaines fières de leur identité, et non des clones des élites françaises. La coopération éducative doit être un échange, et non une simple exportation de modèles.

La France a des responsabilités historiques. Elle doit reconnaître les crimes de la colonisation, de l’esclavage, et des décennies de Françafrique. Mais le Sénégal a aussi ses responsabilités. Celles de ne pas tomber dans le piège de la victimisation, de ne pas laisser notre colère nous aveugler, et de construire, avec lucidité, des relations nouvelles, fondées sur le respect et l’intérêt mutuel.
Nous ne voulons pas d’une Afrique qui se contente de dire "Dégage" à la France. Nous voulons une Afrique qui dit "Assieds-toi à la table des négociations, et parlons d’égal à égal." Une Afrique qui ne se définit plus par son rapport à l’ancienne puissance coloniale, mais par sa propre vision, ses propres ambitions.

C’est pourquoi nous proposons que le prochain sommet ne soit plus un sommet France-Afrique, mais un sommet Europe-Afrique. Un sommet où le Sénégal, aux côtés de ses frères africains, pourrait discuter avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, et tous les autres pays européens, sans que la France ne joue les intermédiaires. Un sommet où l’Afrique serait enfin traitée comme un partenaire à part entière, et non comme un ensemble de pays à "gérer".

Le Chemin de l’Espoir, c’est celui d’une Afrique souveraine, fière, et ouverte au monde. Une Afrique qui ne rompt pas les ponts, mais qui en construit de nouveaux. Une Afrique qui ne rejette pas la France, mais qui lui demande de reconnaître que les temps ont changé. Une Afrique qui ne se contente pas de crier "Dégage", mais qui dit : "Travaillons ensemble, mais sur de nouvelles bases."
C’est ce message que nous portons, au nom du Parti NADEMS et de la coalition xarnubi. Pas par naïveté, mais par réalisme. Parce que le Sénégal mérite mieux que les vieilles recettes du passé. Parce que notre jeunesse mérite un avenir où elle ne sera plus tiraillée entre la colère et la résignation, mais où elle pourra enfin regarder l’avenir avec confiance.

 

Samba Kara NDIAYE
Président du Parti NADEMS

Section: 
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