Publié le 29 Oct 2022 - 18:49
PRÉSIDENTIELLE AU BRÉSIL

Le pays à la croisée des chemins

 

Jair Bolsonaro continuera-t-il à gouverner le géant de l’Amérique latine ou sera-t-il chassé par l’ancien président de gauche Lula ? Les électeurs brésiliens décideront ce dimanche 30 octobre. Le scrutin s’annonce très serré, avec le président sortant qui, lors du premier tour début octobre, a pu réduire l’écart qui le séparait de son rival.

 

Les nerfs sont à vif en cette fin de campagne, qui a mis le président sortant sur la défensive. Il y a eu d’abord l’affaire des « Vénézuéliennes ». La semaine dernière, Jair Bolsonaro a laissé entendre qu'il avait rencontré et flirté avec des mineures vénézuéliennes, qu’il a décrites comme des prostituées, avant de rétropédaler à grande vitesse. Ensuite, le ministre de l’Économie a commis une énorme gaffe en laissant entendre que le salaire minimum et les retraites pourraient être désindexés par rapport à l’inflation, ce qui signifierait une baisse du pouvoir d’achat.

Lula n’a pas hésité à exploiter cette sortie pour le moins imprudente, tout comme l’affaire Jefferson : en début de semaine, Roberto Jefferson, un ancien député d’extrême-droite proche de Jair Bolsonaro, a fait la Une des médias lorsqu’il a attaqué à la grenade et à coups de fusils des policiers venus l’arrêter. Les efforts du président pour se distancier de cet ancien élu avec lequel il a été à plusieurs reprises pris en photo, ont touché à la caricature. Impossible de savoir si cette affaire va lui coûter des voix, mais en tout cas, elle représente selon certains observateurs un condensé du bolsonarisme : violence politique, armement de la population et non-respect de la justice.  

Les réseaux sociaux, autre champ de bataille

Les tensions dans la rue se retrouvent aussi sur les réseaux sociaux, avec une dissémination vertigineuse des fake news. Les deux camps ont enlevé les gants et produisent des vidéos à la chaîne pour dénigrer l’adversaire, avec un zèle particulier observé chez les bolsonaristes. Cette bataille sur les réseaux sociaux en gendre des interventions presque quotidiennes de la justice électorale pour recadrer les adversaires, dans un effort inédit de combattre les fake news. Le président du tribunal supérieur électoral Alexandre de Moraes est devenu un acteur clé de cette campagne, il fait autant la Une que Lula et Jair Bolsonaro.  

La stratégie de Jair Bolsonaro... 

Durant cette campagne entre les deux tours, Jair Bolsonaro a multiplié les cadeaux électoraux. C’est une tradition populiste bien enracinée, mais jamais poussée à ce niveau. Augmentation et virements anticipés des aides sociales, facilitation des crédits : Jair Bolsonaro qui – il y a quatre ans – a fait campagne pour une réduction des dépenses de l’État, n’hésite pas à mettre la main à la poche des contribuables et utiliser le budget fédéral pour donner – juste avant scrutin - plus d’argent aux familles modestes. Et cela dans l’objectif de séduire un électorat plutôt acquis à Lula. Selon l’équipe de Jair Bolsonaro, c’est au sein de cet électorat que le président sortant pourrait trouver les voix qui lui manquent pour renverser la tendance. Et peut-être créer la surprise dimanche soir.

… et de Lula

L’entourage de Lula en est parfaitement conscient que cela pourrait arriver. Finie l’arrogance qui régnait au PT à la veille du premier tour lorsque, nourri par des sondages trompeurs, le parti avait déjà réservé l’avenue Paulista à São Paulo pour y célébrer, en grande pompe, la victoire de son candidat. Lula sait maintenant que rien n’est joué, qu’il faut se battre pour chaque vote. Lui qui a tant personnalisé la campagne de son parti commence à jouer en équipe ces derniers jours, en laissant plus de place à ses alliés. Lula doit également minimiser les craintes qu’un gouvernement de gauche peut toujours susciter chez les électeurs centristes.

Déjà, suivant le conseil de Simone Tebet, ex-candidate du centre-droit qui s’est rangée derrière Lula, ce dernier a abandonné la couleur rouge du Parti des travailleurs lors des meetings au profit du blanc, moins marqué politiquement. Et il a déclaré il y a quelques jours que son gouvernement – s’il était élu – ne serait pas uniquement un gouvernement du PT. Cet effort semble porter ses fruits, car plusieurs personnalités du centre-droit ont appelé ces derniers jours à voter pour l’ancien syndicaliste.

Dernier débat

Ce vendredi soir, Lula débattra une dernière fois avec Jair Bolsonaro en direct sur la chaîne O Globo. Un débat que les deux parties prennent très au sérieux parce qu'ils estiment à tort ou à raison que c’est leur dernière chance de convaincre deux groupes d’électeurs qui peuvent faire la différence dimanche soir : les indécis et ceux qui hésitent à aller voter.

De notre envoyé spécial,

 

Section: 
AFRIQUE DE L’OUEST ET DU SAHEL : Comment le terrorisme change de visage
MALI – AVENIR SECURITAIRE DE L’AFRIQUE DE L’OUEST : L’épreuve du feu entre les FAMa et l’hydre djihadiste
VENEZUELA : Le bilan du double séisme dépasse les 4.300 morts (officiel)
EPIDEMIE D’EBOLA – BILAN MEURTRIER, CRISE ALIMENTAIRE ET ISOLEMENT REGIONAL La RDC en apnée
SOUDAN : Des villages entiers rasés au Darfour, à la frontière avec le Tchad, selon l'ONU
VISITE D'EMMANUEL MACRON EN SYRIE : Diplomatie sous haute tension
EBOLA EN RDC : La barre des 500 décès franchie, selon le dernier bilan des autorités congolaises
XÉNOPHOBIE EN AFRIQUE DU SUD : La fuite en avant
MALI : Les FAMas disent avoir repoussé plusieurs assauts simultanés contre des positions militaires
ENFANTS DANS LES CONFLITS : Au total, 38 558 violations graves vérifiées en 2025
ENFANTS DANS LES CONFLITS : Un niveau record de violations enregistré en 2025
COURSE À L’ONU : Macky Sall plaide pour une réforme en profondeur et se positionne en partenaire des États-Unis
UKRAINE : La vie sous les bombardements
RANCE : Patrick Bruel mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel
GOUVERNANCE EN AFRIQUE : L’exemple béninois
SECRETARIAT GENERAL DES NATIONS UNIES Macky Sall décline sa feuille de route pour réformer l'ONU
ONU : Macky Sall n’est pas le seul candidat sans le soutien de son pays
FAYE-MACRON À NAIROBI : La diplomatie du réel
SOMMET FRANCE-AFRIQUE À NAIROBI : Le secteur privé africain interpelle sur la mobilisation des ressources et le financement des économies
SOMMET FRANCE - AFRIQUE : Un virage vers les anglophones