Publié le 13 Dec 2020 - 01:31
SÉNÉGAL

Le pays où l’enseignant est moins bien traité que le chien du politicien

 

L’enseignement est à la société ce que le cerveau est à notre organisme. Un pays qui néglige l’école est comparable à un individu qui entretient les membres de son corps mais qui n’accorde aucune attention à la santé de son cerveau, oubliant que toutes ses fonctions vitales sont tributaires du bon fonctionnement de ce cerveau. Les poumons voudront bien expirer et inspirer l’air, ils n’y parviendront pas faute de sang ; le cœur lui-même (bien qu’irrigant le cerveau) voudra bien battre, pomper et distribuer le sang dans les parties de l’organisme il n’y parviendra pas sans un cerveau bien portant. C’est dire donc que l’école est d’une nécessité plus que vitale pour une société qui vit au lieu de languir. Il suffit par conséquent d’analyser ce qu’une société consentit comme effort dans l’éducation de ses enfants pour savoir si elle est viable ou si au contraire elle ne fait que végéter.

Dans ce pays indûment appelé SUNUGAL, les ressources de la nation sont mobilisées pour l’essentiel dans le seul but de perpétuer ou d’entretenir les politiques : l’éducation est donc un cerveau paralysé. On ne le remarque presque pas, mais notre système éducatif est définitivement plongé dans l’anomie et l’asphyxie. La preuve est que la reproduction du système (c’est-à-dire la production d’enseignants de qualité) commence à poser gravement problème. Ils ont tout expérimenté aux dépens de l’école : MOSA, Ailes de dindes, Volontaires, Contractuels... Tout ça pour faire des économies. Mon Dieu, faire des économies au détriment de l’école ! C’est ce qu’on appelle considérer l’école, non comme la solution de nos problèmes, mais comme le problème de notre société.

Est-ce que les parents d’élèves savent combien leurs enfants sont exposés à la pandémie par ce gouvernement ?

Aucun matériel pour le respect du protocole sanitaire avec des classes de Terminales qui comptent plus de soixante élèves !

Les parents d’élèves et les syndicats savent-ils que jusqu’à présent, et en violation des accords, les enseignants n’ont toujours pas été rémunérés de leur déplacement pour le bac ?

Les pauvres, trois mois après la fin de leur mission, ils n’ont toujours pas droit à leur salaire !

C’est ainsi que vous traitez des patriotes qui ont bravé les pires routes du Sénégal et qui ont, imitant en cela les soldats, risqué leur vie pour sauver une année scolaire menacée ? Et vous espérer le développement ? L’enseignant est un co-apprenant : il fournit les mêmes efforts que l’apprenant en plus de ses obligations sociales complexes. Il faut le valoriser, le respecter, l’aimer, le glorifier pour le motiver et le rendre mieux vulnérable. Honte à ce régime conspirationniste qui ne peut même pas payer les indemnités du bac à des enseignants travailleurs et pauvres.

Ce scandale n’est pas fait contre les seuls enseignants, c’est une insulte faite à la nation elle-même. Cette façon de traiter les enseignants montre que nous sommes dans un pays où les autorités préfèrent engloutir des milliards pour créer des institutions fantômes plutôt que de prendre en charge les vrais problèmes de l’école. Nous avons des autorités qui n’ont aucun respect pour le génie sénégalais. Car c’est faire preuve de cécité intellectuelle et politique que de ne pas comprendre que seule une mise valeur du génie sénégalais par une école saine peut nous sortir de cette situation.

Les syndicats semblent aujourd’hui dispersés, engourdis et anesthésiés par on ne sait qu’elle ciguë d’origine politique ? Les enseignants souffrent ; ils sont exposés ; ils s’appauvrissent comme des rats ; ils sont broyés par la misère et l’avidité d’une société frivole qui n’apprécie ses fils qu’en fonction de l’argent. Nos collègues meurent beaucoup. Il y a trop de morts jeunes dans nos rangs ! Tout le monde meurt c’est vrai, mais face à cette mortalité élevée, un pays sérieux commencerait à faire des études et des enquêtes pour voir s’il n’y a pas un problème grave

Il est temps de trouver une alternative à cette asthénie syndicale, non en en créant d’autres (il y en a déjà trop) mais en les décentralisant fortement. Il nous faut, à l’échelle des régions ou des départements, des succursales syndicales bénéficiant d’une partie des Cheek-off pour prendre en charge les problèmes spécifiques sans en référer à la direction. Le centralisme inhibe et finit toujours par faire de la machine sa propre finalité. La bureaucratie syndicale est devenue l’ennemie des travailleurs. Toute bureaucratie est sujette à se muer en oligarchie. Il est temps que, dans ce pays, les citoyens apprennent à se prendre localement et directement en charge, car la volonté générale ne se délègue pas. Se faire représenter, c’est courir le risque de se faire trahir, de se faire usurper sa propre volonté. Il nous faut des brigades de de la citoyenneté, de la bonne gouvernance et de la souveraineté dans chaque parcelle du territoire.

Alassane K. KITANE

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