Publié le 4 Jun 2026 - 19:14

Observations*

 

Ce que j'observe depuis quelques mois au sommet de l'Etat sénégalais relève bien de la politique, mais de la veine, alors, la plus boulevardière qui soit; et j'en rirais sans frein si je ne me rappelais, au milieu de ce rire doublement jaune (dents de Njaaréem...), que ce mauvais théâtre, quelles qu'en soient les coulisses, produit des effets concrets et consternants sur un pays, son peuple, son économie, sa crédibilité. Je vais le dire un peu brutalement: tout me paraît médiocre et sans hauteur. Tout me paraît surtout, et c'est le plus dramatique, sans imagination.

Alors, oui: il y a des gens de grande valeur et qui travaillent et maintiennent l'espoir. Oui: le précédent régime a laissé un tissu social dégradé et une situation économique honteuse. Oui: les trahisons dans tous les sens. Oui: les défections, les déceptions, la réalité du pouvoir. Oui: la lenteur structurelle des réformes. Oui: les autres ne faisaient/ne font pas mieux. Oui à la patience. Oui, comme en amour parfois, à la rude tâche de "rompre". Oui à  toutes les catégories de circonstances atténuantes et à toutes les nuances de la justification et de la complaisance.

Oui, nul n'est parfait. Oui au campisme, dont la logique est simple: mon  parti a toujours raison et celui qui n'y est pas a tort. Oui à tout cela: c'est la politique. Mais il faut pouvoir aussi dire ceci sans être immédiatement renvoyé à une appartenance ou être suspecté de détester tel ou tel ou de cacher un agenda : le pays continue de hoqueter à force d'avaler, chaque jour, une nouvelle couleuvre (des couleuvres qui font hoqueter un pays, pas sûr de ma métaphore, sur ce coup, mais bon...).

Il faut bien que quelqu'un soit responsable. Je veux bien prendre ma part, puisque le travail de la lucidité commence par soi et son examen de conscience, et puisqu'il ne s'agit pas de donner de confortables leçons de morale en s'exonérant. Je suis aussi responsable, d'une façon ou d'une autre, de l'affaissement de la qualité du débat public. Je veux bien.

Mais les autres ? Que diront ceux qui, effectivement, ont le pouvoir ? Que diront ce qui eurent le pouvoir? Que diront ceux qui aspirent à l'avoir ?

Ce mandat, je regrette de le dire, est déjà quasi-perdu. Il est trop enlisé dans la vase des egos pour repartir dans la direction politique la plus efficace, la plus juste, la plus humble, la plus travailleuse. Jusqu'au bout, je crains qu'il ne soit plombé par les révélations et les contre-discours, les blocages et les vengeances, les procès et les règlements de compte. Un ami me disait tout cela récemment; il avait raison, hélas. Certains  autres amis pensent que cette parenthèse fortifiera notre démocratie et confirmera la maturité politique du pays. Peut-être. C'est la version optimiste. Mon impression reste que toute la machine est prise en otage par des individus. J'ai utilisé il y a quelques jours l'image du gallodrome et des coqs de combat pour décrire les tribulations guerrières des deux hommes (plusieurs, en réalité) qui se donnent en spectacle tout là-haut. Je change d'arène et d'animal: je choisis une bête que le paysan que je suis aime beaucoup, l'âne – et j'ajoute, au vu des derniers événements, ma sentence latine préférée, même si j'en renverse totalement le sens (mais ça marche aussi ainsi, je trouve): Asinus asinum fricat. Ci wolof, ñu maye bii, te jéem kaa lemmi te jàngat: "mbaam gàtt na, waaye ci jur gi la bokk".

PS: ceci n'est même pas (encore) une analyse "intellectuelle": à peine le regard dépité d'un citoyen un peu consterné et triste.

*Le titre est de la rédaction

Section: 
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