Publié le 29 Mar 2016 - 09:33
COMMERCIALISATION D’UN LIVRE JUGE BLASPHEMATOIRE

Au-delà de l’interdiction !

 

L’ONG Jamra a averti à temps et les autorités vont prendre une décision. A partir d’aujourd’hui, le livre de la Tunisienne Héla Ouardi intitulé ‘’les derniers jours de Muhammad’’ sera interdit de vente au Sénégal, parce que jugé blasphématoire. Mais au-delà de l’interdiction, se pose un certain nombre de questions sur le travail en amont et la sécurité intérieure.

 

Encore un livre qui fait polémique. Mais contrairement à ceux qui l’ont précédé, celui-ci reste très peu connu du grand public. C’est Mame Matar Guèye de l’ONG Jamra qui a attiré l’attention des autorités sur la question. Ecrit par la Tunisienne Héla Ouardi, professeur de Lettres, et intitulé ‘’les derniers jours de Muhammad’’, le livre ‘’blasphématoire’’ édité à Paris en mars 2016, contient, si l’on en croit M. Guèye, des propos outrageants contre le Prophète Mouhamad (Psl) et ses plus proches compagnons. ‘’Le livre est blasphématoire, pire que ‘’Les versets sataniques’’. L’ouvrage a pour vocation de reconstituer les derniers instants de la vie du prophète. Mais sur les 286 pages, n’importe quel lecteur, même le moins averti, ne tardera pas à s’apercevoir que c’est un condensé d’amalgames et de contrevérités’’, s’offusque notre interlocuteur.  

Ce dernier précise que c’est ‘’grâce à la vigilance’’ de l’ancien Premier ministre du Sénégal Abdoul Mbaye qu’ils ont été mis au courant, depuis samedi. ‘’Heureusement, la diffusion n’est pas faite à très grande échelle. Il fallait plutôt prévenir que guérir’’, dit-il. Jamra a alors très vite crié son indignation auprès des autorités. Et la stratégie s’est avérée payante. Car l’Etat du Sénégal a décidé d’interdire la vente du livre, selon Mame Makhtar Guèye.

 ‘’J’ai été appelé par le premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne qui m’a assuré qu’il venait de s’entretenir avec le président de la République Macky Sall. Que ce dernier lui a donné des instructions fermes pour qu’il soit mis un terme à la vente de cet ouvrage blasphématoire sur le territoire national’’, se réjouit M. Guèye.  Ce dernier d’ajouter : ‘’Il y aura aussi un arrêté ministériel adressé non seulement à ces trois librairies mises en cause, mais aussi à toutes les structures de publication et d’édition pour leur faire comprendre qu’à partir d’aujourd’hui (mardi 29 mars), le livre est interdit de vente sur l’étendue du territoire’’.

Mais au-delà de cette décision, la présence du livre sur les rayons des libraires pose une question : comment se fait-il que dans un pays composé à 95% de musulmans, un livre jugé insultant sur le Prophète Mouhamad (Psl) et ses compagnons puisse être accepté au Sénégal ? Pourquoi les autorités n’ont-elles pas pris les devants pour éviter que cette publication qui heurte la foi de la majorité des Sénégalais ne soit admise dans le pays ?

Le Colonel Moumar Guèye, président du PEN (poètes, essayistes et nouvellistes, une organisation qui milite pour la liberté d’expression et la littérature) affirme que le Sénégal n’a pas de commission de censure. Le libraire peut faire la commande de n’importe quel livre auprès d’un éditeur. Et le livre passe comme toute autre marchandise. D’après lui donc, les autorités ne prennent une décision qu’au cas où il y a certaines réactions. Et encore, à ce niveau, précise-t-il, il faut qu’un acte soit sorti dans ce sens.

Question de sécurité interne

Pourtant, le Directeur du livre Ibrahima Lo a servi une toute autre version. Selon lui, il existe bel et bien un travail à faire en amont, permettant de détecter les contenus sensibles. ‘’Il y a un dispositif qui donne au ministère de l’Intérieur la mission de vérifier les contenus, en harmonie avec la Douane. L’ouvrage doit être évalué avant la finalisation de la procédure de commande’’, explique-t-il. Une vérification possible, facile en principe, puisque les marchandises étant transportées par bateau, les documents relatifs au contenu arrivent avant les conteneurs. Il est donc aisé d’avoir la liste des ouvrages et de se rendre compte de ce qui pourrait être sensible. A partir de ce moment, le livre sur lequel il y a des doutes doit être lu, avec un avis technique après lecture. Des instructions sont dès lors données à la Douane pour la conduite à tenir.

Ce processus décrit par M. Lo soulève alors une autre interrogation. Partant de ce qui a été dit, comment expliquer la disponibilité d’un tel ouvrage au Sénégal ? Le collaborateur de Mbagnick Ndiaye renvoie la balle aux soldats de l’Economie. ‘’Si la procédure était bien suivie, ce livre ne serait pas disponible. Maintenant, il faut poser cette question à la Douane. Moi, je vous ai expliqué la procédure’’, lance-t-il.

Du côté de la Douane, l’on explique cet état de fait par la difficulté à qualifier d’emblée de blasphématoire un ouvrage sur les derniers jours du Prophète. ‘’Rien ne nous dit à première vue que le livre serait blasphématoire. Chaque jour, des ouvrages sur le prophète Muhammed, sur Serigne Touba ou sur un autre guide religieux entre dans le pays sans préjugé’’, croit savoir le colonel Pape Amadou Gandy Diop, porte-parole de la Douane. Dans tous les cas, cette faille, sauf si elle est volontaire, va au-delà de ce livre. C’est la sécurité du pays même qui se pose. 

AIDA DIENE ET BABACAR WILLANE

 

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