Lansar Auto brise le silence et accuse

Comptes saisis, véhicules de luxe confisqués, administrateur envoyé en prison depuis plus d’un an, la société Lansar Auto brise le silence et apporte des éclairages sur les accusations d’escroquerie et de blanchiment contre son patron Mahmadane Sarr, fils de l’homme d’affaires Mbaye Sarr (PDG de Senecartours).
Janvier 2025 – février 2026. Voilà plus d’un an que l’homme d’affaires Mahmadane Sarr, patron de Lansar Auto (spécialisé dans la location de véhicules de luxe), croupît en prison dans la plus grande stoïcité. Il semble y être oublié depuis, malgré les contestations mises sur la table. Ses proches, qui ont souvent refusé de se prononcer sur le dossier, brisent enfin le silence pour crier leur désarroi. Ils sont revenus sur plusieurs éléments de l’accusation qui faisait état de blanchiment de capitaux et d’escroquerie sur les deniers publics portant sur un montant de 13 610 088 725 F CFA.
Que s’est-il donc passé entre la société Lansar Auto et l’État du Sénégal et qui a valu à son administrateur général d’être envoyé en prison ? Alors que l’État poursuit ce dernier pour près de 14 milliards, l’entreprise lui reproche plutôt de l’avoir précipité dans le gouffre, lui réclamant une créance de plus de 23 milliards de francs CFA. À ce jour, précisent les services de communication de Lansar Auto, il a été noté un montant global de créances de 24 812 382 061 FCFA. Ce montant, à en croire la note explicative envoyée à EnQuête, comprend : un montant de 22.473.828.725 francs au titre de la dette contractée par le ministère des Finances ; en sus des 2.338.553.336 de francs CFA pour les autres démembrements de l’État. Sur ce montant global, un acompte d’un milliard de francs CFA a été encaissé, ce qui fait un reliquat de plus de 23 milliards 812 millions. C’est donc avec beaucoup de curiosité et d’étonnement que les proches de l’homme d’affaires avaient accueilli les poursuites lancées par le gouvernement à l’encontre de leur patron.
Des conventions en bonne et due forme pour un montant de plus de 24 milliards FCFA
Selon la note, la société Lansar est liée à l'État du Sénégal à travers plusieurs conventions et marchés publics. “Suite à l'exécution de plusieurs prestations réalisées et dûment validées par les services bénéficiaires, des créances importantes demeurent à ce jour impayées, malgré les démarches entreprises et les engagements formalisés par certaines autorités compétentes”, précisent les services de communication. C’est dans ce cadre que plusieurs virements ont été effectués à son profit à partir du Trésor public, concernant un marché conclu avec la DMTA.
Citée dans le cadre de la fameuse dette litigieuse de l’État, avec des CNO (certificats nominatifs d’obligations) de plus de 16 milliards, l’entreprise apporte des clarifications. “Pour permettre à la société Lansar Auto de recouvrer les créances relatives à plusieurs prestations de location et de vente de véhicules, après facturation certifiée, une convention de reconnaissance de dette et de titrisation a été formalisée, sous la supervision de l'Agent Judiciaire de l'État, pour un engagement initial de 14 984 658 725 FCFA”, explique le document, qui ajoute que “les intérêts cumulés s'élèvent à 1 587 676 622 FCFA, portant le total actualisé à 16 572 335 337 FCFA.”
Des véhicules toujours en cours d’utilisation dans les services de l’État
Le pire dans cette histoire, c’est que malgré la notification d'un arrêté de suspension en date du 31 mars 2024, certains véhicules de luxe continuent d’être utilisés par l’État et ses démembrements sans payer un sou. “…Il importe de noter que plus de 60 véhicules en cours d’utilisation seront facturés à la fin de chaque mois (soit plus de 200 millions de francs CFA/mois), ce qui va s’ajouter à l’endettement antérieur”, avertit l’entreprise, qui assure que “la facturation se poursuivra tant que les véhicules ne seront pas restitués à la société Lansar Auto”. Outre le ministère des Finances qui reste redevable du gros lot, elles sont nombreuses les structures publiques à devoir de l’argent à Lansar Auto. Parmi ces structures, il y a : la Primature sous Amadou Ba pour 522 891 676 F CFA ; le ministère des Affaires Étrangères sous Amadou Ba (116 853 370 F CFA) ; le ministère des Sports sous Yankhoba Diatara (262 539 590 F CFA) ; le ministère de l'Économie numérique et des Télécommunications sous Diatara (201 856 700 FCFA). Quant à l’Onas et Ageroute, elles doivent respectivement 79 532 000 F CFA (marché gagné par appel d’offre toujours en attente de règlement) et 1 116 000 000 F CFA. Tout est parti d’une déclaration d'opération suspecte (Dos) lancée par la Coris Bank effectuée par le biais de son directeur de conformité. Dans ladite déclaration, la banque relevait que le compte de Lansar Auto reçoit régulièrement des montants de 300 millions. Il soupçonnait ces transactions de détournements de deniers publics nonobstant les justificatifs fournis, se défendent les proches de Dane Sarr.
Aujourd’hui, Lansar Auto se plaint d’un préjudice énorme. Au-delà des dommages moraux liés à l’arrestation de son administrateur depuis janvier 2025, elle dénonce la saisie de ces véhicules ainsi que les réquisitions bancaires, entre autres mesures qui ont engendré une baisse drastique de son activité de l’ordre de 95%. Pire, certains biens auraient déjà été vendus par l’Onrac (Office national de recouvrement des biens mal acquis). “Plus de 100 véhicules de luxe de la société Lansar Auto ont fait l’objet de saisie par l’Onrac dont certains ont déjà été vendus aux enchères et d’autres auraient été mis à disposition de l’État. L’ensemble des véhicules saisis par l’Onrac sont estimés à plus de 10 milliards de francs CFA”, déplorent-ils. Par ailleurs, face aux accusations citant son administrateur d’être de connivence avec le fils de l’ancien Président, Amadou Sall, les services de com rejettent de manière catégorique. “Il y a lieu d’affirmer avec force que M. Mahmadane Sarr n’a jamais discuté, ni vu, ni connu ou rencontré, d’une quelconque manière, l’ancien Président Macky Sall ou son fils Amadou Sall.” En vérité, font-ils savoir, M. Sarr avait plutôt mis ses services de location à la disposition des responsables du parti Pastef (le Coordonnateur M. Bassirou D. Faye, le Chef du parti Ousmane Sonko et le Chef de protocole Djiby Gueye Ndiaye). C’était à l’occasion des élections de 2019, du Nemeku tours durant les élections législatives et municipales. Il convient de préciser que certaines factures sont restées toujours impayées.
Ce que prévoit la loi sur l’ONRACCréé par la loi n° 2021-34 du 23 juillet 2021, l’ONRAC est chargé, entre autres, d’assurer la gestion de tous les biens saisis, confisqués ou faisant l’objet d’une mesure conservatoire au cours d’une procédure pénale, qui lui sont confiés et qui nécessitent, pour leur conservation ou leur valorisation, des actes d’administration. L’Office est également compétent pour le recouvrement et la gestion des sommes faisant l’objet de cautionnement en matière pénale, ainsi que pour la gestion centralisée de toutes les sommes saisies dans le cadre de procédures pénales. La question centrale demeure celle-ci : l’Office peut-il procéder à l’aliénation de biens alors même que la culpabilité de la personne concernée n’a pas encore été établie ? Selon certains experts, cela est possible, mais dans des conditions strictement encadrées. Il s’agit généralement de biens périssables, de biens susceptibles de se déprécier rapidement (comme les véhicules de luxe) ou encore de biens dont les frais de conservation sont particulièrement élevés. Toutefois, toute vente doit être autorisée par une décision judiciaire. En cas de relaxe ou d’acquittement, le produit de la vente doit être restitué à la personne concernée. En revanche, en cas de condamnation, les montants issus de la vente sont acquis à l’État. |
MOR AMAR







