Le hip-hop sénégalais sur le piédestal

Africulturban a officiellement lancé la célébration de ses 20 ans d’existence au Musée des Civilisations noires, lors d’une cérémonie marquée par la ferveur des cultures urbaines et la présence des figures majeures du hip-hop sénégalais.
Break dance, graffiti, rap, DJing, rolling : le « cinq majeur » du hip-hop était réuni pour commémorer deux décennies d’engagement culturel. Pour l’occasion, les murs du musée ont troqué le silence pour la parole. À coups de bombes de peinture aux couleurs vives, les graffeurs ont progressivement inscrit un majestueux « Africulturban » sur un mur en bois installé pour l’événement. Pendant ce temps, le DJ aux platines faisait vibrer la salle, entraînant les breakers, tous vêtus de blanc, dans une démonstration énergique. Le public, conquis, marquait le rythme d’un hochement de tête continu. La pulsation du hip-hop ne laissait personne indifférent.
Dans cette atmosphère festive, Matador a pris la parole. Non pour livrer un freestyle, mais pour retracer le parcours d’Africulturban depuis sa création. « Aujourd’hui, c’est le lancement des 20 ans, mais nous serons bien évidemment à Pikine, où tout a commencé. Les festivités s’étendront sur deux mois. Nous célébrons deux décennies, ce ne sont ni 20 jours ni 20 mois », a-t-il déclaré. Le fondateur de la structure a également tenu à rappeler les sacrifices consentis au fil des années. « Durant ces 20 ans, nous avons perdu des soldats qui ont contribué à mettre en place Africulturban. Cette célébration est aussi une occasion de leur rendre un hommage mérité », a-t-il souligné.
Au-delà de la commémoration, Africulturban entend inscrire cet anniversaire dans une dynamique d’ouverture et de décentralisation. « Beaucoup de jeunes, dans les régions, ont commencé à créer leurs propres structures et à organiser des activités comme nous le faisions à l’époque. Aller à l’intérieur du pays, c’est une manière de leur donner de la force et d’accompagner ceux qui essaient de faire bouger les choses », a expliqué Matador, également membre fondateur du groupe BMG 44. La cérémonie a vu la présence de figures emblématiques du rap sénégalais, notamment le Positive Black Soul, Fou Malade et Simon. Tous ont salué l’impact d’Africulturban sur l’évolution du mouvement hip-hop. « Matador, à travers Africulturban, a construit des vies entières. Rien que pour cela, c’est une icône qui mérite d’être célébrée de son vivant », a martelé la légende du rap Duggy Tee.
Au-delà du cercle des artistes, les autorités ont également salué l’initiative. Le secrétaire d’État chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique, Bakary Sarr, a mis en avant l’impact social de la structure. « Nous ne célébrons pas seulement un anniversaire, mais 20 ans d’impact, d’engagement et de transmission. Africulturban, ce sont des milliers de jeunes formés, des artistes révélés, des quartiers transformés par les cultures urbaines », a-t-il affirmé, assurant que l’État accompagnera la nouvelle phase de développement de l’organisation. Pour Africulturban, ces 20 ans marquent ainsi la fin d’un cycle et le début d’un autre, plus ambitieux, tourné vers l’Afrique et le monde.
Mamadou Diop







