À l’heure des comptes

Au terme d'une phase de groupes particulièrement éprouvante à Toronto, le Sénégal est passé par plusieurs émotions dans ce début de Coupe du Monde 2026. Marqués par deux revers initiaux face à la France et à la Norvège, les Lions de la Téranga ont brillamment sauvé l'honneur en écrasant l'Irak lors de l'ultime journée. Cette trajectoire, sur l'ensemble des trois confrontations, met en lumière les choix d'hommes et les prestations individuelles, permettant de dégager un bilan sans concession entre quatre soldats indiscutables et quatre figures majeures passées à côté de leur sujet.
Les satisfactions : un flanc droit en feu et un milieu retrouvé
Dans le camp des motifs de fierté, Ismaïla Sarr s'est imposé comme l'attaquant le plus régulier et le plus tranchant de l'avant-garde sénégalaise. Par ses accélérations dévastatrices et sa débauche d'énergie constante, il a été un danger permanent pour les blocs adverses, couronnant son investissement par un but mérité lors du dernier match, qui a porté son total à 3 réalisations. Juste derrière lui, aligné au poste de latéral droit, Krépin Diatta a fait preuve d'une rigueur et d'une abnégation exemplaires. Sa reconversion et son abattage défensif, combinés à sa justesse dans les transitions, ont permis d'équilibrer un collectif souvent bousculé dans l'intensité.
Au milieu de terrain, la révolte a été guidée par Pape Gueye, dont l'impact physique et la projection vers l'avant ont apporté la verticalité qui manquait tant lors des moments de flottement. Sa prestation majuscule face à l'Irak, agrémentée d'un doublé salvateur, a prouvé son importance capitale dans l'entrejeu. À ses côtés, l'éternel Idrissa Gana Gueye a fait parler son expérience du très haut niveau. Malgré la tempête des deux premières journées, le vétéran a colmaté les brèches avec une lucidité et un volume de jeu précieux, stabilisant la maison sénégalaise au moment où elle tanguait le plus.
Les déceptions : un banc sans solution et des leaders en panne
Le revers de la médaille s'avère cependant cruel pour les cadres historiques et l'encadrement technique, à commencer par le sélectionneur national Pape Thiaw. Ses choix tactiques initiaux et son manque de réactivité face aux blocs européens ont été vivement pointés du doigt, l'équipe ayant cruellement manqué d'idées et de solidité lors des deux premiers rendez-vous cruciaux du tournoi.
Sur le terrain, ce manque de repères a directement plombé Kalidou Koulibaly. Le capitaine et patron de la défense a affiché un visage inhabituellement fébrile, manquant de rigueur dans l'alignement et de vivacité face aux attaquants adverses, concédant ainsi trop de largesses à ce niveau d'exigence mondiale.
Le constat n'est guère plus reluisant dans le secteur offensif où Nicolas Jackson a traversé cette phase de poules comme une ombre. Attendu comme le grand finisseur de cette Coupe du Monde, l'attaquant de pointe a manqué de tranchant, de présence dans la surface et de réalisme sur le peu d'occasions qui se sont présentées à lui. Enfin, Sadio Mané complète ce tableau des regrets. Trop souvent sevré de ballons ou parfaitement muselé par ses vis-à-vis, l'attaquant vedette n'a jamais réussi à imprimer son tempo ni à se montrer décisif dans la zone de vérité lors des grands rendez-vous, laissant le Sénégal orphelin de son génie habituel au moment où il en avait le plus besoin.
Un peu miraculé, le Sénégal a besoin de toutes ses forces, en commençant par ceux qui ont particulièrement déçu jusqu'ici. Face à la Belgique, ce mercredi, en 16e de finale, les flops constatés lors du premier tour ont juste intérêt à se réveiller. Car, même si le sélectionneur dispose d'un effectif assez bien pourvu, le moins que l'on puisse dire, c'est que les cadres, nonobstant leur rendement famélique, s'avèrent presque irremplaçables.
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AVIS D’EXPERT Par Cheikh Tidiane Fall, ancien Rédacteur en Chef du Soleil Et si les Lions démarraient enfin leur Mondial…
Il est vrai qu’ils nous ont fait retrouver le sourire en sortant la grosse artillerie face à l’Irak mais il faut bien replacer ce match gagné largement dans son vrai contexte. Face à une équipe au potentiel bien inférieur, les Lions au bord du précipice étaient obligés de s’imposer ou...mourir. Ce match laisse cependant une impression mitigée avec une équipe poussive en première mi-temps, incapable de faire le break malgré un but rapidement marqué et des Irakiens obligés de jouer pratiquement tout le match à 10. Heureusement qu’avec les correctifs apportés, l’équipe a ensuite montré un visage totalement différent en deuxième période. A la lecture de nos trois matches, le souhait est que le Sénégal nous reproduise la première mi-temps contre la France et/ou les 45 dernières minutes face à l’Irak. Et surtout pas ces autres mi-temps avec d’inquiétants errements défensifs et de longs passages à vide. Il semble d’ailleurs que les planètes sont de nouveau alignées avec une meilleure ambiance dans le groupe, moins de déballage sur les problèmes, vrais ou faux, auxquels le groupe ferait face et une union des cœurs retrouvée dans l’esprit du Manko Wuti Ndamli qui connaissait quelques fissures, notamment dans les réseaux sociaux. Les Lions nous doivent déjà une revanche, eux qui paraissaient être en mesure, avec le Maroc, de mieux porter les couleurs africaines dans ce Mondial à 48 équipes. Pour en revenir d’ailleurs à Maroc-Pays bas, j’avais un sentiment partagé tout au long de la rencontre. D’une part à cause de cette dent dure contre les Marocains et le souhait qu’ils soient éliminés pour être moins arrogants. De l’autre, le souhait que l’Afrique se fasse respecter dans ce Tournoi. Les Hollandais ont tranché finalement en faveur des Marocains avec un jeu physique et pauvre et une maladresse rarement vue à ce niveau mondial aux tirs au but. La preuve avec l’élimination (encore) de l’Allemagne que beaucoup d’équipes européennes ne sont plus irrésistibles. Je retiendrai surtout de cette équipe du Maroc qui réussit son tournoi une grande force collective (801 passes réussies face aux Hollandais) avec une bonne circulation de balle, de l'agressivité et la capacité de rester compact tout au long du match. Elle a peut-être laissé la meilleure impression derrière la France. Des limites cependant en attaque, seul Saibari étant à la hauteur, Brahim Diaz, d’ailleurs remplacé, se montrant particulièrement décevant. Sur le plan offensif, je pense que le Sénégal, par exemple, a plus d’individualités et de solutions intéressantes que le Maroc avec Ismaila, Ilimane, Jackson, Sadio, Mbaye, etc. Dans les autres lignes cependant, les Lions de l’Atlas sont mieux organisés et plus compacts, la preuve pas de cadeaux coutant des buts aux adversaires comme l’ont fait nos défenseurs lors des deux premiers matches, Koulibaly le capitaine du bateau étant le principal responsable du naufrage. Espérons qu’il y'aura un vrai bloc équipe, expression chère au technicien Joe Diop, face à la Belgique et une bonne gestion des hommes par Pape Thiaw, concernant la formation de départ et les changements appropriés au cours du match. Cela dit, ces heures tardives des rencontres aux Amériques perturbent notre biorythme et nos activités. C’est le prix à payer pour les grands passionnés de foot que nous sommes. Décidemment ce Mondial est bien particulier, celui des excès sur tous les plans, des injustices (restrictions sur les visas, etc.) et probablement des grandes surprises sur les pelouses. Aux Lions de jouer aussi leur partition en s’imposant d’abord dans ce duel avec les Diables rouges dont certains joueurs jugés vieillissants en Belgique sont cependant très expérimentés et talentueux. Avec les bonnes leçons du début de Mondial et l’esprit de conquête de la CAN 2025, tous les espoirs sont permis. |
MAMADOU DIOP







Jour de vérité pour les Lions ce mercredi soir avec ce match à gagner impérativement contre la Belgique. Et surtout pour entrer enfin de plain-pied dans cette compétition mondiale et se montrer à la hauteur de leur statut de champion d’Afrique et de meilleure équipe du continent au classement FIFA durant la dernière décennie. Ce sera la meilleure manière de gommer cette impression de multiples ratés laissée lors des premières sorties.