Publié le 26 Apr 2012 - 09:58

Cambérène et Diass, des erreurs à corriger…

 

Depuis quelques temps, des accrochages liés à l’installation d’infrastructures d’utilité publique sont notées entre populations et autorités étatiques. Les plus récents sont le conflit qui oppose les populations de SINDIA/Diass au promoteur du centre d’enfouissement technique (CET) l’Entente Cadak-Car et les difficultés entre les populations de Cambérène et l’Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS). Ce genre de problème est récurent dans le monde, mais son ampleur, dans les deux cas précités, est imputable au laxisme qu’ont fait preuve des professionnels du domaine et des autorités étatiques.

 

 

La manifestation du phénomène « NIMBY »i (Not In My Back Yard qui veut dire pas dans mon jardin) par les populations de SINDIA/Diass et de Cambérène s’est faite sentir promptement. Quoi de plus normal, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ! En attestent les violentes réactions des populations qui empêchent ce centre qui, du reste, fait partie des plus modernes en Afrique de commencer ses activités de collecte et de traitement des ordures. Il en est de même au village de Cambérène où les habitants ont, tout bonnement, détruit une partie des installations, ce qui fait du rond point « case ba » une véritable bombe environnementale pouvant être très dangereuse pour les riverains.

 

Si le bijou que constitue le CET de Diass est rejeté par la population et qu’aujourd’hui rond point « case ba » soit transformé en un océan de germes et de bactéries, c’est parce que des failles ont existé dans le processus de mise en place de ces installations. Rappelons que le CET de Diass est construit dans le but de régler les problèmes de déchets dans les régions de Dakar de Sindia et de Diass en respectant toutes les exigences environnementales. Ainsi, sa construction s’est faite à coût de millions pour qu’enfin le Sénégal dispose d’un outil de gestion des ordures ménagères et rompre avec les dépôts sauvages. Bien avant, la Station d’Epuration des eaux usées (STEP) de Cambérène était érigée dans l’optique de recueillir et de traiter les eaux de certains quartiers de Dakar.

 

 

Les situations inextricables que l’on connait dans ces deux localités peuvent être imputées au manque de professionnalisme des experts qui avaient en charge la réalisation de l’étude d’impact sur l’environnement (EIE) pour le cas de Diass et à l’irresponsabilité notoire des autorités de l’ONAS qui ont permis le rejet d’une partie des eaux usées en mer sans prétraitement. Aujourd’hui, la responsabilité des uns et des autres devrait être située car les audits et l’état des lieux ne doivent pas concerner que les domaines relatifs aux finances publiques. Bien au contraire, ils doivent être plus globaux et étendus à des domaines aussi cruciaux que l’environnement, l’assainissement, etc.

 

 

Il va falloir, pour les nouvelles autorités en charge de l’environnement et de l’assainissement, s’attaquer, de toute urgence, à ces deux questions car ce serait une énorme perte que d’abandonner tout l’investissement fait à Diass et d’exposer davantage les populations de Cambérène et les quartiers voisins aux risques sanitaires et sociaux. Dès lors, il est impérieux de faire très attention pour ne pas différer le problème ou d’en créer un autre car la désignation d’un émissaire ne saurait être, à elle seule, la solution. C’est pourquoi, pensons-nous, l’émissaire doit être accompagné d’une équipe composée de médecins épidémiologistes, d’experts en environnement, de sociologues-environnementalistes et de représentants de la population.

 

En effet, cette équipe aura pour mission de réaliser un Audit Environnemental du CET de Diass et de la STEP de Cambérène. A partir des résultats qui sortiront de cette approche collaborative des mitigations seront effectuées et une charte de concertation sera signée. De cette manière, les riverains pourront disposer, de façon continue, des informations leur garantissant la préservation de leur santé et de leur environnement.

 

Enfin, le régime actuel ferait mieux d’éviter les mêmes erreurs commises par leurs prédécesseurs (socialistes comme libéraux) concernant les installations de projets pouvant avoir des impacts sur l’environnement. En ce sens, les nouvelles autorités gouvernementales doivent être plus regardantes au sujet de la réalisation de projets pouvant nécessiter une étude d’impact environnemental. Pour cela, il faudrait exiger des experts le respect scrupuleux de toutes les étapes de la procédure d’une évaluation environnementale et sociale. Ce qui revient à faire participer tous les acteurs concernés (les riverains au premier chef) au processus. Tout vice de procédure entraînera un échec ou une non appropriation du projet par les populations comme ce fut le cas à Diass où l’audience publique a eu lieu après la construction du CET.

 

Le contexte actuel d’éveil de la population et le niveau de démocratisation de notre pays vont accentuer le phénomène « NIMBY » qui n’est que la vitalité d’une conscience citoyenne au service du respect de l’environnement gage d’une bonne qualité de vie.

 

Yakhya Ben Abdallah BADIANE

Doctorant en science de l’environnement

yakhyabadiane@gmail.com

 

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