Publié le 11 Mar 2012 - 12:56
ELECTION PRESIDENTIELLE

‘’Il nous faudra imaginer Sisyphe heureux’’

 

Inviter Le mythe de Sisyphe dans le débat des présidentielles peut paraitre cocasse pour certains qui, sûrement, iront chercher le lien. D’autres par contre l’ont déjà trouvé.

 

Le sens du vote du 26 Février indiquait clairement la volonté manifeste du peuple sénégalais de vouloir sanctionner un système et non seulement un homme. Hélas, l’absence de combat d’avant-garde pouvant aiguillonner les aspirations du peuple vers le véritable changement est, et demeurera une responsabilité historique de l’opposition, celle combattante des premières heures de dérive du pouvoir libéral et qui a su cristallisé toutes les déceptions pour en faire un front.

 

Ce front se sera disloqué avant même l’entame du combat brouillant ainsi tous les repères d’un peuple assoiffé de justice et d’égalité. La confusion aura installé un homme qui, pour certains l’est par défaut (division de Benno), pour d’autres, procèdent d’un choix se basant sur des considérations diverses.

 

Pour autant et malgré qu’il ne représente que 40,77% de l’électorat de l’opposition, il demeure le candidat qualifié pour le deuxième tour, susceptible de remporter la présidentielle et de traduire toutes ces aspirations-là en un projet concret où la majorité de ses électeurs s’identifieront.

 

De par son long compagnonnage avec le parti libéral au pouvoir qui l’a formaté idéologiquement et qui lui a tissé ses liens sociaux, pourra-t-il opérer aux ruptures qu’on est en droit d’attendre de lui ? A priori, il nous est difficile de répondre à la question. Tout ce que nous savons, c’est qu’il est le produit d’un système et en cela, risque de reconduire les mêmes modes opératoires, les mêmes schémas de conquête et de conservation du pouvoir au grand désarroi des alliés qui, pour la cause, taisent leurs divergences et ceci, nonobstant l’absence d’accord minimum sur un programme de gouvernement.

 

Le cas échéant, nous n’aurons pas changé le système contre lequel nous nous sommes mobilisés, nous aurons seulement changé de dirigeant avec le risque de le voir colporter tous ses anciens ‘’frères’’ dans les allées du pouvoir et comme Sisyphe, nous aurons à recommencer notre labeur.

 

Mais, ‘’il nous faudra imaginer Sisyphe heureux’’ avec cette mutation en profondeur s’opérant dans la société sénégalaise pour que rien ne soit plus comme avant, pour que l’éthique soit au cœur de l’Etat.

 

Nous serons heureux si le rôle de vigie conquis par les mouvements citoyens s’exerce pleinement sans complaisance avec la vigilance et l’opiniâtreté qui siéent.

 

Nous serons heureux si la société civile s’érige en sentinelle de la bonne gouvernance pour traquer toutes les dérives et déviations qui nuiraient l’intérêt général.

 

Nous serons heureux si l’orgueil de nos gouvernants arrive à contenir leurs ambitions personnelles.

 

Nous serons heureux enfin si le candidat de l’opposition accède au pouvoir et qualifie son élection non pas comme une adhésion à son projet, mais comme une sanction du président sortant. Dès lors, il œuvrera pour sa réélection pour ne pas dire son élection.

 

Puisse Dieu faire que pour l’avenir, nous ne criions point comme François René de Chateaubriand disant : « il y a des moments où il faut être économe dans le mépris parce qu’il y a tellement de nécessiteux ».

 

Ameth GUISSE

Rufisque

Auteur du roman

‘’Femmes dévouées, femmes aimantes’’

- Editions L’Harmattan Sénégal – Octobre 2011.

Email : amathguisse@yahoo.fr

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