Publié le 31 Oct 2024 - 13:07

La Vérité sur la Falsification des Chiffres Budgétaires pour les Nihilistes

 
L'ancien président du Sénégal, Macky SALL, a récemment réagi aux allégations portées contre lui et ses trois derniers ministres des finances par le gouvernement actuel. Accusé d'avoir falsifié les chiffres de la dette et du déficit budgétaire, il a choisi de nier les faits et de se défendre dans un entretien accordé à Bloomberg, affirmant que les informations diffusées récemment par le Premier ministre Ousmane SONKO ne reflètent pas la réalité.
 
Et pourtant le portrait est troublant et les faits sont accablants !
 
Le déficit budgétaire passe de 5 à 10 % du PIB et l’endettement de 70 à 83% du PIB du jour au lendemain, dépassant de loin les normes de l’UEMOA. Malheureusement pour les nihilistes ces faits sont difficilement réfutables. Les manipulations portent sur des pratiques souvent qualifiées de « manipulation créative » du budget, voire de fraude dans certains cas extrêmes. En effet, des techniques ont été mises en œuvre pour produire un tableau budgétaire plus favorable, camouflant ainsi la gravité de la situation économique. Pour manipuler les chiffres budgétaires de manière à réduire le déficit budgétaire apparent et afficher un niveau d'endettement faible, plusieurs techniques comptables et stratégiques ont été utilisées. Bien que ces méthodes puissent donner une apparence temporaire de gestion saine comme l’indique l’ancien Président Macky SALL dans son entretien, elles sont illégales mais présentent aussi un risque élevé de perte de crédibilité auprès des agences de notation de solvabilité, de sanctions économiques, voire de poursuites judiciaires pour les responsables.
 
De mon point de vue, voici un aperçu détaillé, des pratiques suspectes adoptées par les accusés
entre 2019 et 2023 :
 
Modification des dépenses budgétaires : Cette technique consiste à reporter certaines dépenses à un exercice ultérieur, ce qui diminue les charges comptabilisées dans
l'exercice en cours. Il consiste à modifier les chiffres des dépenses ou des recettes pour les ajuster aux objectifs fixés. Par exemple, inclure des recettes fictives ou sous-estimer
des charges réelles. Cette pratique entraine chaque année une reconsidération des hypothèses budgétaires en faisant des ponctions (2 ou 3 fois durant l’exercice n) pour
les repositionner dans l’exercice n+1. Ainsi, cette pratique décrédibilise le budget car le déficit budgétaire apparent est réduit, mais en réalité il est déplacé vers l’exercice
suivant ou transférer à d’autres entités de personne morale privé ;
 
Accélération des recettes : Cela peut se traduire par l'anticipation du recouvrement de recettes, comme la vente d’actifs ou en affichant des recettes fictives ou prématurées, comme celles issues de l'exploitation pétrolière dans le cadre du projet offshore de Sangomar ;
 
Comptabilité créative : Cette méthode inclut la création d’entités parapubliques pour transférer des dettes hors du budget officiel. Par exemple, plusieurs agences ont été
transformées en sociétés publiques pour masquer un endettement préoccupant. En effet, la haute autorité d’alors a cautionné la création de nouvelles sociétés publiques ou la
mutation d’organismes publics hypers endettés en sociétés publiques ne répondant à aucune justification économique solide, exacerbant davantage la situation financière du
pays. Il s’agit par exemple de certaines agences comme l’Agence Presse Sénégalaise (APS), l’ex-Agence de gestion du patrimoine bâti de l’Etat (AGPBE) devenue SOGEPA
ou encore l’ex-Agence de l’Informatique de l’Etat (ADIE) devenue SENUM. On peut citer aussi PETROSEN, bien qu’héritée d'une période antérieure, cette société publique
a dû absorber d'énormes dettes de l'État en matière de production énergétique, masquant ainsi le véritable niveau d'endettement, ceci est aussi valable pour Cos-PETROGAZ.
Sur cette tromperie, il y a non seulement création d’entités publiques non viables mais aussi pléthorique et de manière précipitée. En effet, sur les 19 sociétés publiques
existantes, les 9 ont été crées entre 2019 et 2023, et seules rares sont celles qui sont économiquement viables et justifiant un service public utile comme les « Autoroutes du
Sénégal », créée en 2024 et chargée de la gestion et de la construction des routes ;
 
Déplacement de la Dette Hors Budget : Il s’agit de transférer une partie des dettes à des entités parapubliques ou créer des véhicules hors bilan (Special Purpose
Vehicles, SPV) pour isoler les dettes. A titre d’exemple, il s’agit de transférer les dettes d’infrastructures (routes, aéroports) dans des sociétés d’État ou des entités séparées pour
ne pas les inclure dans le budget de l’Etat. On retrouve ces pratiques dans la gestion du Port Autonome de Dakar (PAD-SA), de l’AIBD ou encore d’Air Sénégal de 2019 à
2023.
 
Non-enregistrement de Passifs : Il s’agit de ne pas comptabiliser certaines dettes, garanties, ou engagements financiers futurs. Pour exemple, les autorités actuelles ont
rappelé le non-enregistrement de 650 milliards par les anciennes autorités ; ceci constitue une fraude flagrante. Dans ce cas d’espèce, les "passifs hors bilan" peuvent
inclure des prêts garantis par l’État ou des engagements liés à des fonds de pension publics, qui sont ignorés dans les comptes budgétaires.
 
Transfert de dépenses à d’autres entités : Dissimuler des dépenses en les transférant vers des organismes décentralisés (collectivités locales, agences indépendantes) ou en les classant comme dépenses privées. Il a été constaté, en effet, la dissimulation de programmes budgétivores dans le secteur parapublic en les transférant dans les
collectivités territoriales comme appui budgétaire à l’instar du programme « XËYU NDAW ÑI ». En effet, ce programme sans plan d’amortissement ni plan de
remboursement est dilué dans beaucoup d’entités créant ainsi un fardeau budgétaire a ses dernières, déviant pour la plupart de leur objectif primaire et favorisant la clientèle
politique et le népotisme.
 
Les méthodes utilisées par l’autorité de l’ancien régime pour présenter la dette de manière favorable se sont révélées profondément nuisibles, tant sur le plan économique que politique. En somme, ces techniques ont de graves conséquences économiques et politiques à long terme si elles sont mal gérées.
 
C'est pourquoi l'actuelle administration a adopté des mesures audacieuses pour restaurer la confiance dans la gestion budgétaire et mettre fin à des pratiques qui compromettent les bases même de la crédibilité nationale. Par conséquent, le gouvernement du Premier ministre Ousmane SONKO a plus le souci de corriger les dégâts que de justifier ces falsifications aux nihilistes innocents et à ceux qui nient leurs propres manquements.
 
Ainsi, pour corriger ces manipulations et rétablir la transparence budgétaire, voici quelques étapes essentielles que je suggère et qui devront suivre l’audit de l’IGF qui a certainement identifier la totalité de la dette hors budget national, les actifs surestimés et les transactions
dissimulées :
 
1. Réintégration des Passifs Cachés : Reclasser tous les passifs cachés ou transférés hors bilan dans le budget principal et ajuster le niveau réel de la dette à partir de la LFI de 2025.
 
2. Réévaluation des Actifs : Évaluer de manière rigoureuse les actifs publics (immobiliers, participations) selon des normes comptables reconnues.
 
3. Communication Transparente : Publier un rapport financier détaillé sur la situation réelle de la dette, expliquer les ajustements et rétablir la confiance des parties prenantes
(créanciers, institutions financières).
 
4. Réformes Comptables et Cadre de Gouvernance : Adopter des réformes pour renforcer le cadre comptable public et limiter les marges de manœuvre pour manipuler les
chiffres et mieux encadrer le secteur parapublic.
 
Dr Alpha Ousmane AW
Délégué Adjoint National des Cadres Awalé
Cadre au MFB
Section: 
PROPOSITIONS DE RÉFORME-DIVORCE : Mettez juste un trait d’union
Saisine du conseil constitutionnel et dispersion de la classe politique
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS