Publié le 12 May 2026 - 20:35
LUTTE CONTRE LE PALUDISME EN AFRIQUE  

Un enfant sur huit sauvé grâce au vaccin

 

Les résultats d’une évaluation sur l’utilisation du vaccin antipaludique RTS,S, publiés ce vendredi dans The Lancet, confirment une baisse significative de la mortalité infantile dans les premiers pays africains à avoir proposé ce vaccin.

 

Le programme de vaccination contre le paludisme, mis en place dans trois pays africains, a permis de réduire de 13 % le taux de mortalité chez les jeunes enfants, selon une étude. Les chercheurs y voient un potentiel encore plus grand. "Sur une période de quatre ans, on estime qu’un décès d’enfant sur huit a été évité parmi les enfants éligibles à la vaccination contre le paludisme au Ghana, au Kenya et au Malawi", indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon les auteurs, l’impact positif devrait être aussi important, voire supérieur, dans d’autres pays africains qui proposent désormais des vaccins contre le paludisme aux jeunes enfants dans les zones fortement touchées par la maladie. "Il s’agit là d’une preuve très solide du potentiel des vaccins contre le paludisme à modifier la trajectoire de la mortalité infantile en Afrique, et de la raison pour laquelle il est urgent de surmonter les difficultés de financement afin d’accélérer leur déploiement", déclare la Dre Kate O’Brien, Directrice du Département de la vaccination, des vaccins et des produits biologiques de l’OMS et co-auteure de l’évaluation.

Cette évaluation a analysé les données issues du Programme de mise en œuvre du vaccin contre le paludisme (MVIP), qui a examiné les résultats de l’introduction du vaccin contre le paludisme dans les trois premiers pays entre 2019 et 2023. Les vaccins contre le paludisme ont été administrés sur une base volontaire à des enfants au Ghana et au Kenya à l’âge de 6, 7, 9 et 24 mois, et à des enfants au Malawi à l’âge de 5, 6, 7 et 22 mois.

Entre 2019 et 2023, près de 1,3 million d’enfants au total ont reçu la première dose de vaccin, un nombre légèrement inférieur ayant reçu les deux doses suivantes. La quatrième dose de vaccin n’a été administrée qu’à 436 527 enfants, soit un peu moins de 40 % de tous les enfants éligibles. Pour tous les enfants qui auraient pu recevoir trois doses de vaccin en fonction de leur âge, le taux de mortalité dans le groupe étudié était inférieur de 13 % à celui du groupe témoin.

Ouvrir la voie à d’autres interventions sanitaires

Selon les auteurs de l’étude, les visites supplémentaires nécessaires à la mise en œuvre du calendrier vaccinal contre le paludisme en quatre doses offrent l’occasion d’administrer simultanément d’autres vaccins infantiles, tels que ceux contre la rougeole ou la méningite, et de mettre en place d’autres interventions sanitaires, comme la supplémentation en vitamine A ou la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII).

De plus, l’évaluation a confirmé que l’introduction du vaccin contre le paludisme n’a pas de conséquences négatives sur l’utilisation d’autres vaccins infantiles ou sur le recours à d’autres mesures de prévention du paludisme, telles que les moustiquaires. "La vaccination contre le paludisme renforce la riposte et améliore l’accès à la prévention du paludisme dans les pays qui recourent à une combinaison d’interventions éprouvées pour optimiser considérablement l’impact dans les zones à transmission modérée et élevée", indique le Dr Daniel Ngamije Madandi, Directeur du Département du paludisme et des maladies tropicales négligées de l’OMS.

438 000 enfants morts du paludisme en 2024 en Afrique

Malgré les progrès réalisés à l’échelle mondiale, le paludisme continue de faire des ravages parmi les enfants en Afrique. En 2024, on estime que 438 000 enfants africains sont morts de cette maladie. À ce jour, 25 pays africains où le paludisme est endémique ont intégré les vaccins antipaludiques à leurs programmes de vaccination infantile et à leurs stratégies nationales de lutte contre la maladie. Chaque année, plus de 10 millions d’enfants y sont ciblés pour la vaccination contre le paludisme.

Selon l’OMS, des dizaines de milliers de vies pourraient être sauvées chaque année, grâce à la mise en œuvre à grande échelle des vaccins antipaludiques recommandés par l’OMS, le RTS,S ou le R21. Mais les contraintes financières empêchent de nombreux pays d’étendre la vaccination contre le paludisme pour atteindre leurs objectifs nationaux et de maintenir les niveaux de couverture déjà atteints.

"La demande est forte et l’offre est suffisante, mais un financement supplémentaire est nécessaire pour que les pays puissent acheter suffisamment de vaccins, ainsi que d’autres outils de prévention du paludisme, afin d’atteindre tous les enfants les plus exposés au risque de maladie grave ou de décès", insiste la Dre O’Brien.

CHEIKH THIAM

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