Publié le 2 Apr 2020 - 22:21
MATAM - FERMETURE DE LA FRONTIÈRE MAURITANIENNE

Les prix des denrées flambent

 

Face à la fulgurante propagation du coronavirus, le président de la République avait décidé de fermer les frontières sénégalaises. Une décision fortement saluée par l’ensemble des Sénégalais qui avaient jugé qu’elle avait même été prise avec un léger retard. Cependant, cette forte mesure entraîne des conséquences qui se font durement ressentir au sein des populations de la région de Matam.

 

La région de Matam, frontalière de la République islamique de la Mauritanie, a toujours offert à ses populations le privilège de pouvoir s’approvisionner en produits dans ce pays voisin. Dans les villages et hameaux situés dans la vallée du fleuve du Sénégal, les boutiques et commerces sont achalandés exclusivement de produits mauritaniens.

Aujourd’hui, avec la fermeture des frontières, ces populations sont en train de payer le plus lourd tribut. Les denrées alimentaires, en plus de se raréfier dans ces localités, ont vu leur prix connaître une hausse vertigineuse. Le sac de 50 kg de sucre, qui coûtait 16 500 F, se vend aujourd’hui à 29 000 F. Une inflation qui a fini de faire de la frustration le sentiment le mieux partagé chez les populations. Au village de Gaol, dans la commune de Bokidiawé, les habitants ne savent plus à quel produit se fier.

Dans une grande concession non clôturée, Haby, assise sous l’arbre, donne le sein à son enfant. Elle est excédée par la hausse des prix. ‘’C’est difficile pour nous, on ne peut même pas trouver du sucre. Dans toutes boutiques, le sucre est introuvable. Pour en trouver, il faut aller jusque vers la sortie du village. Le boutiquier nous vend le kilo de sucre à 700 F. Tu imagines ? Il y a une semaine, nous achetions le sucre à 350 F le kilo ; maintenant on double les prix. Dans deux semaines, ils nous vendront le kilo à 1 000 F, je t’assure’’.

Des propos corroborés par une vieille dame vendeuse de biscuits dans la rue. ‘’Si ça continue ainsi, nous allons mourir de faim. Nous sommes pauvres, nous n’avons rien et voilà que les prix flambent. Ils ont fermé les frontières sans penser à nous. Le sucre est extrêmement cher et il est introuvable. Il y a l’huile aussi et le lait qui ont connu une hausse’’, dit-elle.

Les denrées de première nécessité ont effectivement connu une hausse. Le bidon de 20 litres d’huile que les populations achetaient à 13 000 F, s’écoule désormais à 20 000 F. Ces changements de prix sont dus au fait que les produits mauritaniens ont cédé la place à ceux fabriqués au Sénégal, explique Bara, un commerçant. ‘’Nous n’avons pas augmenté les prix des denrées alimentaires, ce sont les tarifs homologués que nous appliquons. Avec la fermeture des frontières, nous ne trouvons que les produits sénégalais qui sont beaucoup plus chers que les produits mauritaniens. Les populations étaient habituées à ces prix bas et ils nous accusent gratuitement de la hausse des prix’’.

A ceux qui disent que les denrées de première nécessité sont introuvables sur le marché, Bara rétorque, catégorique : ‘’Il n’y a pas de rupture. C’est juste que certaines boutiques refusent d’acheter les produits sénégalais, sous prétexte qu’ils peineraient à les écouler.’’ Pour ces populations rurales, le riz ne constitue pas un problème ; la plupart des familles disposent d’un grenier assez bien approvisionné. Le riz local est consommé durant toute l’année.

Les boutiquiers ignorent les produits Made in Sénégal

À Ourossogui, poumon économique de la région, c’est aussi la même situation : le kilo de sucre est monté jusqu’à 750 F. Une dame trouvée dans une boutique, la quarantaine bien révolue, rouspète : ‘’Avec ces prix, on n’aura plus rien à manger. La faim risque de nous faire plus de mal que le corona.’’ Pour parer à ces désagréments, Kalidou, jeune boutiquier, a préféré ne pas vendre les produits Made in Sénégal, pour l’heure. ‘’Tu as remarqué que ma boutique est moins achalandée. J’attends une dame qui m’a promis de m’apporter du riz et de l’huile mauritanienne. Je ne sais pas comment fera-t-elle, mais je préfère laisser ma boutique dans cet état, plutôt que de la charger avec des produits qui coûtent cher et qui ne laissent qu’une toute petite marge de bénéfice’’.

Les mesures drastiques prises par le gouvernement, pour endiguer la pandémie, risquent de se corser avec le nombre de cas confirmés du coronavirus qui ne cesse d’aller crescendo. La fermeture des frontières, suivie du couvre-feu de 20 h à 6 h du matin, cause déjà de gros soucis aux populations qui, avec le confinement qui se profile, risquent d’être sujettes à une véritable insécurité alimentaire.

L’Etat devra trouver le moyen de bouter la Covid-19 sans réveiller les démons de la faim qui, dans un passé encore récent, avaient élu domicile dans le nord-est du pays.

Djibril Ba (Matam)

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