Publié le 20 Jun 2024 - 19:13

Pour une protection des infrastructures hautement stratégiques au Sénégal

 

La protection des infrastructures hautement stratégiques est une préoccupation majeure pour les gouvernements et les organisations du monde entier et le Sénégal ne fait pas exception. Ces infrastructures sont constituées d’éléments essentiels tels que les réseaux électriques, les systèmes de distribution d'eau, les réseaux de communication, les services de santé, les transports, les finances, l’alimentation et bien d'autres encore. Leur bon fonctionnement est vital pour la sécurité nationale, le bien-être économique et le fonctionnement quotidien de la société.

Pour protéger ces infrastructures stratégiques il faut d’abord les identifier et mettre en place une panoplie de mesures afin d’assurer leurs capacités à faire face aux menaces aussi bien endogènes qu’exogènes.

L'identification et la désignation formelle de ces infrastructures par les plus hautes autorités du Sénégal, constituent un pré requis pour adopter des stratégies nationales de résilience.  Elle comprendrait aussi une analyse des risques approfondie de plusieurs secteurs clés de l'économie et de la société. Un début de cadre légal existe avec notamment la politique de sécurité des Systèmes d'information de l'état du Sénégal avec :

La loi d’orientation sur la société de l’information,

La loi sur la protection des données à caractère personnel et son décret d’application,

La loi sur les transactions électroniques et son décret d’application,

La loi sur le droit d’auteur et les droits voisins,

La loi sur la cryptologie et son décret d’application,

La loi sur la cybercriminalité.

Le périmètre des infrastructures stratégiques s’étend au-delà de la Sécurité des Systèmes d'Informations et devrait s’étendre à des secteurs essentiels comme l’énergie, l’eau, le transport et la défense nationale pour n’en citer que quelques uns.

L'évaluation des risques:

Le management des risques pour ces infrastructures est une politique essentielle pour assurer la sécurité, la résilience et la continuité des opérations de ces infrastructures vitales. Voici quelques points clés à considérer dans ce domaine :

Il est crucial d'identifier et de comprendre les risques potentiels auxquels les infrastructures  sont exposées. Cela peut inclure des menaces telles que les catastrophes naturelles, les cybers attaques, les actes de terrorisme, les pannes d'équipement, etc.

Une fois les risques identifiés, il est important d'évaluer leur probabilité d'occurrence et leur impact potentiel sur les opérations de ces infrastructures. Cette évaluation permet de hiérarchiser les risques et de déterminer les mesures de mitigation appropriées.

Après cette étape, il faut  élaborer des plans détaillés pour la gestion des risques, y compris des stratégies de prévention, de préparation, de réponse et de reprise. Ces plans doivent être adaptés aux besoins spécifiques de chaque infrastructure et doit faire régulièrement l’objet d’une révision et testés.

Les organisations responsables de ces infrastructures  doivent investir dans des technologies, des équipements et des pratiques de sécurité robustes pour réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience face aux menaces.

La gestion des risques pour les infrastructures stratégiques nécessite une collaboration étroite entre les différents acteurs, y compris les gouvernements, les organismes de réglementation, les entreprises privées et les fournisseurs de services. Les partenariats public-privé sont souvent essentiels pour garantir une approche holistique et coordonnée de la sécurité de ces  infrastructures.

Il faut s’assurer que le personnel des infrastructures est formé et sensibilisé aux risques et aux meilleures pratiques de sécurité. Cela peut inclure des exercices de simulation, des sessions de formation régulières et des programmes de sensibilisation à la sécurité.

 Enfin, il est nécessaire de mettre en place des systèmes de surveillance et d'évaluation pour détecter les menaces potentielles et évaluer l'efficacité des mesures de mitigation mises en œuvre. Cela permet d'identifier les lacunes et d'apporter des ajustements en temps réel.

En intégrant ces principes de gestion des risques, les infrastructures stratégiques peuvent mieux se protéger contre les menaces émergentes et assurer la sécurité et la fiabilité de leurs opérations essentielles.

Voici quelques exemples d'infrastructures hautement stratégiques du Sénégal ainsi que leurs vulnérabilités :

1 – Énergie : SENELEC et SAR. Nous savons tous que si l’électricité ou/et les hydrocarbures ne sont pas disponibles, le pays est totalement paralysé. L’internet, les services de paiement comme Wave ou Orange money ainsi que le transport des biens et des personnes sont à l’arrêt. Les services hautement stratégiques dans les hôpitaux ne fonctionnent plus et la sécurité sanitaire des aliments par la réfrigération est compromise. Les infrastructures énergétiques de la SENELEC connaissent déjà une distribution géographique particulière, reposant sur plusieurs types et centres de production (thermiques, hydroélectriques, solaires, éoliennes) et un réseau de distribution et de transport long de plus de 32463 km. La surface d’attaque potentielle contre ses installations est donc étendue ainsi que la probable défaillance de leur protection physique le cas échéant ; le centre de production névralgique de Bel-Air, au milieu des habitations, facilement accessible est particulièrement vulnérable aux attaques malveillantes.

2 - Eau : SONES, SDE (SEN’EAU) et ONAS

La réforme institutionnelle de 1996 à conduit à la création de trois structures qui gèrent l’or bleu au Sénégal 

La SONES (Société Nationale des Eaux du Sénégal), société de patrimoine chargée de promouvoir les investissements relatifs aux infrastructures et équipements comme les stations de pompage et réservoirs d'eau  ainsi que les installations de traitement et de distribution d'eau potable.

La SDE (Sénégalaise des Eaux) / (SEN’EAU), chargée de l’exploitation technique et commerciale du service d’approvisionnement en eau potable ;

L’ONAS, qui est chargé du développement et de l’exploitation des infrastructures et équipements du secteur de l’assainissement collectif et autonome des eaux usées et du drainage des eaux pluviales.

Ces infrastructures de traitement et de distribution d’eau sont cruciales pour la santé publique.  La protection physique de ces infrastructures (exposition aux empoisonnements comme le cyanure à la station de traitement de Keur Momar Sarr qui dessert une large partie de la population dakaroise) est aussi une nécessité.

3 - Transport : PAD, DSS, RNI, RN6

Ports maritimes (Port Autonome de Dakar). La dépendance du Sénégal sur cette infrastructure maritime est cruciale. Le port assure non seulement l’approvisionnement du pays qui est dépendant des importations pour son alimentation (un peu plus de 1000 milliards ou 1/7 du budget national), son approvisionnement en pétrole pour la SAR mais aussi, les taxes douanières et portuaires dont dépend largement le budget du pays.  Nous ne pouvons pas aussi occulter la dépendance des pays limitrophes comme le Mali sur cette infrastructure essentielle.

Aéroports internationaux et nationaux. Nos aéroports enregistrent plus de 3 millions de passagers par an, assurant le transport des voyageurs,  mais supportent aussi un tourisme qui emploie plus de 100000 personnes. De plus, le transport du fret aérien génère des revenus importants pour nos exportations horticoles et halieutiques, mais aussi l’importation rapide et sécurisé de pièces de rechanges ou matières premières essentielles pour nos industries minières, médicales ou navales.

Réseaux routiers et autoroutes : le Sénégal satisfait une bonne partie de ses besoins en protéine animale qui nous viennent du Mali (ovins) à partir de la route nationale RN1. Plus de 30% de nos exportations (hydrocarbures, fer…) qui partent aussi vers ce pays passent par cette route. La route nationale 6, (RN6),  nous assure nos importations agricoles à partir de la Guinée (Conakry). De cette route, nous obtenons nos épices (café, gingembre, tamarin, clou de girofle) ainsi que d’autres produits agricoles comme le miel ou l’huile de palme.

Nous pouvons aussi inclure les Voies ferrées (notamment le Train Express Régional reliant Dakar à l'aéroport international Blaise Diagne et le train Dakar-Tambacounda).

En plus du transport des biens, ces voies de communications sont aussi utilisées par les personnes, qui voyagent pour satisfaire leurs besoins.

La perturbation de ces réseaux de transports peut avoir un impact négatif très important sur la mobilité, mais aussi, la disponibilité des produits agricoles nécessaires pour notre alimentation.

4 - Télécommunications : Les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) au Sénégal, tels qu’Orange SN, Free, et Expresso, fournissent des services de télécommunications et d’accès à Internet. Ils gèrent des réseaux de communication qui sont vitaux pour la connectivité nationale et internationale.

Pour les réseaux de télécommunication, Orange, qui détient l’infrastructure (câbles sous-marins) a plus de 80 % du marché ? est incontournable pour son bon fonctionnement.

L’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) joue aussi un rôle essentiel pour la bonne gouvernance du secteur des TICS (Audiovisuel, informatique et télécommunication)

Les attaques en cyber sécurité affectent souvent les sites internet de l’État sénégalais (Présidence, ARTP) les banques ou les agences intergouvernementales comme l’ASECNA.

Le Sénégal doit disposer d'un Centre national de traitement des incidents informatiques (CERT) chargé de surveiller les menaces cybernétiques, de coordonner la réponse aux incidents, assurer une fonction de veille et fournir des conseils en matière de cyber sécurité aux organisations publiques et privées. Chaque infrastructure critique (SENELEC, FDS, PAD, ARTP etc.) doit disposer de son propre CERT et coordonner ses efforts de résilience avec les autres.

5 – Finance : la Banque Centrale (BCEAO) participe à la stabilisation des relations monétaires entre le Sénégal et ses partenaires commerciaux étrangers en assurant la gestion des réserves de change. De par son action dans la politique économique générale du pays, elle joue un rôle essentiel sur la croissance de la masse monétaire et sur le niveau des prix. Les banques commerciales et autres institutions financières jouent leurs partitions en « achetant » en gros à la banque centrale pour le redistribuer aux particuliers et aux entreprises.  Les banques ont aussi pour mission de collecter l’épargne et de redistribuer les flux financiers. La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) qui assure l’organisation du marché boursier, est aussi un moyen pour les entreprises de lever des fonds importants pour leurs fonctionnements. Les Systèmes de paiement électronique,  mobile-banking ou (m-banking) jouent un rôle crucial pour les transferts de paiements instantanés.  Ils rendent le système financier inclusif, surtout pour les couches les plus démunies de la société sénégalaise. L’indisponibilité de ces systèmes peut avoir un impact social négatif  incalculable.

6 - Santé : Ces infrastructures essentielles concernent les hôpitaux et centres de santé, les laboratoires médicaux et les centres de stockage et de distribution de médicaments. Les infrastructures de santé ne sont pas toujours facilement accessibles pour tous les citoyens, en particulier pour ceux vivant dans les zones rurales ou éloignées. Les routes et les transports publics peuvent être insuffisants, ce qui rend encore plus difficile, pour certaines populations, l’accès aux centres de santé.

Les installations de santé peuvent manquer de ressources humaines qualifiées, d'équipements médicaux et de médicaments essentiels. Cela peut entraîner des retards dans les diagnostics et les traitements, ainsi que des niveaux de soins inégaux selon les régions d’où les pertes de vie humaines qui aurait dû être largement évité.

Bien que des progrès aient été réalisés, la qualité des soins de santé dans certaines installations peut être inégale. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour s’assurer que les standards de soins sont uniformément élevés dans tout le pays.

Le financement adéquat des infrastructures de santé est essentiel pour garantir leur bon fonctionnement et leur développement continu. Des défis persistent en termes de mobilisation des ressources financières nécessaires pour améliorer et maintenir les infrastructures de santé.

Une meilleure gestion des infrastructures de santé est nécessaire pour optimiser les ressources disponibles, améliorer l'efficacité opérationnelle et garantir une prestation de services de qualité. Cela comprend la formation du personnel, la mise en place de systèmes de gestion efficaces et la transparence dans la gestion des ressources.

7 - Alimentation : Le Sénégal, malgré sa production agricole, peut rencontrer des défis dans la distribution des denrées alimentaires, surtout dans les régions éloignées des centres urbains.

Les installations de stockage telles que les entrepôts frigorifiques sont cruciales pour conserver les produits agricoles périssables sur une longue période et éviter les pertes post-récoltent.

Des routes et des moyens de transports praticables sont nécessaires pour transporter les produits agricoles des zones de production aux marchés locaux et nationaux. Des investissements dans les routes rurales pourraient améliorer l'accessibilité.

Les infrastructures énergétiques sont essentielles pour alimenter les équipements agricoles, les installations de stockage et les réseaux de distribution. Des coupures d’électricités intempestives peuvent entraver la chaîne d'approvisionnement alimentaire.

L'adoption de technologies agricoles modernes pourrait améliorer l'efficacité de la production alimentaire. Cela inclut l'utilisation de semences améliorées, des techniques d'irrigation efficaces et des pratiques agricoles durables.

Une bonne gestion des déchets alimentaires est importante pour éviter les pertes et favoriser la durabilité. Des infrastructures telles que les usines de compostage pourraient contribuer à réduire les déchets alimentaires et à produire des fertilisants pour l'agriculture.

Le pays n’a pas de «  banques ou réserves de semences » qui doit être en sécurité loin du pays, donc dans un autre pays étrangers afin que le pays puisse repartir à la suite d’événement tragiques tels que tremblement de terre etc. la plupart des pays développés ont leurs réserves dans des pays différents tels que les pays de l’extrême Nord de l’Europe ou les conditions climatiques ( Glace et neige en quasi permanence) permettent une bonne conservation.

Investir dans ces infrastructures hautement stratégiques pourrait aider le Sénégal à renforcer sa sécurité alimentaire, à réduire la dépendance aux importations et à stimuler le développement économique.

7 - Sécurité : Sans être expansive dans ce domaine privilégié, la sécurité des installations militaires, des forces de sécurité intérieure et des centres de données sensibles reposent sur une approche multidimensionnelle, combinant des mesures physiques, techniques et organisationnelles pour prévenir les menaces et assurer la résilience face aux attaques potentielles.

Cette liste, ainsi que leurs vulnérabilités, n’est pas exhaustive. Cependant, en identifiant ces infrastructures stratégiques, les autorités sénégalaises peuvent mieux les protéger contre les menaces potentielles, qu'elles soient d'origine naturelle (comme les catastrophes naturelles), technologique (comme les pannes ou les cybers attaques) ou intentionnelles (comme les actes de terrorisme ou de sabotage).

Protection des infrastructures :

La protection des infrastructures hautement stratégiques (sous son acronyque anglais CIP) est un aspect crucial de la sécurité nationale qui implique la sauvegarde des actifs et des systèmes vitaux essentiels au fonctionnement d'un pays. Dans le contexte de l’Afrique, comme dans toute autre région, la protection de ces  infrastructures  est d’une importance primordiale pour garantir la stabilité, la sécurité et la résilience de nos nations

Le gouvernement Sénégalais doit identifier et catégoriser ses infrastructures hautement stratégiques. Cela implique d’évaluer l’importance et les interdépendances des différents secteurs afin de prioriser les efforts de protection.

Par Sékou Kamara,

Auditeur, Formateur et Essayiste

Sekou.kamara@infosecmgmt.com

 

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