Publié le 11 Jul 2014 - 12:51
VENTE ILLICITE DE MEDICAMENTS

Au sanctuaire des marchands de la mort 

 

En fin mai 2014, l’opération porc-épic menée conjointement par Interpol, la Police sénégalaise et la Douane a remis au goût du jour le trafic enflant des médicaments au Sénégal. Près de 4 tonnes de faux médicaments ont été saisies en 3 jours et 42 vendeurs arrêtés. Passé ce coup de balai, les trafiquants semblent reprendre du service. Surtout que dans bien des cas, certains pharmaciens mènent la cadence face à une activité faiblement punie par un Etat ‘’complice’’. Immersion au cœur d’une industrie criminelle entretenue par des trafiquants véreux.  

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MEDICAMENTS DE LA RUE

Consommez à tout prix, mourez à tous les coups

Les médicaments de la…mort ! Dans les rues de Dakar et ailleurs au Sénégal existent des sanctuaires de faux médicaments entretenus par de faux pharmaciens. Les dégâts sont énormes !    

‘’ Prasstamol, solicitine, forotté…’’ ! Comme un réflexe, Ibrahima ne dit que ça à longueur de journée. Evidemment, la prononciation est calamiteuse ! Retenez ceci pour la bonne formulation : ‘’Paracétamol, Solucétyl, frotté’’ ! Ce qui est impressionnant avec ce bout d’homme, noir charbon, c’est que les médicaments qu’il vend résistent au temps, à l’espace et soignent, tout. Sacré vendeur ! Observez-le appâtant les clients, c’est le comble de la malice.

Le cure-dent, calé entre les dents, est constamment saisi par des doigts déformés par les durs labeurs de la vie. Les dents jaunies, traversées par des filaments chocolatés, ce pharmacien de fortune est résolument décidé à faire fortune. Sa posologie est aussi simple que sotte : ‘’2 comprimés le matin, deux comprimés le soir, le mal s’en va’’ ou alors, ‘’faites-vous bien masser avant d’aller au lit avec le produit, le lendemain vous ne sentirez plus aucune douleur’’. Pour convaincre sur les vertus magiques de ses médicaments qui exposés à la poussière et au soleil, Ibrahima n’hésite pas à jurer par tous les saints.

Il est à l’aise dans son monde et ne se soucie guère du lendemain de son client.  Rencontré près du marché Castors, il se considère juste comme un vendeur de médicament de la rue, un pharmacien accidenté de l’histoire qui cherche à gagner ‘’dignement’’ son pain quotidien. Comme lui, ils sont nombreux à s’adonner à ce commerce, coffret posé sur l’épaule.

Une activité qui nourrit son homme avec des gains quotidiens qui peuvent facilement dépasser 2000 FCFA, souffle Ibrahima, sourire aux lèvres. Ailleurs, les gains peuvent être triplés, avec des médicaments aussi divers que variés. Nous sommes à Keur Serigne bi, sanctuaire du ‘’faux’’ entretenu par des ‘’faux’’. Lieu mythique et mystique à la fois, Keur Serigne bi demeure ‘’indéboulonnable’’ malgré la clameur quotidienne et annuelle qui la secoue.

Keur Serigne bi, ici, tout le monde est pharmacien !

Les régimes passent, mais cet endroit niché sur l’avenue Blaise Diagne demeure. Par ici, on vend toutes sortes de médicaments, sans se soucier des conditions de conservation. Des médicaments qui font grossir, maigrir, dormir, avorter…! La façade est trompeuse, c’est à l’intérieur du bâtiment qui croule sous le poids de l’âge que tout se déroule. Le passant est constamment hélé par des voix bizarres, portées par des silhouettes ‘’indices’’, incarnées par des visages dont la gravité n’a d’égale que le danger auquel ce lieu sans foi ni loi expose les citoyens.

Ils te scrutent, te poursuivent, à la limite te harcèlent dans l’unique objectif de t’introduire dans les abysses de leur pharmacie à ciel ouvert. La vente de médicaments de la rue explose dans Dakar et partout au Sénégal, avec son lot de catastrophes sur la santé des populations. Ibrahima tout comme ses amis vendeurs illicites de médicaments poursuivent leurs ‘’crimes’’ au vu et au su d’un Etat qui est là, sans être là.  

Par AMADOU NDIAYE

 

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