Bàkku invite au retour de l’architecture africaine

Face à la standardisation des villes, à la perte de mémoire architecturale et à l’importation de modèles exogènes, architectes, artistes et penseurs invitent à revenir à une architecture africaine. Dans ce sens, une exposition pluridisciplinaire et internationale intitulée Bàkku est organisée au Musée des civilisations noires.
Une réflexion sur les transformations urbaines et culturelles du continent africain. C’est ce qui est proposé au Musée des Civilisations noires. Il y a, jusqu’au 5 mars prochain, une exposition pluridisciplinaire intitulée Bàkku, consacrée aux liens entre architecture, arts visuels et pensée critique en Afrique. Le continent est marqué par la standardisation des villes, la perte de mémoire architecturale et l’importation de modèles exogènes, selon le directeur artistique de l'exposition Bakku, Babacar Mbaye Diop.
Actuellement, des villes comme Dakar n’ont pas une identité. "Malheureusement, vous voyez du béton partout à Dakar. Et le mouvement Bàkku invite les Africains à revenir à une architecture africaine. C’est mieux d’avoir une architecture qui nous ressemble. Parce que nous sommes dans une zone tropicale, on ne doit pas construire n'importe comment. On doit tenir compte de l'environnement, mais aussi du climat", a expliqué M. Diop, après une série de discussions suivie du vernissage. Les architectes utilisant la terre, la pierre ou d'autres matériaux locaux conçoivent des bâtiments à la fois solides et écologiques. "Nous avons des matériaux qu'on peut utiliser dans notre architecture africaine et avoir de belles constructions. Et c’est important de tenir compte à la fois de l'environnement et de l’architecture lorsqu'on construit un bâtiment. Parce que c'est un espace de vie ", a dit le directeur artistique.
Dans la même veine, le Président de l'Ordre des architectes du Sénégal, Massamba Diop, souligne que l’architecture se limite pas à prendre des matériaux venant de l'étranger et une culture étrangère pour venir l'implémenter dans nos pays. "À partir de maintenant, il faudrait qu'on ait cette architecture identitaire, répondant aux soucis des Africains, en particulier avoir une architecture bioclimatique. Nous devons travailler avec les matériaux locaux qu'on a utilisés pendant des siècles, et que nous avons négligés. Ces matériaux nous permettent d'avoir une architecture résiliente, répondant à nos réalités, mais surtout, qui nous permet d'avoir un microcosme qui répond à nos soucis", a-t-il indiqué. Au Sénégal, il y a la loi du 1%. C’est-à-dire, une l’affection de 1% du budget des projets à l’art est assez. Aux yeux de Massamba Diop, cela est significatif même si dans ce pays les lois ne sont pas souvent appliquées. Elle contribue, en effet, à valoriser l’art dans l’architecture, et ce, au-delà des simples espaces intérieurs. Dans ces derniers, nous envisageons d’intégrer des bas-reliefs et des éléments typiquement africains, mais l’enjeu est plus large ", a-t-il indiqué.
Il explique que cet événement s'inscrit en droite ligne du Symposium organisé en mai 2025, où il y avait une exposition d'œuvres architecturales, d'art et de sculpture au Centre International de conférence d’Abdou Diouf (Cicad). "Cette année, dans le cadre du Sencon, nous avons fait cette importante rencontre où on parle d'architecture identitaire, d'architecture inclusive africaine, mais surtout parler de ce qui nous lie: l'art et la culture ", a déclaré le Président de l'Ordre des architectes du Sénégal.
Pour lui, Bàkku est un concept général, où l'on parle de développement d'architecture en Afrique avec un changement de paradigme, mais surtout avoir une orientation qui répond aux besoins des Africaines en termes d'architecture. Il s’agit de voir comment l'art aujourd'hui, qu'on a souvent eu à négliger à travers certains posés architecturaux, revient totalement à travers les tableaux qu'on doit mettre en place, les sculptures, mais aussi l'organisation spéciale des projets."On s'est réunis pour magnifier cela, à travers différents corps qui sont autour de l'écosystème de la construction, et ces différents corps. On a eu à échanger avec eux, dans le cadre des différents panels déjà qu'on a eu au niveau du Cicad, mais aussi au niveau du Musée des civilisations noires, parce qu'il faut répondre à une problématique générale ", a soutenu Massamba Diop.
Exposition structurée autour de 5 axes
Babacar Mbaye Diop précise que le terme Baku est inspiré de la lutte sénégalaise. Revenant sur l’exposition, il note qu’elle porte sur l'architecture traditionnelle sénégalaise, mais aussi sur comment cette architecture-là peut être aujourd'hui modernisée. L’exposition réunit architecture, arts visuels et recherche critique afin d’explorer des formes de création ancrées dans les réalités sociales, climatiques et culturelles africaines contemporaines. Inspiré du bàkku de la lutte sénégalaise (moment d’affirmation et d’énergie collective) le projet se présente comme un espace de dialogue, de transmission et d’expérimentation.
Le parcours est structuré autour de plusieurs axes : mémoire et histoire, genèse du mouvement Bàkku, architecture et identité, villes et devenir urbain, relations entre arts et spatialité. "Cette exposition regroupe cinq axes. Un premier axe qui est consacré à la mémoire, pour montrer un peu l'histoire de l'architecture africaine. L'axe 2 est consacré à la genèse et à la philosophie du mouvement Bàkku, parce que c’est un mouvement philosophique, artistique et architectural. Le troisième axe est consacré à l'architecture à l'identité. Et là, j'ai invité des architectes qui essaient de renouveler notre architecture pour qu'elle soit métisse, c'est-à-dire une architecture qui est enracinée dans nos réalités africaines, mais qui s'ouvre aussi au monde ", à expliqué Babacar Mbaye Diop. Quant au quatrième axe, il est consacré aux villes modernes.
Et le 5 est consacré à la place des artistes, de la science, le rapport qu'il y a entre art et architecture. Il y a une quarantaine d'artistes et d'architectes africains venant d’une vingtaine de pays. Babacar Mbaye Diop a invité quelques artistes plasticiens pour montrer le rapport qu'il y a entre architecture et art. "Les grands architectes sont de grands dessinateurs. Et c'est bien de mettre en place une exposition qui regroupe à la fois les architectes et les artistes pour montrer qu'ils ont beaucoup de choses en commun. C'est ce que j'ai voulu montrer sur la forme, sur l'espace, sur les couleurs, sur la composition, sur les volumes. C'est vraiment deux domaines différents, mais qui sont très proches", a-t-il déclaré.
BABACAR SY SEYE






