La traque des homos

Plus qu’une simple affaire de mœurs ou un scandale lié à l’homosexualité, l’affaire Pape Cheikh Diallo et Cie vire à un véritable problème de santé publique, avec plusieurs “cas communautaires” qui restent à identifier.
L’affaire n’en finit pas de défrayer la chronique. Depuis la fin de la semaine dernière, elle a relégué à l’arrière-plan presque tous les autres sujets. Il n’y en a que pour l’homosexualité, le célèbre animateur Pape Cheikh Diallo, le chanteur Djiby Dramé… S’il en est ainsi, c’est certes du fait de la présence de personnalités du showbiz, mais aussi à cause de la gravité des faits, qui dépassent une simple affaire de mœurs et d’orientation sexuelle des uns et des autres.
D’ailleurs, selon les premiers éléments de l’enquête menée par la Brigade de recherche de la Gendarmerie nationale de Keur Massar, les personnes impliquées ont été placées en position de garde à vue, pour notamment association de malfaiteurs, actes contre nature, mais aussi pour mise en danger de la vie d’autrui. En effet, bien que conscientes de leur statut de séropositives, certaines d’entre elles ne se sont pas empêchées de continuer d’entretenir des rapports sexuels non protégés avec d’autres individus.
La gendarmerie nationale parle de “transmission volontaire du VIH/SIDA par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d'autrui”, entre autres charges retenues contre la bande. Pour le moment, il est difficile d’évaluer l’ampleur du mal, ni le nombre de personnes contaminées par ces présumés criminels. Il ressort en effet du communiqué de la Gendarmerie que trois au moins ont reconnu continuer d’entretenir des relations non protégées, malgré leur statut.
“…Interrogé, il (le premier individu interpellé) a confirmé être conscient de son statut de séropositif et a avoué avoir sciemment contaminé une dizaine de personnes contactées notamment à travers des groupes WhatsApp”, informent les pandores, qui ajoutent : “…Deux de ses partenaires interpellés le même jour ont également déclaré à leur tour être au courant de leur statut de séropositifs, mais ont continué à entretenir des relations sexuelles non protégées avec d'autres partenaires, tous des hommes.”
De l’orientation sexuelle à la criminalité
Parallèlement à cette affaire gérée par la Brigade de recherche de Keur Massar, la Police nationale a publié hier un communiqué dans lequel elle confirme que la Division des investigations criminelles a mis aux arrêts 14 personnes pour presque les mêmes faits, mais avec des circonstances aggravantes. Ces individus ont en effet été déférés “pour pédophilie en bande organisée, proxénétisme, viol commis sur mineurs de moins de 15 ans, actes contre nature, transmission volontaire du VIH/SIDA”. C’est dans le cadre d’une commission rogatoire initiée par la justice française.
Pire, informe la Police, le groupe, structuré depuis 2017, “est spécialisé dans la formation au sexe pour de jeunes garçons, transformés en objets sexuels par des hommes pour la plupart séropositifs”. Ces derniers “entretiennent avec eux des rapports sexuels non protégés et filmés, sur instructions de leur chef, le Français Pierre Robert, arrêté en avril 2025 à Beauvais (France)”.
Sur les 14 personnes interpellées, quatre sont présentées comme des formateurs au sexe ayant reconnu leurs actes, commis sur instructions de Pierre Robert et en contrepartie de transferts de sommes d'argent qu'ils recevaient de ce dernier.
C’est ainsi au moins 26 personnes qui ont été interpellées entre le 4 et le 6 février 2026 dans deux affaires différentes. Ce n’est certes pas la première fois que des scandales liés à l’homosexualité éclatent au Sénégal, mais c’est rare de les voir prendre de telles tournures criminelles, avec des individus qui se plaisent à transmettre sciemment le virus.
Interpellé, Mame Matar Gueye de l’ONG JAMRA ne cache pas son dégoût face à ce qu’il considère comme de la provocation criminelle. Personne, selon lui, ne pouvait imaginer que des personnalités aussi éminentes dans le monde du spectacle pouvaient être impliquées dans des choses aussi ignobles.
“Nous éprouvons un sentiment de dégoût par rapport à cette nième affaire. Mais en même temps, cela montre que nous n’avons jamais rien exagéré. Il faut maintenant que l’hypocrisie d’État cesse”, a-t-il soutenu. Cette affaire, souligne-t-il, montre que JAMRA n’a jamais rien exagéré. Elle n’a jamais eu pour objectif de traîner dans la boue qui que ce soit, mais juste de protéger la jeunesse de ce pays. “Pour les adultes, c’est leur problème, mais on ne peut les laisser entraîner les jeunes dans une spirale de débauche et de perversion. Nous devons tous mettre un terme à ces manœuvres”, fulmine-t-il, furieux.
Seize associations d’homosexuels reconnues par l’État, selon Mame Matar Gueye
La voix de JAMRA dénonce une certaine hypocrisie de l’État qui s’est toujours scandalisé de constater ces affaires de mœurs, tout en posant des actes de nature à les promouvoir. En effet, souligne Mame Matar Gueye, des structures qui s’activent dans la promotion des droits des LGBTQ ont été reconnues par l’État : 09 sous Abdoulaye Wade, 07 sous Macky Sall. En fait, ces organisations parviennent à décrocher leurs récépissés à travers de fausses déclarations.
Grâce à cette reconnaissance, elles parviennent à amasser beaucoup d’argent auprès des bailleurs et à propager leur cause, en promettant aux jeunes bourses, financements, argent… Monsieur Gueye évoque cette ambassade accusée d’avoir financé à hauteur de 180 millions FCFA une de ces associations. “En leur donnant des documents prouvant leur existence juridique, l’État leur permet d’obtenir des financements, de mener leur propagande, de propager le fléau. Alors que la pratique est censée être illégale”, fulmine M. Gueye, invitant le nouveau régime à dissoudre ces associations.
Chronique de quelques affaires qui ont défrayé la chronique
De Maniang Kassé à Pape Cheikh Diallo et Cie, les scandales liés à l’homosexualité ont toujours suscité de vives indignations. Le plus dégoûtant, aux yeux de Mame Matar Gueye, est celui qui s’est produit dans la nuit du 22 au 23 novembre 2020 dans l’enceinte de la grande mosquée de Dakar à 3H du matin.
En 2005, rappelle toujours M. Gueye, il y a eu l’affaire des quatre homosexuels arrêtés aux cimetières de Soumbedioune, avec un troisième individu qui les filmait. L’enquête avait révélé que c’était destiné à un site en France. À la question de savoir pourquoi dans un cimetière, ils avaient répondu que les sites peuvent payer jusqu’à deux fois plus si la vidéo est tournée dans un lieu insolite.
Parmi les affaires entrées dans les annales, il y a aussi celle de 2009 lors de la célébration d’un mariage gay, qui avait enregistré l’implication directe de l’Élysée, du Quai d’Orsay et de la mairie de Paris. Toutes ces entités avaient activé tous leurs leviers pour faire pression sur le régime de Wade, afin de faire libérer la bande, rappelle la voix de JAMRA qui demande aux autorités judiciaires d’aller jusqu’au bout et de ne pas céder aux pressions qui ne manqueront pas, aussi bien sur le plan interne qu’international.
Cette affaire, selon JAMRA, vient démontrer qu’il faut renforcer les sanctions contre cette pratique qui détruit peu à peu la jeunesse de ce pays, selon M. Gueye. “Le meilleur moyen, c’est la criminalisation”, tranche-t-il.
Pour sa part, l’ancien ministre et chef de cabinet d’Abdoulaye Wade, Pape Samba Mboup, a estimé que la criminalisation n’est pas une solution. Distinguant les criminels qui transmettent le virus et qui méritent des condamnations sévères, il ajoute : “En revanche, pour les homosexuels, moi je pense qu’il faut plutôt les soigner… Quand un homme laisse les femmes pour s’accoupler avec des hommes, c’est une maladie. Pour protéger la société et mettre fin à ces actes, il faut créer une structure sanitaire, recenser tous ces gens et les soigner…”.
Pour l’ancien chef de cabinet de Wade, il ne sert à rien de les mettre en prison : “Ces gens n’ont rien à faire en prison. S’ils vont là-bas, ils vont faire des razzias. Il faut plutôt les faire assister par des spécialistes.”
MOR AMAR






