Crise sociale à l’ARP

La jonction des luttes Sames–Sutsas de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué rendu public, les organisations syndicales alertent sur une situation qu’elles jugent préoccupante, marquée par des tensions sociales, des décisions administratives contestées et des soupçons de dysfonctionnements susceptibles d’affecter la crédibilité et le bon fonctionnement de l’institution.
Au cœur de la contestation figure la décision de la Direction générale de procéder à des retenues salariales sur certains agents. Selon les syndicats, ces mesures ont été prises de manière unilatérale, sans communication préalable, sans critères clairement établis et sans procédure contradictoire. Des pratiques qu’ils considèrent comme une atteinte aux droits des travailleurs et une source majeure de crispation sociale.
Les montants concernés varient de 35 000 à 473 067 francs CFA, dans un contexte de mobilisations collectives régulièrement observées au sein de l’Agence. Leur caractère sélectif, opéré sans justification formelle, soulève, selon la Jonction des luttes, de sérieuses interrogations quant au respect des principes d’équité, de transparence et des règles administratives en vigueur. Au-delà de ces retenues salariales, les syndicats pointent des dysfonctionnements persistants depuis plusieurs mois : déficit de dialogue social, insuffisance de concertation et manque de transparence dans la gestion des ressources humaines. Ces difficultés internes s’inscrivent, selon eux, dans un environnement institutionnel fragilisé par des soupçons liés à la régulation et à la circulation des médicaments, appelant des clarifications urgentes.
L’affaire dite « Softcare », largement relayée dans l’espace public, est également évoquée comme un élément ayant contribué à ternir l’image et la crédibilité de l’Agence. Quelle que soit son issue, estiment les syndicats, cette affaire impose une réponse fondée sur la transparence et la reddition des comptes. Pour la Jonction des luttes, la retenue de salaires, lorsqu’elle intervient en dehors d’un cadre clair et partagé, ne peut être assimilée à un simple acte de gestion administrative. Elle est perçue comme une mesure coercitive portant atteinte à la dignité des agents et au principe de traitement équitable. Les syndicats rappellent, à ce titre, que le droit de grève est constitutionnel et que son exercice ne saurait donner lieu à des sanctions directes ou déguisées.
Institution stratégique chargée de la sécurité sanitaire des populations, l’ARP est appelée à faire preuve d’exemplarité en matière de gouvernance, d’intégrité et de respect des règles. Toute opacité, préviennent les syndicats, affaiblit sa mission de protection de la santé publique. Face à cette situation, la Jonction des luttes exige l’arrêt immédiat des retenues salariales et la régularisation des situations concernées. Elle réclame des explications écrites et circonstanciées sur leur sfondement, appelle à un audit indépendant de la gestion des ressources humaines et financières, et sollicite des clarifications institutionnelles sur les soupçons liés à la régulation des médicaments ainsi que sur l’affaire « Softcare ». Les autorités de tutelle sont, par ailleurs, invitées à exercer pleinement leur rôle de contrôle.
Tout en réaffirmant son soutien aux agents concernés, la Jonction des luttes appelle à l’unité et à une mobilisation responsable, dans le respect strict de la légalité. Elle lance enfin un avertissement clair à l’opinion publique : lorsque l’Agence du médicament est fragilisée, c’est la sécurité sanitaire nationale qui est menacée, rappelant que la santé publique ne doit jamais devenir une variable d’ajustement.






