And Liggeey Gox Yi veut déplacer le débat de la subvention vers la production
Alors que la cherté de la vie s’impose de nouveau dans le débat public sénégalais, And Liggeey Gox Yi – La Marche des Territoires propose de rompre avec les réponses fondées essentiellement sur les subventions, les compensations et l’administration des prix. Dans un communiqué publié le 6 septembre, la coalition dirigée par Maguette Sène défend une autre approche : produire davantage localement, transformer au plus près des territoires et faire des collectivités des acteurs de la lutte contre la vie chère.
La vie chère revient au centre du débat politique sénégalais. Après la mobilisation organisée à Dakar le samedi 5 septembre par le collectif « 30 Jours pour le Juste Prix », qui a dénoncé la hausse du coût de la vie et la baisse du pouvoir d’achat, And Liggeey Gox Yi – La Marche des Territoires apporte sa propre lecture du problème. Dans un communiqué rendu public le 6 septembre, la coalition estime que le coût de la vie « pèse lourdement » sur les familles sénégalaises, confrontées à la difficulté de faire face aux dépenses alimentaires, au logement, au transport, à l’électricité, à l’eau, à l’éducation ou encore aux soins.
Mais au-delà du constat, le mouvement s’attaque surtout à la méthode utilisée par le gouvernement. Selon lui, depuis deux ans, la réponse gouvernementale repose principalement sur « des baisses administrées, des subventions, des compensations et des dispositifs de contrôle ». Des mesures qui, reconnaît-il, peuvent produire « des soulagements ponctuels et passagers », mais qui ne sauraient constituer une réponse durable.
Pour And Liggeey Gox Yi, la question n’est pas seulement de savoir comment faire baisser les prix, mais surtout comment réduire structurellement la dépendance du Sénégal à l’égard des produits qu’il importe. « On ne peut pas durablement subventionner ou administrer les prix de produits que nous ne produisons pas suffisamment », soutient la coalition. Le raisonnement est ainsi déplacé du prix vers la production. La lutte contre la vie chère devrait, selon elle, commencer dans les territoires, à travers l’augmentation de la production locale, la transformation des produits au plus près des zones de production et la création de plus de valeur ajoutée.
La coalition préconise notamment de renforcer les capacités locales de production, mais également les infrastructures de stockage, de conservation et de transformation. Elle plaide aussi pour un meilleur accès des producteurs aux marchés et pour un rapprochement entre producteurs, commerçants et consommateurs. Autrement dit, And Liggeey Gox Yi entend faire de la politique de lutte contre la vie chère une politique de développement territorial.
La territorialisation de l’économie comme réponse efficace…
Cette prise de position s’inscrit directement dans le projet politique porté par la « Marche des Territoires ». Lancée le 9 août 2026 sous la direction du député-maire de Malicounda Maguette Sène, la coalition affirme vouloir placer les collectivités territoriales et les acteurs de terrain au cœur de l’action publique. Elle défend notamment une logique de développement allant « du territoire vers la nation ».
Le communiqué sur la vie chère vient donc donner une traduction économique à cette philosophie politique. Pour la coalition, les communes ne doivent pas être de simples espaces d’exécution des politiques décidées au niveau central. Elles doivent devenir des unités de production, de transformation, d’emploi et de création de revenus. Cette vision apparaît également dans la volonté affichée de soutenir les petites entreprises créatrices d’emplois dans les communes et d’orienter davantage la commande publique vers les productions locales. La vie chère devient ainsi, dans le discours d’And Liggeey Gox Yi, un révélateur d’un problème plus profond : celui d’un modèle économique dans lequel le consommateur reste fortement dépendant de produits que le pays ne produit pas suffisamment.
Sans adopter le ton frontal d’une motion de censure ou d’une déclaration d’opposition classique, le communiqué constitue néanmoins une critique politique de la réponse gouvernementale. La coalition reconnaît l’utilité ponctuelle des mesures prises par l’État, mais considère qu’elles ne s’attaquent pas aux causes structurelles de la cherté de la vie.
La différence de méthode est donc nette : là où l’action publique peut chercher à agir immédiatement sur les prix, And Liggeey Gox Yi veut agir en amont, sur la production, les circuits de distribution, la transformation et les revenus. Cette position permet au mouvement de se présenter non pas seulement comme un acteur dénonçant la cherté de la vie, mais comme une force qui prétend proposer un autre modèle de réponse publique.
De la vie chère à un projet politique territorial…
La « Marche des Territoires » cherche depuis son lancement à démontrer que les difficultés nationales peuvent être abordées à partir des réalités locales. La vie chère lui offre un terrain particulièrement favorable pour prolonger cette démonstration. L’enjeu n’est donc plus seulement de réclamer des prix plus accessibles. Il s’agit, pour la coalition, de poser la question de savoir où produire, qui produit, où transformer, qui crée de la valeur et qui bénéficie des revenus générés par l’économie locale.
Cette approche rejoint le positionnement plus général affiché par la coalition à savoir la décentralisation, la responsabilisation des collectivités, la valorisation des avantages comparatifs des territoires et la transformation locale des ressources. Lors de son lancement, ses responsables avaient déjà défendu l’idée que le développement devait partir de la base plutôt que du centre.
Dans cette perspective, le communiqué sur la vie chère apparaît moins comme une réaction isolée à la conjoncture que comme une nouvelle pièce du discours politique d’And Liggeey Gox Yi. La coalition tente ainsi de construire une offre politique autour d’une idée simple : les territoires ne doivent plus seulement recevoir les politiques publiques ; ils doivent contribuer à les produire et à produire eux-mêmes une partie de la richesse nécessaire au développement national.
À quelques mois des élections territoriales, cette orientation pourrait permettre à And Liggeey Gox Yi – La Marche des Territoires de donner un contenu économique à son discours sur la décentralisation et de transformer la question du pouvoir d’achat en un enjeu de gouvernance territoriale.
Khaly SARR






