Publié le 27 Aug 2026 - 10:52
DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE

Aminou Lô ne se dérobe pas

 

Annoncée pour le 1er septembre, la déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô mettra fin à plusieurs semaines de spéculations. Loin de chercher à gagner du temps, le chef du gouvernement a choisi d'aller au rendez-vous constitutionnel et d'affronter les députés.

 

Le suspense est levé. Selon des sources proches du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô se présentera le 1er septembre devant l'Assemblée nationale pour sa déclaration de politique générale (DPG). Ce sera son premier grand face-à-face avec les députés depuis sa nomination, le 25 mai dernier, et son gouvernement aura tenu le délai que lui impose la Constitution.

Car l'échéance n'était pas négociable. L'article 55 de la Constitution dispose qu'« après sa nomination, le Premier ministre fait sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale », un exercice suivi d'un débat qui peut, à sa demande, déboucher sur un vote de confiance. L'article 109 du règlement intérieur de l'Assemblée précise le calendrier : la déclaration doit intervenir au plus tard trois mois après l'entrée en fonction du gouvernement, avec notification au Parlement huit jours au moins avant la séance. Le gouvernement Lô étant entré en fonction le 1er juin, la limite tombait précisément au 1er septembre.

Rompre avec le précédent

Pendant plusieurs semaines, le silence de la Primature avait nourri les interrogations. À la mi-août, aucune date officielle n'était encore publiée et beaucoup redoutaient un scénario déjà vu. Le précédent est en effet dans toutes les mémoires : Ousmane Sonko, nommé en avril 2024, n'avait tenu sa déclaration de politique générale que le 27 décembre de la même année, après des mois de bras de fer avec l'Assemblée nationale, un premier rendez-vous fixé au 11 septembre puis reporté au 13, une dissolution du Parlement et une modification du règlement intérieur.

Les critiques n'avaient pas manqué. Rien de tel cette fois. En choisissant de se présenter dans les délais, le technocrate formé à la BCEAO envoie un signal : celui d'un chef de gouvernement qui ne se défausse pas sur le contexte politique et accepte de rendre compte devant les élus. Son profil, celui d'un homme de dossiers, plus administratif que politique, réputé pour sa maîtrise des équilibres macroéconomiques, devrait donner à l'exercice un tour différent de celui auquel les Sénégalais s'étaient habitués.

Un exercice à hauts risques

L'exercice n'est pas pour autant sans danger. Le vote de confiance qui peut suivre la déclaration reste facultatif, mais l'Assemblée nationale garde la faculté de censurer le gouvernement : l'article 111 du règlement intérieur permet le dépôt d'une motion de censure signée par un dixième des députés. Or l'hémicycle traverse une période agitée, entre session extraordinaire à l'ordre du jour chargé, six commissions d'enquête parlementaire en cours et un absentéisme qui a été chiffré à 34 % lors des derniers travaux, signe d'un malaise qui traverse jusqu'à la majorité.

Le climat est d'autant plus tendu que le Premier ministre vient de remporter une manche décisive contre les députés. Saisi par ses soins, le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevable, le 25 août, la proposition de loi n° 36/26 par laquelle l'Assemblée nationale entendait encadrer les crédits spéciaux. Dans sa décision n° 7/C/2026, la haute juridiction estime que les élus ont empiété sur le domaine réglementaire, l'exécution des dépenses relevant du gouvernement, et rappelle qu'aux termes de l'article 67, alinéa 3 de la Constitution, le régime juridique des catégories de dépenses publiques ressortit à la loi organique et non à une loi ordinaire.

Les arrêts des Sages étant sans appel et s'imposant à tous les pouvoirs publics, le texte est définitivement stoppé. C'est donc devant une Assemblée qui vient d'être déboutée que le chef du gouvernement viendra s'expliquer, sans chercher à esquiver le débat.

Sur le fond, les attentes sont considérables. Le Premier ministre est attendu sur le redressement des finances publiques et la trajectoire de la dette, alors que les discussions avec le Fonds monétaire international se poursuivent ; sur l'emploi, le pouvoir d'achat et le coût de la vie ; sur la restauration de la confiance des citoyens dans l'action publique ; sur la clarification des rôles au sommet de l'État ; sur la sécurité régionale, enfin, et la gouvernance.

Autant de chantiers qu'il lui faudra ordonner, chiffrer et défendre en séance. Le 1er septembre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô ne se contentera pas de satisfaire à une obligation constitutionnelle : il jouera, devant les députés et devant l'opinion, la crédibilité de sa méthode. Il a fait savoir qu'il était prêt à s'y soumettre.

 

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