Publié le 2 Dec 2015 - 09:49
AMADOU MOUSTAPHA DIA (VIVANT AVEC LE VIH)

«Nous ne sommes associés à aucun programme»

 

Le président du Réseau national des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, Amadou Moustapha Dia, estime que les personnes vivant avec le VIH ne sont pas «associées» dans les programmes de lutte contre le Sida au Sénégal. Dans une interview qu’il nous a accordée, M. Dia est revenu sur  leur situation, leurs problèmes de prise en charge, la stigmatisation dont elles sont souvent victimes, entre autres.

 

Le 1er décembre est célébré la journée mondiale de lutte contre le Sida. En tant que personne vivant avec le VIH, qu’est-ce que vous pouvez dire par rapport à cette journée ?

Le premier décembre revêt pour nous une grande signification. Cette date nous permet d’évaluer le travail fait durant la période écoulée. Aujourd’hui, il est important de reconnaître qu’il y a un travail sérieux qui a été fait surtout par rapport à la prise en charge. Mais comme le VIH est une question de vie, alors, il faut toujours maintenir les acquis en essayant de les consolider. Il est clair que nous constatons, surtout face à cette nouvelle stratégie de l’Onu-Sida de dépister 90% des personnes vivant avec le VIH, de mettre 90% sous traitement et arriver à avoir 90% de charge virale indétectable, qu’il exige davantage une plus grande mobilisation de ressources humaines, mais aussi une prise en charge de qualité.

Il est nécessaire également d’avoir une plus grande disponibilité des ressources, une plus grande mobilisation financière. Parce qu’il s’agira d’augmenter l’enveloppe financière actuelle par rapport à la prise en charge. Je veux parler des ARV (Antirétroviraux) et des infections opportunistes. Or, aujourd’hui, on fait face à une situation de raréfaction des ressources financières. Ce qui veut dire qu’il va falloir mettre en place des stratégies de mobilisation innovantes, impliquant les collectivités locales, le secteur privé, et tout autre Sénégalais conscient de la réalité et ayant la possibilité de mettre la main à la poche pour aider vraiment à garantir le maintien des acquis obtenus au Sénégal.

Aujourd’hui quel rôle pouvez-vous jouer dans la lutte contre le Sida en tant que personnes vivant le VIH?

Il s’agit aujourd’hui d’une stratégie qui va être axé sur le ciblage. Parce que, quand on fait le test du Sida, on va vers la personne vivant avec le VIH. Donc, il est normal que les personnes vivant avec le VIH travaillent d’abord au niveau de leur famille, de leurs proches. On constate aujourd’hui, qu’il y a des failles, parce qu’il y a des femmes et des hommes qui vivent avec le VIH et qui n’ont pas leur statut avec leurs conjoints ou avec leur famille. Si on veut arriver à dépister toutes les personnes vivant avec le VIH, il faut aller vers ces personnes, qui sont mariées ou célibataires et qui entretiennent des relations avec leurs partenaires. C’est un travail que personne ne peut faire à la place de la personne vivant avec le VIH que nous sommes. Pour cela, il faut que les personnes vivant avec le VIH, à savoir du réseau (Réseau national des associations de personnes vivant avec le VIH/SIDA) et des associations, soient dans un environnement favorable de travail. Il est clair que cette nouvelle forme démarre avec un environnement qui ne permet pas aux personnes vivant avec le VIH de faire convenablement leur travail, parce qu’elles ne sont prises en compte dans aucun des programmes de lutte.

Voulez-vous dire que vous n’êtes pas impliqués dans les programmes de lutte contre le VIH/Sida?

On n’a aucun partenariat pour dérouler un programme avec l’ANCS (Alliance Nationale Contre le Sida). Avec le rôle attendu de nous, il était question qu’on ait un programme ensemble. En plus du programme, le réseau en tant que tel est une institution qui doit mériter un accompagnement pour au moins être dans un environnement favorable de travail.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez surtout par rapport à la prise en charge ?

On constate parfois qu’il y a des ruptures d’antirétroviraux. Ajouté à cela, il y a l’effet du vieillissement, l’effet de la chronicité de certaines maladies, les infections opportunistes, qui font que face à ces charges financières que doit supporter la personne vivant avec le VIH et sa vulnérabilité, c’est déjà un problème. C’est pourquoi nous prônons l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH à adhérer dans les mutuelles de santé. Ce qui peut aider à réduire le coût de la prise en charge.

Quels sont les effets d’un non-respect de la  prise d’ARV sur votre état de santé ?

Cela peut occasionner une résistance. Or, qui parle de résistance remet en cause tout le travail abattu avant auprès de cette personne. Aujourd’hui, le traitement de deuxième ligne et celui de troisième ligne sont beaucoup plus coûteux. Donc il est important que les personnes vivant avec le VIH, sous traitement, soient conscientes de la nécessité d’être observantes pour se maintenir dans cette première ligne. Parce que c’est un problème de coût supérieur qui s’ajoute à cela. Si on développe une résistance et qu’elle n’a pas été découverte très tôt, cela peut occasionner la mort. Heureusement qu’on nous promet l’installation de neuf charges virales dans neufs régions. Ceci peut aider parce que la charge virale permet de détecter rapidement cette résistance.

En général, la société stigmatise les personnes vivant avec le VIH, est-ce qu’aujourd’hui, on peut dire que les choses ont évolué ?

J’avoue franchement qu’il y a des efforts mais, il y a encore beaucoup de choses à faire. Chaque jour, on constate malheureusement qu’il y a encore des actions de stigmatisation. Mais je me suis dit que là, si les gens continuent à agir dans ce sens, c’est parce qu’ils n’ont pas la bonne information. Parce que dans la stigmatisation, la personne qui en perd le plus, c’est les séro-ignorants. Parce que la personne vivant avec le VIH, une fois qu’elle connaît son résultat, sous traitement, elle a encore plus de chance de vivre correctement le reste de sa vie. Mais aujourd’hui, avec cette stigmatisation, les personnes vivant avec le VIH n’ont pas le courage de partager leur statut.

Vous personnellement, bien que vivant avec le VIH, vous avez trois enfants qui sont séronégatifs. Comment est-ce que vous avez mené le combat pour en arriver là ?

L’individu doit, à un certain moment donné, assumer ses responsabilités. J’ai fait un don de sang en 2004 et il m’a été révélé que j’avais le VIH. Mais, j’ai décidé de le vivre positivement. J’ai discuté avec mes femmes, mes enfants, mes parents, mes proches, et Dieu merci, ces gens ont compris effectivement, ils avaient l’obligation de m’accompagner. Ce qui nous a permis d’avoir un environnement favorable qui nous a permis aujourd’hui d’être à ce niveau. Je souhaite que toutes les personnes vivant avec le VIH soient dans cette situation, parce que nous y gagnons. Arriver à n’avoir plus d’enfants qui naissent avec le VIH, c’est le Sénégal qui y gagne. On est dans un pays en voie de développement, et on a besoin de main-d’œuvre pour produire.

Est-il possible d’atteindre l’objectif de l’Onu-sida, à savoir zéro cas de VIH en 2030 dans le monde ?

Peut-être que 2030, c’est bientôt, mais tout dépend de l’environnement qui sera installé, de l’accompagnement préalable que nous demandons et qui pourrait nous amener à ce résultat. Mais il faut être ambitieux dans la vie. Et c’est ainsi qu’on parvient à relever les défis dans la vie courante.

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