Publié le 16 May 2020 - 02:52
ANNÉE « BLANCHE » OU ANNÉE « ROUGE » ?

Dilemme révélateur d’un manque de sérieux

 

« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». Matthieu 6, 24

 

 

Si Mammon désigne paraboliquement la richesse, nous devons avoir l’honnêteté de dire que notre gouvernement a finalement préféré Mammon à Dieu. On me dira que c’est son droit le plus absolu, mais là où la chose devient ridicule et choquant, c’est quand on cherche à nous faire croire que c’est pour accéder à la requête des religieux qu’on a allégé les restrictions afférentes à la lutte contre la pandémie.

 

C’est de la triche ! C’est à se demander même si les évènements de Kaolack n’ont pas été machiavéliquement planifiés pour servir de prétexte à un « déconfinement » économique qui prétend être social. Prétexter de la religion pour relancer une machine économique grippée est le comble de la fourberie politique (excusez le pléonasme !). Le gouvernement en train des récolter les fruits de l’arbre de la précipitation qu’il a planté dans le champ infertile du mimétisme. Une fermeture précoce des frontière, une distribution de masques, de masques, de produits hygiénique et l’option (moins populiste mais meilleur pour l’économie) de distribuer de l’argent à la place des vivres pour soutenir le commerçant du quartier ou du village… Jusqu’ici aucune thèse invalidant l’opportunité et la pertinence de ces mesures n’a été avancée par le gouvernement pour justifier le spectacle dont le beau-frère du président est le metteur en scène.

 

Alors que le pays est financièrement exsangue à cause du ralentissement de la production, des pertes de devises liées à la fermeture des frontières et d’une politique de remise fiscale démagogiquement prématurée, l’État n’avait plus le choix. Il fallait à tout prix relancer l’économie pour ne pas courir le risque d’une sécheresse financière et d’un accroissement de la pauvreté qui pourraient exaspérer les populations. C’est donc un pouvoir fortement sous tension qui a pris des décisions complexes sous la tension. C’est à se demander s’il n’a pas préféré une année rouge de calamités à une année blanche.

 

Avait-on besoin de fixer la date des examens au mois de Juillet sans avoir au préalable déterminé, après concertation, une rationalisation du programme ? Pourquoi le gouvernement n’a pas pris l’option d’organiser les examens au mois d’octobre pour au moins permettre aux enseignants et apprenants d’avoir la main et de s’organiser de façon plus planifiée ? Qu’est-ce qu’un professeur de philosophie va enseigner entre début Juin et la date des examens pour un programme dont le tiers n’a pas encore été fait ? Comment va-t-il gérer une classe d’une soixantaine d’élèves (soit 3 classes de vingt élèves !) alors qu’on sait que les huit heures par semaines sont réputées insuffisantes pour initier les élèves à la réflexion philosophique ? Comment pallier le déficit de professeur de philosophie qui, on le sait, est notoiremême en temps normal ? Que faire pour les écoles privées qui dépendent (c’est un secret de polichinelle) de la vacation des enseignants du public ? Qu’est-ce qui nous garantit que l’insurrection que redoutait le gouvernement ne viendra pas du délaissement des écoles privées ? Comment contrôler le transport des élèves qui doivent quitter la banlieue pour se rendre à l’école ? Quid de la restauration à l’école ? 

 

Le programme enseigné dans les écoles étant décidé par l’autorité, celle-ci devrait prendre les dispositions nécessaires pour l’adapter à la nouvelle situation afin que les administrations scolaires sachent en aval sur quel timing travailler avec leur personnel. Mais on préfère entretenir la nébuleuse, le pourrissement et la provocation. On est en droit de se demander si le gouvernement n’est pas en train de pousser la communauté éducative à aller vers des remous qui pourraient avoir pour conséquence une année blanche dont il n’assumera ni la paternité ni la responsabilité. Le propre d’un gouvernement populiste, c’est de se cacher derrière l’opinion factice du peuple pour ne pas prendre ses responsabilités. Un régime populiste est, par essence, plus soucieux de sa préservation que du bonheur de son peuple, or il n’est pas établi que la préservation d’un régime (surtout quand il est corrompu jusqu’à la moelle de ses membres) soit utile au bonheur d’un peuple. 

 

Le destin des peuples doit cesser d’être confié à des populistes sous la coupole de puissances secrètes qui font et défont les régimes selon leurs spéculations. Au Sénégal, en France, aux États-Unis, etc., les populistes sont au pouvoir, mais ils ne savent que faire pour rendre la vie des hommes meilleure. Ils ne sont pas au pouvoir par une quelconque sagesse, ils y sont justement par le contraire : l’absence de sagesse. Le populiste est l’enfant choyé de la technocratie : il est comme une machine programmée. Il conte au peuple la misère que lui a causée la technocratie pour se poser en messie, mais dans les faits il n’est qu’un mannequin. 

 

La technocratie qui a squatté la démocratie ne veut pas un véritable changement, c’est pourquoi elle met ses hommes (ses marionnettes plutôt) en orbite. La finance mondiale, les grandes firmes sont les marionnettistes qui tirent sur les ficelles que sont ces faux présidents qui promettent des réformes pour la croissance. Croissance ! C’est le nouveau dogme de l’humanité. Les populistes nous ont vendu le mythe du moins d’État et ont tout sacrifié sur l’autel de l’économie. On ne peut pas soumettre la santé et l’éducation à la logique capitaliste et espérer que le monde s’en sorte mieux qu’auparavant. Ce n’est pas un rêve, c’est une illusion destinée à nous cacher l’impasse dans laquelle leur impuissance nous a plongés.

 

Alassane K. KITANE

 

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