Publié le 22 Aug 2019 - 23:46
CHEIKH TIDIANE DIOP A MIRACULEUSEMENT RETROUVE LE CORPS DE SON FRERE

‘’C’est terrible. Il faut le vivre pour y croire’’

 

Le vieux Diop a été inhumé en fin juin dernier. Son petit frère, Cheikh Tidiane, raconte les péripéties de la recherche du corps, depuis le mois de février, la tragédie de cette disparition et sa découverte miraculeuse, grâce à l’Association pour la solidarité et la perfection. Le corps a passé près de cinq mois à la morgue de l’hôpital Aristide Le Dantec et déclaré inconnu, sans que sa famille n’ait vu de communiqué.

 

‘‘Mon grand frère a disparu, un dimanche vers 16 h. Il est l’ainé de notre famille. Mon premier réflexe, quelques jours après son départ, a été d’aller le chercher à une vieille adresse, en Gambie. Macache ! Je suis donc rentré bredouille au Sénégal et cela n’augurait rien de bon’’.

Sa sénilité n’était que mentale, sinon, physiquement, mon frère était un herculéen, malgré son âge (septuagénaire). Nous avons publié des annonces dans les médias et cherché au niveau des hôpitaux. Personnellement, je suis parti chercher à la morgue de l’hôpital Général de Grand-Yoff. C’est un spectacle angoissant et assez flippant, mais il le fallait. Ensuite, j’ai délégué cette tâche à ses enfants devenus adultes maintenant. Ils se sont répartis dans les autres morgues de Dakar. Son fils m’a confirmé être allé, plusieurs fois, à l’hôpital Le Dantec, alors que c’est dans leur morgue que le corps sans vie a finalement été retrouvé.

Après cinq mois de recherche, c’est en surfant sur le net que j’ai eu connaissance de l’existence d’une association qui se charge des corps inconnus. J’ai contacté le président, un homme très pieux en passant. Sa première réaction avait été : ‘’Je ne m’occupe que du rituel funéraire des corps que les hôpitaux me confient. Je ne gère pas les avis de recherche.’’ Quand bien même, je lui ai laissé les informations sur mon frère ainsi que mes coordonnées. Je gardais toujours espoir. Quelque temps après, alors que je ne m’y attendais plus, Mouhamed (le président de l’association) m’a appelé au téléphone pour m’annoncer avoir une piste. Sans attendre, je suis parti chez lui. Il se trouvait que sur l’un des permis d’inhumation, figurait le nom de mon frère. Puisque l’enterrement était prévu pour le dimanche, il me fallait aller à l’hôpital Aristide Le Dantec pour éclairer ma lanterne. Je m’y suis rendu, le lendemain, avec la famille. Le major de la morgue s’est présenté avec une feuille où étaient écrites noir sur blanc toutes les coordonnées de mon frère. N’empêche, on a attendu toute la journée, le temps que le corps soit décongelé, pour confirmer l’identité du corps.

‘‘Le corps a passé 5 mois à l’hôpital. On n’a jamais vu de communiqué’’

D’après le major de la morgue, c’est la gendarmerie de Diamniadio qui a été saisie. Ensuite, les sapeurs-pompiers ont déposé le corps sans vie à l’hôpital avec la feuille. C’est la seule information qu’on a eue. Aucune pièce d’identité, celle laquelle ils se sont basées pour remplir la feuille de coordonnées. Concernant la cause du décès, il n’y a pas eu d’autopsie. Ils se sont basés sur un constat (aucune trace de violence) pour conclure que c’est une mort naturelle. Mais ce qui est aberrant dans l’histoire, c’est comment un hôpital peut garder un corps dans sa morgue, pendant cinq mois (février à juin), en ayant à leur portée l’essentiel des informations pour l’identifier (nom, prénom, noms du père et de la mère, adresse) sans qu’on n’ait vu de communiqué.

Depuis l’enterrement (fin juin), on court derrière la gendarmerie de Diamniadio. On veut connaitre les conditions dans lesquelles notre frère est mort, mais aussi comment ils ont eu ses coordonnées. C’est notre droit le plus absolu. C’est terrible. Il faut le vivre pour y croire. Et cela peut arriver à n’importe qui. Mais c’est la volonté divine. On rend grâce à Dieu. Au moins, on a récupéré notre corps. Ce qui ne serait pas arrivé, sans l’aide de l’association. C’est une équipe très organisée, dégourdie et bénévole. Sans eux, qui sait ? Il serait inhumé dans des conditions qu’on ne saurait jamais’’.

FATMA MBACKÉ (STAGIAIRE)

 

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