Publié le 13 Jul 2026 - 22:57
CALVAIRE DES INONDATIONS

Kaolack se sent délaissée par les autorités

 

Médina Mbabba, Dialagne, Kanda : des quartiers qui vivent le calvaire des inondations, aggravé par des canaux à ciel ouvert parsemés d'ordures et d'eau sale. Ceux-ci déversent leur contenu dans les habitations et les rues, causant chez les populations un désastre sanitaire énorme et des drames allant jusqu'à la mort. Se sentant négligées, les populations appellent au secours malgré l'intervention de l'armée qu'elles jugent brave mais insuffisante pour régler le problème.

 

À Kaolack, le phénomène des inondations touche de nombreux quartiers qui vivent une tragédie, chaque année. Parmi ces localités, trois se distinguent par leur niveau de désastre causé par les eaux.

D'abord, Médina Mbabba. Ce quartier est tristement connu pour constituer une bombe sanitaire, du fait du rejet des eaux usées issues des fosses septiques et surtout des canaux à ciel ouvert. Les ordures de ce quartier, situé à proximité de la ville sainte de Médina Baye, ornent les rues et les allées.

Chaque année, les inondations bouleversent la quiétude de ses habitants qui crient leur ras-le-bol de connaître les mêmes difficultés chaque hivernage. La situation à Médina Mbabba est aggravée par les canaux à ciel ouvert, responsables selon les riverains de leur calvaire.

En effet, du haut d'un petit pont qui traverse l'un des canaux qui s'étendent à perte de vue, Daouda Diéne, un passant résidant dans ce quartier, confirme les tourments causés par le canal. "Bien que les eaux de ruissellement provoquent des dommages, il n'en demeure pas moins que le vrai casse-tête est dû à ce canal », dit-il.

Un canal à ciel ouvert qui tue

En vérité, il faut le voir pour le croire. Dans ce nid d'ordures, s'accumulent des déchets plastiques, des carcasses de bêtes, de l'herbe qui baigne dans une eau verdâtre, sale et volumineuse, qui dégage une odeur nauséabonde dont l'intensité ne laisse personne indifférent. En face de ce canal, des habitations dont les occupants s'exposent régulièrement à des maladies qui peuvent mener à la mort.

M. Diéne raconte qu’un enfant y a laissé la vie en jouant près du canal. Pour lui et tant d'autres personnes interrogées, "la seule solution est le dallage du canal après son dragage pour enlever le sable et la saleté, permettant le passage sans encombre des eaux." Ce procédé va permettre, selon notre interlocuteur, de protéger le canal, transformé en dépotoir d'ordures ménagères, en plus des déchets qui y sont précipités par le vent.

Dans ce quartier, les populations restent inquiètes quant à la vie qu'elles vont devoir mener cette année, car les eaux de pluie vont invariablement remplir le canal qui va vider son contenu dans les rues et les maisons, avec tout le risque sanitaire que cela induit.

Les riverains indiquent que leur vie n'est qu'une tragédie qui se répète chaque fois que la pluie tombe. "Aucune autorité n'a posé le pied ici pour nous aider et l'hivernage s'est installé", se désole un habitant du quartier, qui explique que l'armée nationale a procédé au curage de ce canal, il y a quelques jours. Mais malgré cet effort salutaire, le sable et la saleté persistent.

Sur les lieux, cela sonne vraiment comme si cela n'avait pas été curé, tellement le décor est chaotique.

Le désastre sanitaire de Dialagne

Médina Mbabba partage ses souffrances avec Dialagne, un quartier qui le jouxte. Sur les lieux, même décor et même chaos sanitaire. Dans ce quartier où est bâtie la maison de Mariama Sarr, ancienne mairesse de Kaolack, un canal ouvert, aussi long que celui de Médina Mbabba, le traverse de bout en bout.

Rempli de saleté et d'eau puante à la couleur noirâtre, ce passage prévu pour les eaux ne joue pas son rôle. En effet, une dame trouvée devant sa maison, à une centaine de mètres du canal, indique que "le canal est peu profond. Pendant l'hivernage, une seule pluie suffit pour que les eaux sales se retrouvent dans les maisons et les rues, causées par son obstruction par de la boue, des sachets plastiques et des déchets d'autres types."

Ici, le canal est aussi transformé en dépotoir d'ordures ménagères. Moussa habite à proximité de ce canal connu sous le nom de "premier pont Tali Mariama Sarr". Il évacue, à l'aide d'un seau, l'eau de sa fosse dans ce conduit. "Je n'ai pas le choix. Que ce soit ici ou à Médina Mbabba, il n'y a pas de tuyaux d'évacuation des eaux, donc je ne suis pas le seul à faire ça", se justifie-t-il avant de préconiser le dallage du canal afin d'empêcher les ordures d'y pénétrer, avec tout ce que cela comporte comme conséquences.

Une solution largement partagée dans ce quartier où certains admettent que les soldats ont entrepris des travaux pour réduire le risque de débordement des contenus de tous les canaux. Seulement, ces effets ne sont pas visibles chez les populations qui expliquent que non seulement le canal devrait être fermé pour éviter le débordement des eaux, mais que ce conduit est un déversoir des eaux de pluie provenant de Khakhoum, Passoire, Saara et d'autres quartiers. Ce qui fait que le canal de Dialagne, peu profond, ne peut pas contenir toutes les eaux.

Dans le quartier, deux femmes interrogées assurent qu’aucune autorité n’est venue, à l'approche de l'hivernage, s'enquérir de leur situation, si ce n'est l'armée. "Sous le magistère de Mariama Sarr, on nous appuyait parfois, mais actuellement nous n'avons vu personne. On dirait que les candidats à la mairie profitent de nous en nous promettant des lendemains meilleurs, mais après, ils désertent", se désole l'une d'elles, qui dit que toutes les rues deviennent impraticables à chaque hivernage et que rien ne va changer selon elle cette saison, puisque rien n'a été anticipé pour éviter cette situation.

Dans la périphérie du quartier Dialagne, un autre canal à ciel ouvert dont l'état sanitaire est encore plus désastreux que tout ce qui a été constaté jusque-là. À notre arrivée sur cette partie dudit quartier, la sidération est totale. Un aussi gigantesque canal à ciel ouvert dont la saleté est inqualifiable.

Du sud au nord, ce conduit d'eau est complètement caché par des déchets combinés à une odeur désagréable qui prend les tripes. A quelques mètres de ce nid de saleté sont alignées des baraques. Pour progresser, il faut forcément marcher sur des ordures et bien inhaler la mauvaise odeur.

Du haut de ses 63 ans, le vieil Abdoulaye, très accueillant, fait des va et vient, en attendant que le vélo-taxi qui doit le transporter à son rendez-vous médical se pointe. Bandage autour du bras gauche, la douleur de sa blessure était palpable.

Affirmatif, il indique que cette partie de Dialagne n'est comparable à aucun autre quartier de Kaolack au regard de l'état des lieux. "N'est-ce pas que vous avez votre appareil ?" nous demande-t-il. "Alors prenez une photo et montrez-la à qui vous voulez à Kaolack, il vous dira que c'est le canal de Dialagne qui se distingue par sa largeur et sa longueur, avec des déchets qui ne laissent même pas entrevoir l'eau."

Le sexagénaire dit ne rien attendre des autorités car lui, comme ses voisins, se débrouillent chaque année pour limiter les dégâts du ruissellement des eaux du canal en mettant des gravats devant la porte des maisons et en élevant le niveau de leurs devantures. Justement, cette précaution est nettement visible dans le quartier où le quotidien des riverains est rythmé par la cohabitation avec les ordures jusque dans les maisons.

De là où nous sommes, nous voyons un jeune homme, livre entre les mains, lisant tranquillement, son tabouret placé dans un tas d'ordures éparpillés dans sa modeste demeure sans mur de clôture. Une image qui résume le chaos sanitaire de ce quartier.

Kanda, se porte mal...

À côté, Kanda, un quartier traversé par un autre canal qui offre le même décor apocalyptique. Ce coin, bien que sablonneux, n'échappe pas aux inondations aggravées par ce canal à ciel ouvert qui expose les habitants du quartier à des risques sanitaires énormes.

À en croire les habitants, les eaux de pluie font désormais partie de leur vie. Les ordures sont partout, la menace du débordement du canal est toujours présente, comme chaque année, tant que les autorités ne trouvent pas pour ces pauvres gens une issue leur permettant de vivre dignement.

Bien que ces quartiers soient les plus frappés par le phénomène des inondations à Kaolack, d'autres populations, comme celles de Khakhoum, Ndar Goudaw, Thiofack, Saara Ndiougary, pleurent. Elles affirment n'avoir vu aucune aide venant des autorités et s'organisent comme elles peuvent pour affronter timidement les eaux qui, d'après elles, auront toujours le dernier mot, au point de forcer certains riverains à quitter leur maison en attendant la fin du calvaire de l'hivernage.

Bachir KANE

L'Onas espère moins de dégâts cette année

À l'approche de la saison pluvieuse, l'Onas  a fait une tournée à l'intérieur du Sénégal pour s'enquérir de l'état d'avancement des chantiers mis en œuvre pour limiter les dégâts liés aux inondations. À l'étape de Kaolack, le directeur général de l'Onas, Séni Diène, a indiqué que beaucoup de réalisations ont été faites dans le cadre des préparatifs pré-hivernage, notamment à Khakhoum, un quartier tristement célèbre pour les bassins de rétention qu'il abrite.

Une opération de curage a été entamée il y a quelques jours pour faciliter la contenance des eaux de pluie. Le patron de l'Onas estime que le nécessaire a été fait, même s'il admet qu'au niveau de Thiofack, où le bassin a atteint un niveau de remplissage élevé, des travaux conséquents d'évacuation des eaux sont nécessaires avant que les pluies ne s'abattent sur Kaolack.

Force est de constater que, d'après M. Diène, l'essentiel des travaux a été exécuté, tout en sachant qu'une saison des pluies sans inondations est quasiment impossible. C'est pourquoi il en appelle à l'engagement des populations afin d'accompagner les autorités dans la lutte contre les inondations, causées en partie par l'obstruction des canalisations par les riverains y déversant des ordures ménagères et de toutes natures.

Sur les cités visitées, un retard d'exécution des travaux a été signalé par le DG, qui a rassuré que l'entreprise en charge des chantiers a relancé les travaux dont l'arrêt a été causé par un arrêt de paiement. D'une manière générale, l'Onas dit espérer, compte tenu de ses réalisations à Kaolack, que pour cette année, les eaux ne causeront pas autant de dommages aux Kaolackois.

BACHIR KANE

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