Publié le 30 Apr 2026 - 15:25
DIGITALISATION DES SERVICES PUBLICS

Un envol timide

 

Malgré le grand espoir suscité depuis son lancement, la plateforme e-Sénégal peine à prendre son envol.

 

La grogne ne faiblit pas. Depuis sa mise en service, la plateforme e-Sénégal fait l’objet de nombreux griefs de la part des usagers. Sur les plateformes officielles de l’application, la récrimination qui revient le plus porte sur la non prise en charge de certaines demandes. “J’ai perdu mon argent sur votre application depuis le 16 avril. J’ai payé 1 500 francs pour un cassier judiciaire. Jusqu’à présent rien”, fustige Bally Bousso, mécontente.

La jeune dame ne décolère pas. Jointe par téléphone, elle dénonce le préjudice, mais surtout l’absence d’explication. “La plateforme n’est pas du tout efficace. Quand on passe par la plateforme, c’est pour plus de rapidité et de commodité. Imaginez, depuis le 16 avril, je n’ai reçu aucun retour, à part que je suis en attente. Alors qu’ils ont pris mon argent”, fulmine-t-elle furax.

Après une semaine d’attente, elle s’est vue contrainte de se déplacer au tribunal de grande instance de Pikine pour obtenir le fameux document. Elle raconte : “J’en avais besoin pour une urgence, parce que je devais signer un contrat de travail. Après plus d’une semaine d’attente, je me suis résolue à faire le déplacement, j’ai pu l’avoir en un jour. A quoi sert alors la plateforme.” Sur la page, ils sont nombreux à formuler les mêmes critiques.

Malgré le grand espoir qu’elle continue de susciter auprès du public, la plateforme a encore beaucoup de progrès à réaliser pour gagner la confiance des Sénégalais. Au début du mois d’avril, tout de suite après le lancement, une panne importante a été enregistrée, paralysant le fonctionnement pendant plusieurs jours. Par la suite, les services du Senum avaient fait un communiqué pour informer que c’était dû à un accident mais que tout était rentré dans l’ordre.

Dans une interview accordée à EnQuête, le directeur de l’Économie numérique et des Partenariats tente de rassurer, Boubacar Roger Thiam, tente de rassurer : “Je pense qu’avec e-senegal, c’est un grand pas pour l’humanité qui a été réalisé. Si l’option ‘extrait de naissance’ que nous sommes en train de finaliser sort, vous imaginez l’impact. Maintenant, comme tout changement, il peut y avoir des couacs. Il faudra faire preuve de patience, mais aussi de confiance.”

Il faut noter qu’actuellement, la plateforme est encore dans sa phase pilote, avec juste quelques régions ciblées et quelques services. En ce qui concerne les services déjà disponibles, il y a, outre le casier judiciaire, le certificat de nationalité, l’attestation de non appartenance à la fonction publique mais aussi l’autorisation de visite d’un détenu. Pour l’extrait de naissance qui est un des documents les plus sollicités, il faudra attendre. Il en est de même du ninea, du certificat d’urbanisme, de l’autorisation de construire, etc.   

Par rapport aux juridictions ciblées dans cette première phase, il y a Dakar, Rufisque Pikine-Guédiawaye et Keur Massar. Hors de la région de Dakar, on note les tribunaux de grande instance de Thiès, Kaolack, Saint Louis et Louga. Pour obtenir son casier, il suffit juste de créer son compte et de remplir les formalités comme la présentation de la copie de la carte nationale d’identité.

Pour Roger Thiam, il faut surtout saluer les progrès importants qui ont été faits. “Je pense que bientôt vous n’aurez plus à poser ce genre de questions. Ce sont les Sénégalais eux-mêmes qui vont se rendre compte de l’impact des mesures qui sont en train d’être mises en œuvre. Quand depuis leurs salons, ils pourront, en un clic, demander et obtenir leur extrait de naissance”, promet le directeur de l’Économie numérique.

Le plus grand défi, selon lui, ce n’est pas l’infrastructure, c’est l’appropriation par l’homme qui a eu ses habitudes. “Lorsqu’une personne a l’habitude de travailler manuellement pendant des décennies, ce n’est pas évident de l’amener vers le digital. Et je pense que ce que nous avons réussi pour le moment, c’est cela. Les gens au niveau de l’administration prennent conscience de l’impérieuse nécessité de changer. C’est très important. Le reste va venir”, souligne Monsieur Thiam, qui magnifie les progrès aussi bien dans la préparation des agents que dans l’infrastructure.

En matière de transformation digitale, soutient-il, le plus gros du travail c’est l’homme. Et à ce niveau, des progrès importants ont été réalisés. Aujourd’hui, les agents sont non seulement prêts au changement, mais ils sont prêts à travailler ensemble, à bâtir des communautés dynamiques pour offrir le meilleur service. “Nous sommes heureux d’avoir pu amener tous ces ministères-là, pour qu’ils puissent s’assoir autour de la table et mutualiser les processus d’une seule et unique voix. C’était loin d’être évident”, a-t-il insisté.

MOR AMAR

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