Publié le 22 Apr 2026 - 11:54
CONSÉQUENCES DE LA CRISE AU MOYEN-ORIENT EN 2026  

L’Afrique menacée d’un ralentissement de sa croissance

 

Les tensions persistantes au Moyen-Orient pourraient freiner la dynamique économique du continent africain. Selon un rapport conjoint d’institutions panafricaines et internationales, l’Afrique risque de perdre jusqu’à 0,2% de sa croissance en 2026, sous l’effet des perturbations liées aux conflits dans cette région stratégique.

 

Présenté à Washington en marge des réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, le document intitulé « Impacts du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines » est le fruit d’une collaboration entre la Commission de l’Union africaine, le Groupe de la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le rapport souligne que les économies africaines, encore fragilisées par les séquelles de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions commerciales mondiales, pourraient subir de plein fouet les répercussions des crises au Proche-Orient. Parmi les principaux facteurs de vulnérabilité figurent la dépendance énergétique et les perturbations des circuits d’approvisionnement. « 80 % du pétrole importé en Afrique vient de cette zone, ainsi que 50 % du pétrole raffiné », a rappelé Claver Gatete, secrétaire exécutif de la CEA. Dans ce contexte, la fermeture du détroit d’Ormuz constitue un risque majeur pour le transport maritime et les échanges commerciaux, a averti Kevin Urama, économiste en chef de la Banque africaine de développement.

Les conséquences sont déjà perceptibles. Le rapport fait état d’une dépréciation des devises dans 31 pays africains, sous l’effet conjugué de la volatilité des marchés financiers, de la hausse des prix des hydrocarbures, des denrées alimentaires et des engrais, ainsi que des perturbations logistiques à l’échelle mondiale. Malgré ces chocs, les institutions saluent la résilience du continent. « Le rapport rappelle que l’Afrique fait preuve d’une très grande résilience », a souligné Francisca Tatchouop Belobe, commissaire de l’Union africaine.

Des réponses structurelles attendues

Face à ces risques, le rapport appelle les gouvernements africains à privilégier des réponses mesurées et coordonnées. Il recommande notamment une gestion rigoureuse de l’inflation et des finances publiques, ainsi qu’un encadrement strict de la dette. Les pays exportateurs de pétrole sont invités à administrer avec prudence leurs recettes exceptionnelles, tandis que l’utilisation stratégique des réserves énergétiques est encouragée. Le document préconise également la mise en place de dispositifs sociaux ciblés pour atténuer l’impact de la crise sur les populations vulnérables, tout en mettant en garde contre les subventions généralisées, susceptibles d’aggraver les déséquilibres budgétaires à long terme. À moyen et long terme, les institutions insistent sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement énergétique et alimentaire, de renforcer le commerce intra-africain et d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le développement des énergies renouvelables et du secteur gazier apparaît également comme un levier essentiel pour réduire la dépendance extérieure.

Les partenaires au développement et les institutions financières internationales sont, pour leur part, appelés à soutenir les pays africains à travers des mécanismes d’urgence et une assistance technique accrue. Enfin, les acteurs du secteur financier sont encouragés à accélérer le déploiement de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), afin de renforcer la mobilisation des ressources internes. Dans cette perspective, la vice-secrétaire générale des Nations unies, Amina J. Mohammed, a insisté sur l’urgence de « sauvegarder les acquis » et de maintenir le cap des Objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063. Même son de cloche du côté du PNUD. « Les chocs nous touchent profondément, mais les pays africains ont les moyens de réagir », a affirmé Ahunna Eziakonwa, plaidant pour une accélération des investissements dans l’innovation, le numérique et l’intelligence artificielle, ainsi que pour une véritable indépendance énergétique du continent.

Par Cheikh Thiam

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