Les pistes de solutions du Pr Issakha Diallo

L'Afrique produit moins de 20 % des médicaments qu'elle consomme. Pour voir ce chiffre à la hausse, le Chef du Département de Santé publique de la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université Amadou Hampaté Ba (Sénégal), Pr Issakha Diallo, a livré des pistes de solutions après avoir effectué un diagnostic sans complaisance.
"L'appel à la souveraineté sanitaire est fondamental et vient à son heure. Elle ne signifie pas l'isolement, mais la capacité d'action autonome pour produire, réguler et choisir ses réponses. La pandémie de la COVID a révélé notre dépendance inacceptable aux importations médicales étrangères. L'enjeu majeur ici est donc de garantir la sécurité nationale et économique. Il est donc important de mettre en place les technologies adaptées pour l'innovation frugale", a déclaré, avant-hier, le Chef du Département de Santé publique de la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université Amadou Hampaté Ba (Sénégal), Pr Issakha Diallo, lors d’un webinaire organisé par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l'environnement (REMAPSEN).
Une innovation frugale, a-t-il poursuivi, est la capacité de trouver des solutions simples, robustes, peu coûteuses et réparables localement pour faire des diagnostics portables, assurer la télémédecine via les mobiles et faire de l'intelligence artificielle sur les données africaines. "Nous pensons qu'il est fondamental pour les Africains de mettre en place des innovations digitales pour répondre à ce que tout le monde demande aujourd'hui : les dossiers médicaux numériques, une surveillance épidémiologique effective et efficace, et la mise en place du mHealth. Les savoirs locaux ne devraient pas être laissés de côté. Nous devons trouver des mécanismes de valorisation de la médecine traditionnelle et faire de la co-innovation avec les communautés. L'urgence aujourd'hui est d'assurer une production locale adéquate, notamment pharmaceutique, car l'Afrique produit moins de 20 % des médicaments qu'elle consomme. Les obstacles que nous connaissons sont le financement, la réglementation et le marché fragmenté", a indiqué Pr Diallo.
Or, a-t-il souligné, il existe des solutions dans de nombreux pays qui permettent d'avoir des hubs régionaux et qui permettraient aussi d'avancer dans un partenariat sud-sud, de faire des licences volontaires et d'assurer la production d'équipements médicaux, notamment l'oxygène médical, les impressions en 3D et la maintenance locale, etc.
D’ailleurs, fait remarquer Pr Issakha Diallo, la chaîne de valeur africaine existe mais est sous-utilisée. « Heureusement, avec le rôle que pourrait jouer la zone de libre-échange continentale africaine, les spécialistes ont une opportunité extraordinaire pour avancer sur les normes, réduire les coûts et faciliter la distribution au niveau du continent. Le financement et la gouvernance ont été évoqués par tous. Nous reconnaissons que la recherche africaine est sous-financée et tout le monde en est conscient. Les startups qui existent actuellement, qui émergent, sont impressionnantes mais fragiles », constate-t-il.
De ce fait, les achats publics, à ses yeux, pourraient devenir un levier majeur si les États souhaitent leurs propres innovations. Ce qui lui fait dire : « Il est donc essentiel d'assurer le bon développement du capital humain pour que cela puisse être orienté et éviter les fuites de cerveaux et les pertes de capacité locale, en allant vers les besoins de formation des ingénieurs biomédicaux et non seulement des cliniciens, afin d'avoir des profils interdisciplinaires capables de répondre à nos attentes. »
Dans ce sens, indique Pr Diallo, "les universités et les institutions de formation devraient penser à former davantage d'innovateurs sanitaires et pas seulement des cliniciens. La régulation est fondamentale et nous devons, à ce niveau-là, assurer l'autonomie des pays africains par l'harmonisation des réglementations africaines, par des agences de médicaments fortes et par une souveraineté des données ou le stockage des données africaines. Il ne faudrait pas que nous oubliions également l'éthique et l'équité dans tout le processus de développement. Il faut éviter une santé à deux vitesses et inclure les zones rurales et les populations vulnérables dans les stratégies. En perspective, nous voulons dire qu'à l'horizon 2040, l'Afrique peut devenir un pôle mondial d'innovation sanitaire frugale. Les domaines porteurs incluent la biotechnologie, l'IA médicale, les diagnostics rapides et les vaccinations régionales."
CHEIKH THIAM







