Publié le 3 Jan 2025 - 16:25
CRÉATION DE LEUR ORDRE NATIONAL

Les sages-femmes réclament la signature du décret par le chef de l’État

 

Contrairement à beaucoup de pays de la sous-région, le Sénégal peine à mettre sur pied l'Ordre national des sages-femmes et maïeuticiens du Sénégal. L’ANSFES attend avec impatience la signature de ce décret par le président de la République.

 

Parmi les métiers les plus agressés dans ce pays par des personnes qui ne respectent pas les codes de déontologie, celui des sages-femmes figure en bonne place, selon l’Association nationale des sages-femmes d'État du Sénégal. Dans le souci de faire le tri pour rendre à cette corporation son lustre d’antan, il est urgent, selon des professionnels de ce corps, de créer l'Ordre national des sages-femmes et maïeuticiens du Sénégal.

Cette semaine, lors d’un atelier destiné aux journalistes, qui avait pour objectif de les sensibiliser sur l'importance de disposer d'un ordre professionnel pour réglementer aussi bien la formation que la pratique des sages-femmes, la présidente de l’Association des sages-femmes d'État du Sénégal a indiqué que dans ce pays, la loi pour la création de l'Ordre national des sages-femmes et maïeuticiens a été votée depuis le 20 janvier 2017. Jusqu'à présent, selon Bigué Ba Mbodj, elles peinent à voir fonctionner les organes de l'ordre, car elles n’ont pas encore obtenu les décrets d'application.

Il y a également d'autres décrets ministériels nécessaires pour rendre fonctionnels les organes de l'ordre, afin d'améliorer la pratique des sages-femmes et de réduire les décès évitables de mères et de nouveau-nés.

À la question de savoir ce qui bloque le décret, elle a répondu qu'elle ne comprend pas exactement les raisons. ‘’Dès que la loi a été votée, avec l'appui de partenaires comme la Banque mondiale, nous avons pu travailler à l'élaboration de tous les documents nécessaires pour que l'ordre puisse être fonctionnel. Le projet de texte d'application a été remis au ministère de la Santé depuis 2017. Nous avons également élaboré le règlement intérieur de l'ordre ainsi qu'un projet de code de déontologie et de nomenclature des actes. Tous ces documents nécessaires pour rendre l'ordre fonctionnel ont été remis au ministère de tutelle. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas compris pourquoi il n'y a pas eu cette volonté de faire sortir ces documents des tiroirs pour obtenir la signature de ce décret par le président de la République du Sénégal’’, fustige la présidente.

Pour elle, la réglementation permet de savoir qui doit porter le titre de sage-femme, quelles sont les qualifications et les compétences nécessaires pour exercer la profession, quels sont les devoirs et les obligations de la sage-femme et comment cette sage-femme doit pouvoir travailler dans la communauté et dans les structures de santé pour respecter les droits des populations.

‘’Si ce n'est pas fait, n'importe qui peut se prévaloir de ce titre de sage-femme sans avoir les compétences nécessaires et elle ne pourra pas offrir des services qui respectent les droits humains, les codes de déontologie et d'éthique professionnelle. Avoir cet ordre permettra d'assurer à la population sénégalaise que la personne qui travaille en tant que sage-femme et qui est titulaire d'un diplôme a les compétences nécessaires et met à jour régulièrement ses compétences pour offrir le meilleur soin possible, afin d'améliorer la santé de la mère, du nouveau-né, des enfants et des adolescents’’, confie Mme Mbodj.

Prolifération des écoles de formation

Concernant la prolifération des écoles de formation et les exercices illégaux de la profession, elle avance que c’est l’une des raisons pour lesquelles il est important et urgent d'avoir cet ordre professionnel de sages-femmes. ‘’Au Sénégal, nous sommes dans un environnement où les écoles et les institutions de formation de sages-femmes et d'infirmières pullulent. À ce jour, il nous a été rapporté qu'il y a plus de 115 institutions qui ont ouvert sans avoir l'agrément pour pouvoir exercer. Un audit a été effectué par le ministère de l'Enseignement supérieur, car avec le passage au LMD (Licence, Master et Doctorat), une mission d'audit a été commanditée. Nous n'avons pas encore les résultats, mais nous nous sommes rendu compte qu'officieusement, très peu d'écoles répondent aux normes’’, constate-t-elle.

Avant d’ajouter : ‘’S'il y avait cet ordre professionnel, nous pourrions réglementer et savoir qui a le droit de former, quel est le curriculum exigé par la Confédération internationale de sages-femmes. Actuellement, nous observons qu'il y a plusieurs personnes qui exercent illégalement la profession de sage-femme, car leur formation ne répond pas aux normes. Elles n'ont pas un diplôme dûment reconnu par l'État du Sénégal et ce sont des personnes qui sont utilisées et même exploitées, car elles peuvent faire tout ce qu'on leur demande de faire, n'ayant pas les moyens de dire non, étant dans la parfaite illégalité’’.

Aujourd’hui, la mise en place de l'ordre, dit-elle, leur permettra de s’assurer que toute personne qui se dit sage-femme est réellement qualifiée pour exercer cette profession et qu'elle a l'obligation de mettre à jour régulièrement ses connaissances et ses compétences pour offrir le meilleur service à la population, qui inclut les femmes, les nouveau-nés, les adolescents et les enfants.  

CHEIKH THIAM

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