Publié le 25 Sep 2026 - 09:27
DIOMAYE À NEW YORK

Une diplomatie active confrontée à une contrainte économique majeure

 

À New York, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les rencontres avec des dirigeants africains, européens et des partenaires économiques. Une diplomatie qui élargit les marges de manœuvre du Sénégal, mais dont la portée économique reste confrontée à une contrainte majeure : la crise de la dette et les faibles marges financières de l’État.

 

La présence de Bassirou Diomaye Faye à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies ne se résume pas à une succession de rencontres protocolaires. Les entretiens menés à New York dessinent une diplomatie qui cherche à multiplier les interlocuteurs, à renforcer la position du Sénégal dans les affaires africaines et internationales et, surtout, à attirer des partenariats susceptibles de soutenir les ambitions économiques du pays.

Mais cette activité diplomatique intervient dans une situation financière particulièrement contrainte. Le FMI estime que les vulnérabilités liées à la dette et aux finances publiques sénégalaises restent élevées. En septembre 2026, les services du Fonds ont conclu avec les autorités un accord de principe pour un nouveau programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars, tout en indiquant que le Sénégal entend solliciter un traitement de sa dette afin de rétablir sa viabilité.

C’est dans cette contradiction qu’il faut analyser les rencontres de New York : le Sénégal cherche à élargir ses partenariats au moment même où sa marge de manœuvre financière reste étroite.

Alexander Soros : la transparence comme enjeu institutionnel

La rencontre avec Alexander Soros, fils de George Soros et président du conseil d’administration du réseau de fondations Open Society Foundations (OSF), relève d’abord d’une logique de crédibilité institutionnelle. Le chef de l’État a salué le partenariat avec cette fondation et son soutien aux efforts du Sénégal en matière de transparence des finances publiques.

Cette dimension rejoint les préoccupations du FMI en matière de transparence, de gouvernance budgétaire et de gestion de la dette. Mais une rencontre avec une fondation ne règle ni le besoin de financement de l’État ni le poids du service de la dette. Elle peut contribuer à restaurer la confiance, sans remplacer une politique de redressement financier.

Diversifier les partenariats

L’entretien avec le président roumain Nicușor Dan s’inscrit dans une logique de diversification des relations européennes. Les deux dirigeants ont évoqué la coopération dans l’éducation, la formation et la Francophonie, avec la volonté annoncée de donner un nouvel élan au partenariat économique. La Roumanie peut ainsi constituer un interlocuteur supplémentaire dans les domaines de la formation, des compétences et, potentiellement, de l’investissement.

Mais il existe un écart entre l’intention diplomatique et le résultat économique. Une déclaration commune ou un engagement politique ne produit pas automatiquement des investissements. Pour avoir un effet sur l’économie sénégalaise, cette coopération devra se traduire par des projets financés, des échanges commerciaux, des transferts de compétences et des partenariats avec les entreprises sénégalaises.

Avec António Costa, les discussions ont porté sur les énergies renouvelables, la santé, les transports, l’eau et l’assainissement, l’emploi des jeunes et des femmes, mais également sur la pêche et la migration. Les deux responsables ont aussi abordé la situation sécuritaire au Sahel et au Moyen-Orient.

Le Sénégal gagne ici un espace de négociation avec un partenaire disposant de capacités financières et institutionnelles importantes. La coopération européenne peut contribuer au financement d’infrastructures et de programmes sociaux et économiques. Mais les financements européens ne peuvent être considérés comme une solution à la crise financière. Ils peuvent accompagner des investissements ou des politiques publiques, sans régler la question centrale de la capacité de l’État à équilibrer durablement ses finances. La pêche et la migration restent, par ailleurs, des dossiers qui touchent directement aux intérêts économiques et politiques du Sénégal.

Avec Emmanuel Macron, Bassirou Diomaye Faye a évoqué la coopération bilatérale et les questions internationales, notamment la paix, la sécurité et l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU. Dakar maintient ainsi le dialogue avec un partenaire historique tout en développant parallèlement d’autres relations.

La diversification diplomatique ne signifie pas nécessairement la rupture avec les partenaires traditionnels. Elle peut aussi signifier leur inscription dans un ensemble plus large de relations. Sur le plan économique, la relation franco-sénégalaise ne peut toutefois être jugée à partir de la seule proximité politique. Son intérêt dépendra des investissements, des financements, des échanges et des retombées locales effectivement obtenus.

La rencontre avec le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis complète cette logique de diversification européenne. Les échanges ont porté sur les relations bilatérales, les perspectives de coopération et les questions internationales, notamment la désignation du prochain secrétaire général des Nations unies. Pour Dakar, l’intérêt est de multiplier les possibilités de coopération au lieu de dépendre d’un nombre limité de partenaires. Là encore, le résultat économique dépendra moins de la rencontre elle-même que de sa traduction en contrats, investissements, échanges et emplois.

Pacte pour l’avenir : défendre les intérêts africains

La participation de Bassirou Diomaye Faye à la réunion consacrée à la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir en Afrique répond à une autre logique : celle de la représentation des intérêts africains dans le système multilatéral.

Le chef de l’État y a plaidé pour un multilatéralisme renouvelé autour du financement du développement, de la transition numérique et de la paix. Cette position prend une résonance particulière avec la situation financière sénégalaise. Un pays fortement endetté a intérêt à défendre des mécanismes internationaux de financement plus favorables au développement.

Cependant, le Sénégal ne maîtrise pas à lui seul les règles du financement international. Son plaidoyer peut contribuer au débat, mais il ne modifie pas immédiatement ses propres obligations financières.

Un ancrage africain renforcé

La rencontre avec Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, prend une dimension particulière parce que le président sénégalais exerce parallèlement la présidence de la CEDEAO. Les échanges ont notamment porté sur les relations bilatérales, les enjeux continentaux et la complémentarité entre les deux organisations.

Le Sénégal cherche ainsi à occuper une position de carrefour entre les organisations régionales et continentales. Cette posture peut renforcer son influence dans les discussions sur la sécurité, l’intégration régionale et les politiques africaines. Mais l’influence politique ne produit pas nécessairement des recettes budgétaires. Il faut donc distinguer capital diplomatique et capacité économique.

Avec Hassan Sheikh Mohamoud, les discussions ont porté sur la coopération bilatérale, le terrorisme, les relations entre l’Union africaine et les Nations unies ainsi que la situation dans la Corne de l’Afrique et au Sahel. Dakar cherche à ne pas limiter sa diplomatie africaine à l’Afrique de l’Ouest et à participer aux discussions continentales sur la sécurité.

Le bénéfice économique direct reste en revanche limité. La coopération sécuritaire peut protéger les conditions du développement, mais elle ne constitue pas en elle-même une réponse à la crise financière du Sénégal.

Yamata : le rendez-vous le plus directement économique

La signature du protocole entre la Société africaine de raffinage et la société turque Yamata constitue la partie la plus concrète de la séquence new-yorkaise.

Le projet porte, selon le communiqué présidentiel, sur la construction d’une seconde raffinerie d’une capacité de 4 millions de tonnes par an, pour un investissement annoncé entre 2 et 3 milliards de dollars. La modernisation de la raffinerie de Mbao représenterait entre 300 et 500 millions de dollars.

Le projet vise à transformer le pétrole produit au Sénégal en produits raffinés, à réduire la dépendance aux importations et à permettre, selon la présentation officielle, d’approvisionner également le marché sous-régional. Le communiqué évoque aussi des projets pétrochimiques, le développement de nouvelles compétences et plus de 15 000 emplois directs pendant la construction.

La diplomatie rencontre ici directement la politique industrielle.

Mais le protocole signé ne constitue pas encore la raffinerie. Le communiqué précise lui-même qu’il ouvre la phase des études détaillées d’ingénierie, dernière étape avant la construction. Le Sénégal doit donc encore passer du protocole au financement définitif, puis du financement à la construction, et enfin de la construction à la production.

C’est à chacune de ces étapes que se mesurera la réalité du projet.

Des acquis diplomatiques, des retombées à concrétiser

Les rencontres de New York peuvent ouvrir des portes, faciliter des financements, attirer des investisseurs, consolider des partenariats et renforcer la position diplomatique du Sénégal. Elles ne peuvent cependant pas résoudre directement trois problèmes majeurs qui sont aujourd’hui liés : la dette, le déficit budgétaire et la faiblesse des marges financières de l’État.

Le FMI prévoit, dans le cadre du nouvel accord envisagé, un programme de réformes destiné à restaurer la viabilité de la dette, renforcer les recettes intérieures, améliorer la gestion de la dette et rationaliser les dépenses publiques. Les autorités ont également annoncé leur intention de rechercher un traitement de la dette.

La diplomatie économique ne prend donc tout son sens que si elle débouche sur une économie capable de produire davantage de recettes, d’emplois, d’exportations et de valeur ajoutée.

Au terme de cette séquence, les gains de la visite de Bassirou Diomaye Faye peuvent être regroupés en trois catégories. Le premier est diplomatique, avec le renforcement des relations avec plusieurs partenaires européens, africains et internationaux et la volonté d’élargir l’espace de négociation du Sénégal. Le deuxième est stratégique, avec une présence plus visible dans les débats sur le Sahel, la sécurité africaine, le financement du développement et le multilatéralisme. Le troisième est économique, avec notamment le protocole SAR-Yamata et la volonté de développer la transformation locale des hydrocarbures et de renforcer les capacités industrielles du pays.

Mais ces trois gains n’ont pas la même immédiateté. Les gains diplomatiques sont déjà visibles dans les contacts établis. Les gains économiques, eux, restent largement conditionnés à la réalisation effective des engagements.

Le carnet d’adresses ne suffit pas

La séquence new-yorkaise montre un Sénégal qui cherche à élargir ses partenaires sans rompre avec ceux qui existent déjà. La rencontre avec Macron maintient le dialogue avec la France ; celles avec la Roumanie et la Grèce élargissent le champ européen ; l’entretien avec António Costa consolide la relation avec l’Union européenne ; les échanges avec le Burundi et la Somalie renforcent la dimension africaine ; et le partenariat avec Yamata donne une dimension industrielle à cette politique extérieure.

Le projet de seconde raffinerie est, à cet égard, le dossier le plus significatif. S’il permet effectivement de transformer davantage le pétrole sénégalais, de développer des chaînes industrielles locales, de créer des emplois et de générer des recettes sans accroître excessivement l’exposition financière de l’État, il pourrait constituer un levier important de transformation économique. Mais à ce stade, il demeure un projet dont la réalisation doit encore franchir plusieurs étapes.

La diplomatie de New York peut ouvrir des possibilités ; elle ne peut pas, à elle seule, sortir le Sénégal de sa crise financière. La réussite de cette politique extérieure se mesurera finalement à sa traduction intérieure : investissements effectivement réalisés, emplois créés, production locale accrue, recettes publiques renforcées et capacité à réduire durablement la vulnérabilité liée à la dette.

Khaly SARR

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