Publié le 23 Sep 2026 - 12:08
IBA AWA THIAM - ACTEUR, MANNEQUIN, GUITARISTE ET ACTIVISTE

De Dakar aux plateaux d’Hollywood

 

Acteur, mannequin, guitariste et activiste, le Sénégalais construit aux États-Unis une carrière plurielle, sans jamais rompre le lien avec son pays.

 

De Dakar à New York, puis jusqu’à Austin, au Texas, Iba Awa Thiam a changé de décors sans perdre ses repères. Acteur, mannequin, guitariste et activiste, le Sénégalais s’est progressivement fait une place dans l’univers artistique américain. Une trajectoire internationale qui reste pourtant profondément liée à ce qu’il a reçu au Sénégal. Avec ses 1,85 m, le mannequinat s’impose d’abord comme une évidence. Les campagnes publicitaires auxquelles il participe l’amènent ensuite devant les caméras et lui ouvrent les portes d’un autre univers : celui du cinéma. Puis il y a son épouse, elle-même actrice. À ses côtés, la curiosité se transforme peu à peu en véritable intérêt pour le métier d’interprète.

Le passage du mannequin à l’acteur se fait ainsi presque naturellement. Les échanges avec son épouse, l’observation de son travail et les expériences accumulées sur les tournages deviennent une forme de formation. Iba Awa Thiam apprend, s’adapte et multiplie les expériences. « Le cinéma me ressemble le plus », dit-il aujourd’hui. Pour autant, il ne conçoit pas l’art comme une succession de cases. Mannequinat, cinéma, musique : les disciplines se répondent et participent d’un même univers. « Être artiste est un mode de vie », résume-t-il.

L’histoire commence pourtant bien loin des plateaux américains. Iba Awa Thiam grandit à Point E, à Dakar, dans une famille de quatre enfants dont il est le cadet. Il attribue une part importante de ce qu’il est devenu à l’éducation reçue de ses parents, aujourd’hui disparus. Après des études supérieures en France, il revient au Sénégal. C’est dans son pays qu’il épouse une Américaine. Quelques mois plus tard, il décide de la rejoindre à New York. Le changement est radical. Nouvelle ville, nouvelle société, nouvelles habitudes et surtout nouvel environnement professionnel. L’expérience américaine lui fait aussi mesurer davantage la valeur des principes transmis par ses parents. Avec le temps, il comprend que les carrières ne se construisent pas toujours autour de grands bouleversements. Elles prennent parfois forme à travers une succession de rencontres, de voyages, d’expériences et de petites victoires. Aujourd’hui père de trois filles, il vit à Austin, au Texas, où il poursuit ses activités entre cinéma, famille et engagements.

Son parcours d’acteur l’a conduit sur les plateaux de productions américaines connues et de projets indépendants. Il a notamment participé à Alita: Battle Angel, réalisé par Robert Rodriguez et produit notamment par James Cameron, ainsi qu’aux séries Queen of the South et Wu-Tang: An American Saga. Il cite également The Leftovers, Toubab et Man Goes on Rant parmi les productions auxquelles il a pris part. Pas question pour autant de réduire son expérience à quelques titres. Chaque tournage constitue, à ses yeux, une nouvelle école. « Tous les projets m’ont énormément marqué et chacun différemment », explique-t-il. Pour chaque rôle, il dit se donner « à 300 % ». Il revendique cette capacité à s’adapter à des univers différents, comme un caméléon capable de changer de décor sans perdre son identité. Il refuse d’ailleurs de désigner une expérience qui serait plus importante que les autres. Chaque projet a son atmosphère, ses exigences et ses rencontres. « Chacun étant spécial », souligne-t-il.

Un Sénégalais dans l’industrie américaine

Évoluer dans l’industrie audiovisuelle américaine avec une identité sénégalaise constitue une expérience particulière. Iba Awa Thiam ne présente pourtant pas cette différence comme un obstacle. Il la revendique plutôt comme une richesse. Le Sénégal reste présent dans sa manière de voir le monde et dans ses relations avec les autres. « Avec le Sénégal en moi pendant tous ces moments », souligne-t-il.

Même loin de Dakar, il continue ainsi de porter une part de son pays sur les plateaux américains. Son parcours témoigne aussi de la possibilité de construire une carrière internationale sans rompre avec ses racines. Le cinéma reste aujourd’hui au centre de son activité, mais l’acteur continue de cultiver d’autres expressions artistiques. Le mannequinat fait toujours partie de son parcours et la musique occupe une place particulière. Il apprend notamment la guitare basse, davantage pour le plaisir que dans une logique professionnelle. Pour lui, ces univers ne s’opposent pas. Ils appartiennent à une même manière d’être. « On dort artiste et on se réveille artiste », lance-t-il.

Son activité ne s’arrête pas aux plateaux de tournage. Iba Awa Thiam s’investit également dans des initiatives sociales et humanitaires, notamment aux côtés d’Ubuntu.Life. Il se dit particulièrement heureux d’avoir accompagné la naissance et le développement de cette organisation, dont il considère l’action comme une contribution au développement social et environnemental. En tant qu’ambassadeur, il entend participer à cette dynamique au-delà du seul univers artistique. « Je suis toujours prêt à aider », affirme-t-il. Une disponibilité qu’il rattache à sa conception de la solidarité et à ce qu’il appelle son « cœur de Baye Fall ». L’engagement devient alors une autre manière de porter les valeurs auxquelles il reste attaché.

Faire voyager le Sénégal

Le voyage constitue un autre prolongement de cette volonté de représenter son pays. Iba Awa Thiam dirige Teranga Travels, une agence consacrée à la découverte et à la promotion du Sénégal. Son argument tient en un mot : la Teranga. L’hospitalité sénégalaise constitue, selon lui, l’un des meilleurs leviers pour faire découvrir le pays. Paysages, culture, gastronomie, histoire et hospitalité : autant d’atouts qu’il souhaite mettre en avant auprès des visiteurs. Le voyage devient ainsi une autre façon de raconter le Sénégal.

Son installation aux États-Unis n’a pas effacé son intérêt pour le développement de l’industrie cinématographique sénégalaise. Au contraire. Avec Mister Kara, fondateur de la plateforme de streaming Filmika, Iba Awa Thiam travaille autour d’une ambition plus large : contribuer à faire du cinéma sénégalais une véritable industrie. L’enjeu, pour lui, dépasse donc la réussite personnelle. Il s’agit de participer à la structuration d’un secteur capable de produire, de diffuser et de faire davantage rayonner les créations sénégalaises. Son regard reste également tourné vers les États-Unis. Il souhaite poursuivre son parcours dans le cinéma et nourrit notamment le rêve de partager un jour l’écran avec Omar Sy.

Parmi ses projets récents figure Angels Watching Over Me, un film qu’il vient de terminer et dont une première projection est annoncée à Dakar vers la fin de l’année. Un rendez-vous particulier pour l’acteur, qui entend ainsi reconnecter son travail avec le public sénégalais. De Point E à Austin, en passant par la France et New York, Iba Awa Thiam a construit sa trajectoire entre plusieurs mondes. Une carrière internationale, mais un fil conducteur qui ne change pas : le Sénégal. Les prochaines productions américaines, son rêve de jouer avec Omar Sy et ses projets autour du cinéma sénégalais dessinent désormais la suite de cette histoire. Et lorsqu’il s’adresse à son pays, le message tient en quelques mots : « À très bientôt Sénégal », avec, dit-il, une gratitude ressentie « du fond du cœur » pour le soutien reçu.

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