Publié le 20 Jan 2019 - 03:19
EMIGRATION CLANDESTINE

Mame Diarra Touré réclame son fils au convoyeur

 

Le procureur du tribunal de grande instance de Mbour a requis 2 ans d'emprisonnement contre Mamadou Lamine Manga, enseignant dans une école maternelle. Il a été jugé pour organisation d'émigration clandestine et escroquerie.

 

Le fils de Mame Diarra Touré a-t-il été tué sur les chemins de l’émigration ou croupit-il quelque part entre l’Afrique et l’Europe ? En tout cas, la dame ne veut plus qu’une chose : qu’on lui rende son fils de 17 ans.  En mai 2017, elle a contacté Mamadou Lamine Manga pour qu'il l'aide à amener son fils en Espagne. Ce dernier était retourné dans sa ville natale de Sédhiou pour y passer quelques jours de vacances. Les parents de l'adolescent de 17 ans, ayant entendu que l’enseignant préparait un voyage en Espagne pour ses deux frères, se sont renseignés sur les modalités de ce voyage. ''Il m'a dit qu'il est enseignant et qu'il préparait le voyage de ses deux frères. Qu'il a l'habitude d'organiser ce genre de périple. Mon fils a quitté Sédhiou pour aller chez lui à Sindia. Je lui ai remis la somme de 300 000 francs pour le voyage. Il est resté quinze jours à Sindia dans la maison de Manga, avant qu'il ne prenne la route'', explique la dame. 

Lorsque son fils est arrivé au Niger, Mamadou Lamine Manga l'a appelée pour lui demander de l'argent. Car, son fils était bloqué là-bas et n'avait plus d'argent pour continuer son voyage. ''Il m'a demandé 400 000 francs pour permettre à mon fils de continuer le voyage. Il m'a expliqué qu'un bateau en provenance de l'Espagne allait en Libye pour acheter de l'essence'', narre la dame. Qui poursuit qu'un jour, elle a appelé Mamadou Lamine Manga qui lui dit qu'il avait emprunté une partie de l'argent de son fils pour permettre d'abord à l'un de ses frères de partir. Et que les deux autres candidats allaient suivre. Il a, par ailleurs, confié qu'il ne savait pas où se trouvait l'adolescent. ''Je lui ai dit que je n'étais pas d'accord. Et qu'il fallait que les trois quittent ensemble la Libye pour l'Espagne. Car, depuis le début, ils ont fait le voyage ensemble'', dit-elle.

Puis, ''un jour autre, je l'ai appelé, il m'a dit que mon fils était bien arrivé en Espagne. Deux jours après, je dormais et un froid intense m'a réveillée. Le lendemain, j'ai fait des mains et des pieds pour avoir un numéro où je pouvais joindre mon fils. Quand je l'ai eu, je lui ai demandé où il était. Il m'a dit qu'il se trouve en Libye, alors que Manga m'avait dit le contraire’’. Mais, la dame n’était pas au bout de ses peines. ‘’Au mois, de décembre dernier, on m'a dit que mon fils était mort. Il n'est pas mort, qu'on me ramène mon fils'', a-t-elle soufflé, hier, à la barre du tribunal de Grande instance de Mbour.

Devant la barre, l'enseignant a réfuté les faits qu'on lui reproche. Il a déclaré que le voyage du fils de Mame Diarra Touré a été organisé par Mactar Ndiaye et Idrissa Sambou. Et qu'il n'était qu'un simple intermédiaire. Le juge lui a alors demandé pourquoi, devant les enquêteurs, il a accepté les faits en signant le procès-verbal. ''Je ne savais pas ce que je signais'', a répondu le prévenu. ''Pourquoi accepter de signer le contenu du procès-verbal. Vous savez lire, pourquoi vous ne l'avez pas lu ?'', a poursuivi le juge. Mais c’est son avocat qui a répondu à sa place, en indiquant que dans les brigades, on use de ruse ou de violence pour arriver à faire signer un procès-verbal à un prévenu.

Faisant partie du voyage, Mamadou Manga a été appelé à titre de témoin. ''D'ici au Niger, nous avons payé la somme de 300 000 chacun. Saliou est arrivé en Italie. Moi, j'ai été arrêté en Libye et mis en prison pendant deux mois. Ensuite, on m'a refoulé. Je n'ai plus eu des nouvelles d’Ameth (fils de Mame Diarra Touré)’’.  A la suite de ce témoignage, le procureur a soutenu le tribunal réprime l'agissement consistant à profiter de la naïveté des gens. Il a requis 2 ans fermes. L'enseignant sera fixé sur son sort le 25 janvier. Pendant ce temps, Mame Diarra Touré continue de réclamer la restitution de son argent et le retour de son fils.

KHADY NDOYE (MBOUR)

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