Publié le 22 Jul 2026 - 17:20
ENTRE RAISON D’ÉTAT ET DEVOIR DE JUSTICE

Diomaye a-t-il réhabilité Macky ?

 

En apportant le soutien officiel du Sénégal à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, Bassirou Diomaye Faye pose un acte politique majeur. Cette décision confère à son prédécesseur la légitimité nationale qui manquait à son ambition internationale, sans pour autant effacer les controverses liées à sa gouvernance.

 

Le président Bassirou Diomaye Faye soutient officiellement la candidature de de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. C’est la première fois qu’un Sénégalais brigue cette fonction internationale.

La décision de Diomaye constitue sans doute l’un des actes politiques majeurs posés depuis l’alternance de mars 2024. S’agit-il d’une réhabilitation ou d’une normalisation des relations politiques ? Le premier enseignement de cette séquence est que le président Bassirou Diomaye Faye a apporté à la candidature de Macky Sall la légitimité de son propre pays sur la scène internationale.

En décidant que la candidature de Macky Sall devenait désormais « celle du Sénégal » et en mobilisant le Gouvernement ainsi que l’ensemble du réseau diplomatique pour la défendre, l’État sénégalais a conféré à son ancien président une reconnaissance officielle qui dépasse le cadre d’une simple courtoisie institutionnelle.

Ce soutien transforme une candidature personnelle, jusque-là portée par le Burundi, en candidature nationale. Il constitue, à ce titre, une forme de réhabilitation diplomatique. Les partenaires étrangers ne voient plus seulement un ancien président candidat, mais un prétendant bénéficiant de l’appui officiel de son pays. Cette décision permet également de distinguer l’éthique de conviction de l’éthique de responsabilité.

Pendant qu’il était dans l’opposition, Bassirou Diomaye Faye dénonçait vigoureusement le bilan de Macky Sall, notamment la répression des manifestations de 2021 à 2024 et la gestion des finances publiques. Une fois au pouvoir, il semble avoir privilégié la responsabilité étatique en soutenant une candidature susceptible de renforcer le rayonnement international du Sénégal, indépendamment des antagonismes politiques passés. Cette posture présidentielle illustre le passage de la politique partisane à la politique d’État. Gouverner implique souvent d’arbitrer entre les engagements militants et les considérations diplomatiques. Sous ce rapport, la décision de Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans une logique de continuité de l’État.

Toutefois, la portée de cette réhabilitation dépasse la seule sphère diplomatique. Elle revêt également une forte dimension symbolique. En recevant officiellement Macky Sall au Palais de la République, puis en demandant aux « forces vives de la Nation » de soutenir sa candidature, le chef de l’État contribue à modifier la perception publique de son prédécesseur. Celui qui était présenté comme un adversaire politique majeur apparaît désormais, dans cette séquence, comme un représentant des intérêts du Sénégal sur la scène internationale.

Quand la raison d’État se heurte aux attentes de justice

Si cette décision peut renforcer le prestige diplomatique du Sénégal, elle produit également des effets politiques internes complexes. Une première lecture consiste à y voir un geste susceptible de participer à la recomposition du centre politique. Après la rupture avec Ousmane Sonko et l’annonce de la création de sa propre formation, Bassirou Diomaye Faye cherche à élargir sa base de soutien. Dans cette perspective, son rapprochement avec Macky Sall pourrait être interprété comme un signal adressé à une partie des cadres de l’Alliance pour la République (APR), voire comme le prélude à de futures convergences politiques.

Cette hypothèse, évoquée dans le débat public, reste toutefois prospective. Aucun accord politique formel entre les deux hommes ou leurs camps respectifs ne permet, à ce stade, de l’établir. La suite dépendra des choix des acteurs et de l’évolution des rapports de force. Dans les systèmes de partis, les acteurs politiques cherchent à repositionner leurs alliances lorsque les équilibres évoluent afin de préserver ou d’accroître leur capacité d’action. Mais une telle stratégie comporte aussi un coût politique potentiel.

Les autorités sénégalaises actuelles avaient construit une partie de leur légitimité sur une critique sévère du précédent régime. Les événements de 2021 à 2024, qui ont causé plusieurs dizaines de morts selon différents bilans, restent au cœur des revendications de nombreuses familles de victimes et d’organisations de la société civile. Pour ces acteurs, le soutien officiel à la candidature de Macky Sall peut apparaître en décalage avec les attentes de vérité, de justice et d’établissement des responsabilités. La tension est donc manifeste. Les expériences comparées montrent qu’une réconciliation durable repose souvent sur un équilibre entre la reconnaissance des victimes, l’établissement des responsabilités et la reconstruction du lien politique.

À défaut, une partie de l’opinion peut considérer que la recherche du consensus diplomatique l’emporte sur les exigences de justice. Gouverner suppose ainsi de concilier les impératifs du présent avec la mémoire des conflits passés. Une décision jugée rationnelle sur le plan diplomatique peut être interprétée différemment par une partie de la société lorsqu’elle touche à des traumatismes encore récents.

La question centrale demeure : Bassirou Diomaye Faye a-t-il réhabilité Macky Sall ? Sur le plan diplomatique, la réponse est positive. Le soutien officiel de l’État, la mobilisation du réseau diplomatique et l’inscription de sa candidature dans l’intérêt national lui donnent une légitimité que le Sénégal ne lui avait pas encore officiellement accordée. Sur le plan politique interne, la réponse est plus nuancée. Une réhabilitation diplomatique ne signifie pas nécessairement l’effacement des controverses liées à son exercice du pouvoir.

Les débats sur la responsabilité politique dans les violences de 2021 à 2024, la gestion des finances publiques et les promesses de reddition des comptes demeurent présents dans l’espace public. D’un point de vue géostratégique, cette décision traduit surtout la volonté du Sénégal de préserver son influence internationale. Dans un contexte de recomposition des équilibres africains et de compétition pour la direction des institutions mondiales, soutenir un candidat sénégalais à la tête des Nations unies peut être considéré comme un investissement dans le prestige et l’influence du pays.

La décision de Bassirou Diomaye Faye constitue donc une réhabilitation diplomatique de la candidature de Macky Sall. Elle ne clôt cependant ni les débats politiques ni les questions mémorielles qui entourent son bilan. Elle met en lumière une tension fondamentale entre la raison d’État, qui commande de défendre les intérêts stratégiques du pays, et les attentes de justice d’une partie de la société.

L’enjeu, pour le président et son camp, sera de démontrer que le soutien à une candidature internationale ne signifie ni l’abandon du principe de responsabilité ni l’effacement des exigences de vérité portées par les victimes. De sa capacité à articuler diplomatie, justice et cohésion nationale dépendra la portée politique durable de cette décision.

KHALY SARR

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