L’ASSEP appelle l'État du Sénégal à criminaliser

Face à la persistance de pratiques discriminatoires dégradantes, notamment en milieu Soninké, les organisations de la société civile, sous la houlette de l'Association sénégalaise pour la solidarité, l’égalité et le progrès (ASSEP), ont exigé ce samedi une réponse législative ferme. Le président de l'ASSEP, Boubacar Traoré, demande l'adoption en urgence d'une loi spéciale pour garantir les libertés fondamentales de tous les citoyens.
Le président de l’Association sénégalaise pour la solidarité, l’égalité et le progrès (ASSEP), Boubacar Traoré, a profité d'une conférence de presse dédiée aux enjeux de la lutte contre l'esclavage et à la défense des militants pour interpeller directement les autorités sénégalaises. Selon lui, le cadre juridique actuel doit évoluer pour éradiquer définitivement ces pratiques d'un autre temps.
« Nous avons écrit au président de la République, au Premier ministre. Nous avons même proposé une loi à l’Assemblée nationale pour criminaliser l’esclavage par ascendance. Nous demandons à l’État du Sénégal d’adopter en urgence une loi spéciale criminalisant l’esclavage par ascendance, » a-t-il déclaré lors de cette rencontre initiée par la société civile ouest-africaine.
Cette mobilisation vise avant tout à dénoncer une réalité sociale souvent occultée. Cette conférence de presse a eu pour but de « dénoncer l’esclavage par ascendance qui est une pratique attentatoire à la dignité humaine qui subsiste au tableau de notre humanité, » a-t-il expliqué.
Les manifestations concrètes d'une pratique d'un autre âge
Loin d'être un concept abstrait, cette forme d'asservissement se manifeste par des privations de droits très concrètes au quotidien. « L’esclavage moderne par ascendance existe bien au Sénégal, » a affirmé le président de l’ASSEP. Boubacar Traoré a souligné que cet esclavage se manifeste par plusieurs leviers, notamment l’accès aux terres, la chefferie dans les villages, la gestion des biens de la communauté, le mariage, etc.
Le contrôle des ressources agricoles reste l'un des moyens de pression les plus violents. « Quand vous êtes descendants d’esclaves au Sénégal dans le milieu soninké, vous pouvez cultiver votre terrain agricole, mais le jour où vous décidez de ne plus accepter le statut d’esclave, les soi-disant maîtres d’esclaves vous retirent votre terrain, » fait-il savoir.
De plus, l'accès aux responsabilités locales demeure bloqué par des coutumes discriminatoires. Dans certaines localités, a-t-il ajouté, « les descendants d’esclaves ne peuvent pas devenir chef du village, alors que le Sénégal a mis en place un décret spécial pour désigner un chef du village, et lors des cérémonies, il y a des tâches qui sont réservées exclusivement aux descendants d’esclaves : laver les bols, tuer les animaux, faire la cuisine. »
Briser le tabou de l'esclavage intra-africain
Diko Hannoun, coordinateur de la coordination contre l’esclavage et ses séquelles (CCES), a pour, sa part, pointé du doigt un certain silence entourant ces pratiques internes au continent. Il estime qu’« on essaie de criminaliser l’esclavage un peu partout. Sauf que l’esclavage qui est entre nous, les Africains, l’esclavage transsaharien, on n’en parle pas. »
Pour les militants, l'heure est à la prise de responsabilité politique. « C’est pour cela qu’on a décidé d’organiser cette conférence pour vraiment attirer l’attention de l’opinion sur cette question extrêmement importante, pour que nos gouvernants, nos responsables, prennent en charge ce problème, » a-t-il précisé.
En termes de recommandations, Diko Hannoun suggère l’application des lois existantes qui criminalisent l’esclavage par ascendance et ses séquelles, ainsi que la garantie d'une protection juridique aux victimes et aux militants abolitionnistes. Il appelle également à former les magistrats, les forces de l’ordre et l’administration pour reconnaître et prendre en charge des cas d’esclavage par ascendance.
Pour le Sénégal, il a souligné la nécessité « d’adopter une législation spécifique sur l’esclavage par ascendance et ses séquelles, et de développer des politiques régionales en matière de prévention et de lutte contre l’esclavage par ascendance. »
MAMADOU DIOP







