Publié le 29 Apr 2026 - 20:55
TABASKI 2026 - FACE AUX INCERTITUDES REGIONALES

Les éleveurs appellent à une réaction rapide de l’État 

 

À quelques semaines de la Tabaski, l’inquiétude monte chez les acteurs du secteur pastoral sénégalais. Réunis en atelier les 27 et 28 avril à Thiès, les responsables du Conseil national de la Maison des éleveurs du Sénégal (CNMDE) ont tiré la sonnette d’alarme face à un risque réel de pénurie de moutons, conséquence directe de la crise politique et sécuritaire au Mali, principal pays fournisseur du marché sénégalais.

 

Le président du Conseil national de la Maison des éleveurs du Sénégal, Ismaïla Sow, met en garde contre les répercussions de la crise politique et sécuritaire au Mali, susceptibles de perturber gravement l’approvisionnement en bétail à l’approche de la fête de Tabaski. À cette contrainte s’ajoute la flambée des prix de l’aliment de bétail, qui fragilise davantage les éleveurs et pourrait entraîner une hausse significative des prix pour les consommateurs.

Face à cette situation jugée préoccupante, les éleveurs appellent à une intervention urgente de l’État. Ils plaident notamment pour la mise en place de subventions sur l’aliment de bétail et l’ouverture d’un cadre de concertation entre les autorités et les professionnels du secteur afin d’anticiper les difficultés et sécuriser l’approvisionnement du marché.

Ismaïla Sow insiste sur la nécessité pour l’État d’anticiper la situation et de prendre des mesures concrètes dans les meilleurs délais. Selon lui, les éleveurs sénégalais, en lien avec leurs homologues de plusieurs pays de la sous-région, notamment au Mali, suivent de près l’évolution de la situation à travers leurs réseaux professionnels. « Nous sommes en contact permanent avec nos partenaires des pays membres de notre organisation sous-régionale. Les échanges montrent que plusieurs zones font face à des difficultés, notamment en raison de la sécheresse évoquée dans certains pays comme l’Algérie et le Maroc », renseigne-t-il.

Dans ce contexte marqué par des tensions climatiques et économiques, certains États envisagent déjà des solutions alternatives, notamment en se tournant vers d’autres pays fournisseurs comme la Mauritanie. Une situation qui renforce les craintes d’une pression accrue sur l’offre disponible pour le marché sénégalais.

C’est pourquoi Ismaïla Sow appelle les autorités sénégalaises à agir rapidement afin de rassurer les acteurs du secteur et les consommateurs. Ils insistent notamment sur la nécessité de prendre des dispositions anticipées pour faciliter l’accès au bétail et éviter une flambée des prix à l’approche de la fête.

Par ailleurs, il exhorte les populations à s’organiser tôt pour l’achat des moutons, dans un contexte où les éleveurs eux-mêmes restent dans l’expectative quant aux mesures d’accompagnement de l’État.

Au-delà de l’urgence conjoncturelle liée à la Tabaski, les travaux de Thiès ont également mis en lumière les défis structurels du secteur. Les participants ont insisté sur la nécessité de moderniser la gouvernance du CNMDE, en favorisant une meilleure inclusion des jeunes et des femmes. Actuellement, ces catégories restent sous-représentées, avec seulement 13,15 % de jeunes et 10,16 % de femmes parmi les 178 530 membres de l’organisation.

Les éleveurs ont également abordé la question cruciale de la protection sociale. Dans un contexte de vulnérabilité accrue face aux chocs économiques et climatiques, un processus est en cours pour étendre la couverture sociale aux acteurs de l’économie informelle, notamment dans le secteur pastoral. Un comité technique travaille à l’élaboration de mécanismes adaptés aux réalités du terrain.

Présent à l’ouverture de l’atelier, le gouverneur adjoint de Thiès, Babacar Sadikh Niang, a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de la professionnalisation du secteur. Il a salué cette initiative, qu’il considère comme un levier essentiel pour faire émerger une nouvelle génération de leaders capables de relever les défis de la sécurité alimentaire au Sénégal.

Dans un contexte régional incertain, les recommandations issues de cet atelier apparaissent comme un signal fort en faveur d’une action coordonnée et rapide pour préserver l’équilibre du marché et soutenir durablement les éleveurs.

Ndeye Diallo (Thiès)

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