Des finances sous haute tension

Le gouvernement du Sénégal continue ses bonnes performances dans la mobilisation des recettes internes, mais pèche toujours dans les ressources extérieures.
L’État poursuit ses efforts dans la mobilisation des ressources internes. Comme en 2024, des évolutions importantes ont été enregistrées. Là où le gouvernement semble encore pécher, c’est au niveau de la mobilisation des ressources extérieures. Globalement, informe le rapport trimestriel d’exécution budgétaire, les recettes du budget général ont augmenté de 471,9 milliards de francs CFA, soit un taux de 11,8%. Elles ont été évaluées à 4.477,1 milliards, légèrement en deçà des prévisions chiffrées à 4 531,1 milliards dans la loi de finances numéro 2 qui a pourtant été adoptée en fin d’année.
Ces efforts dans la mobilisation des recettes domestiques sont surtout supportés par les populations. En effet, d’après le RTEB, les impôts indirects (hors FSIPP) sont ressortis à 2 396,2 milliards, soit une hausse de 247,1 milliards (un taux de 11,5%). En sus de ces impôts indirects supportés essentiellement par les ménages, il faut comptabiliser d’autres types d’impôts dont l’impôt sur les revenus collecté à hauteur de 789,3 milliards de francs CFA. Ce qui fait au total près de 3 200 milliards de francs CFA, sur un total de recettes fiscales de 4 087,4 milliards.
Par rapport à l’année précédente, les recettes fiscales ont augmenté de 394,2 milliards de francs CFA soit une hausse de 10,3%. Sur cette enveloppe, l’impôt sur les sociétés est juste de 463,4 milliards, soit environ 11% seulement. À noter que cette performance sur l’impôt sur les sociétés s’explique essentiellement par la montée en régime des activités pétrolières et gazières, la sous-branche extractive affichant une expansion de 77,2% en 2025.
Les ménages paient la note la plus salée
En ce qui concerne les recettes non fiscales, elles ont été recouvrées pour un montant de 287,4 milliards, représentant 111,1% de l'objectif annuel de 258,8 milliards, soit une progression de 102,8 milliards (+55,7%) par rapport à 2024.
Il ressort du rapport que cet accroissement notable est attribuable aux catégories suivantes : les revenus du domaine (73,2 milliards, soit 159,5% de l’objectif annuel, en hausse de 31,4 milliards par rapport à l’année précédente) ; la redevance radioélectrique (ARTP) estimé à 45,6 milliards, soit 131,1% de l'objectif, en hausse de 21,5 milliards…. Les dividendes et produits financiers ont également connu une évolution très significative avec la mobilisation de 108,9 milliards (121,3% de l'objectif (89,8 milliards), dont les dividendes pour 87,8 milliards, soit un taux de réalisation de 130,8% par rapport à l’objectif initial.
Ces performances ont cependant été atténuées par les résultas dans les hydrocarbures largement en deçà des prévisions. Selon le rapport, les recettes d'exploitation des hydrocarbures sont estimées à 56,1 milliards, soit 64,7% de l'objectif de 86,6 milliards. Pour les dons, ils ont été mobilisés à hauteur de 102,3 milliards, soit 60,2% de la cible annuelle.
Les dividendes de l’État explosent, les financements extérieurs ralentissent
Au chapitre des dépenses, le RTEB fait état d’une exécution à hauteur de 5.864,6 milliards, correspondant à 93,9% des prévisions de la LFR 2 2025. “Les dépenses ordinaires ont été réalisées pour un montant de 4 392,9 milliards (soit 100,6% des prévisions budgétaires), m portées essentiellement par les transferts courants (1 456 milliards) et la masse salariale (1 454,1 milliards). Les charges financières de la dette ont été exécutées à hauteur de 1 088,1 milliards”, informe le document.
S’agissant de la masse salariale, elle est répartie entre : la rémunération des salariés arrêtée à 1 423 milliards (97,9% du total) ; les dépenses de prestations sociales payées à hauteur de 31,1 milliards (2,1% du total). “L’effectif des agents de l’État concernés est de 191 507 agents à fin décembre 2025, dont 186 347 agents permanents, constitués de fonctionnaires et non-fonctionnaires, et 5 160 contractuels”, précise le rapport.
Les secteurs qui engloutissent le plus de ressources
L’analyse par secteur de la répartition de la masse salariale fait apparaître une forte concentration au profit du secteur de l’Éducation et de la Formation professionnelle qui totalise 817,5 milliards, soit 58,9% du montant total payé.
Le ministère de l’intérieur et de la Sécurité publique et celui des Forces armées suivent en cumulant une part de 22,2%. Pendant ce temps, le département de la Santé et de l’Action sociale se taille une part de 5,8% ; le ministère des Finances et du Budget (3,1%) ; la Justice (2,7%) et les institutions constitutionnelles (2,3%).
Les investissements encore très timides pour relever le défi
En ce qui concerne les dépenses en capital (investissements publics), il a été enregistré une contre-performance par rapport aux objectifs de la LFR 2. Elles ont été mobilisées à hauteur de 1.471,8 milliards à fin décembre 2025, soit 78,4% des prévisions de la LFR 2. Les investissements sur ressources internes ont atteint 559,1 milliards, comprenant les dépenses directement exécutées par l'État (98,6 milliards) et les transferts en capital (460,5 milliards). Les investissements financés par prêts projets et dons en capital se sont établis à 912,7 milliards, soit 72% des prévisions, indique le RTEB.
Il faut noter que le déficit budgétaire est ressorti à 1 387,5 milliards à fin décembre 2025, représentant 6,44% du PIB, pour une cible annuelle de 7,82% du PIB. “L’apurement des arriérés de paiement d’un montant prévisionnel de 500,9 milliards a enregistré à fin décembre 2025 des résultats satisfaisants, avec des règlements à hauteur de 474 milliards, soit un taux de réalisation globale de 94,6%”, informe le RTEB.
Ce que coûtent les agences publiques en attendant la rationalisation promise
Le rapport est aussi revenu sur la situation des organismes publics retenus dans son périmètre. Ces derniers se sont accaparés un budget cumulé de 2 362,6 milliards, exécuté à hauteur de 1 539,4 milliards, soit 65,2% seulement à fin décembre 2025. Leurs dépenses se répartissent entre le fonctionnement pour 1 057,6 milliards (74,9%) et l’investissement pour 481,8 milliards. “Ces organismes ont mobilisé des recettes pour un montant de 1 758,6 milliards, soit 74,4% des prévisions”, souligne le document.
Ces agences et organismes publics ont bénéficié de transferts courants assez significatifs, pour un montant de 1 456 milliards de francs CFA. “…Ces dépenses comprennent principalement des subventions accordées : au secteur de l’énergie (412,6 milliards au titre des subventions accordées par l’Etat) ; à la Société nationale de gestion du patrimoine du Train Express régional (23,4 milliards) ; à la Société nationale La Poste (20, 6 milliards) ; à la compagnie Air Sénégal (19,5 milliards) ; à AIBD SA (14,2 milliards ; à l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (12,5 milliards) ; à Dakar Dem Dikk (10 milliards) ; entre autres subventions.
“Les transferts courants en faveur du secteur de l’Enseignement sont orientés principalement vers la prise en charge : des bourses et allocations scolaires des étudiants pour 103,8 milliards ; des centres des œuvres universitaires pour 77,2 milliards ; des Instituts supérieurs d’Enseignement professionnel (ISEP) et structures de formation professionnelle pour 4,3 milliards ; des universités pour 102,2 milliards ; entre autres.
Le BTP encore sacrifié
Selon le RTEB de décembre 2025, l’État a consenti un effort important pour payer une part importante des arriérés, à travers une dotation globale de 500,9 milliards. “….S’agissant des arriérés sur financements extérieurs, à fin décembre 2025, les paiements effectués se sont élevés à 260,5 milliards, dont 246,1 milliards au titre des prêts projets et 14,4 milliards au titre des dons.
Concernant les arriérés sur ressources internes, les paiements se sont établis à 227,9 milliards, soit un taux d’exécution de 90,7% de l’enveloppe prévue de 251,4 milliards, laissant un reliquat de 23,5 milliards non encore réglé à fin décembre 2025”, informe le document. Selon la source, les paiements effectués concernent les secteurs suivants : le secteur de l’Energie avec 145,6 milliards ordonnancés sur une enveloppe de 146 milliards ; le secteur des BTP qui enregistre un niveau d’exécution qui demeure partiel, avec 82,2 milliards payés sur 105 milliards, soit un taux de réalisation de 78,3%….
Le MFB explique cette situation par l’incomplétude de certains dossiers de dépenses soumis au comité ad hoc de validation des dossiers d’arriérés.
721 milliards mobilisés au titre des TRS
Relativement aux ressources de trésorerie, le rapport note qu’à fin décembre 2025, un montant total de 5 376,3 milliards a été mobilisé, soit un taux de réalisation de 93,7% des prévisions de ressources de trésorerie de la LFR 2. Selon le document, ces mobilisations se répartissent comme suit : emprunts sur les marchés bancaires et financiers : 4 021,1 milliards, représentant 74,8% des ressources mobilisées. “Ils incluent notamment 721 milliards de financement net au titre des opérations de Total Return Swap (TRS) et un niveau de surdimensionnement associé de 278 milliards (soit 27,8% du montant émis par TRS).”
Ce surdimensionnement, poursuit le rapport, constitue un coussin de sécurité pour préserver la valeur du portefeuille en cas d'aléas. “Il n'intègre pas les engagements de l'Etat qui ne remboursera que les montants nets inscrits dans le plan de financement”, fait savoir le RTEB. Le surdimensionnement concerne également les prêts projets auprès de partenaires techniques et financiers pour un montant de 833,3 milliards ; les prêts projets destinés à l'apurement des arriérés sur financements extérieurs pour 246,1 milliards ; les emprunts rétrocédés pour 184,7 milliards….
“Ces emprunts intègrent les rétrocessions relatives aux prêts projets pour 63,4 milliards ; les prêts programmes pour 76,2 milliards ; le report de soldes des comptes bancaires sur financements extérieurs pour 14,9 milliards ».
MOR AMAR







