Publié le 20 Mar 2013 - 01:22

Karim, je dirais aux Sénégalais comment tu as pillé le pays…

Les enquêtes, menées sans précipitations, avec sérieux et méthode, ont établi que le fils de l’ancien président détient des avoirs estimés, pour le moment, à 700 milliards Fcfa, soit plus d’un milliard d’Euros. La presse en a largement fait écho. Des comptes bancaires locaux qui affichent un solde positif de … 900 millions Fcfa ;  compte non tenu de certains mouvements à l’étranger, de l’ordre de 4 millions d’Euros… Décidément, le cas Karim Wade ne relève plus seulement de détournements de deniers publics ou même d’enrichissement illicite. Il s’agit d’une entreprise de déstabilisation économique du Sénégal. La Senelec, les Ics, la défunte Sonacos, l’aéroport, le port, le transport aérien… Secteur par secteur, l’économie du pays a été phagocytée pour retomber dans ton escarcelle ou périr de sa belle mort ! 

 

Karim, je dirais aux Sénégalais dans quel mépris culturel tu les tiens, toi qui as pillé le pays, avec une rapacité de colon qui n’a d’égale que les faibles capacités financières du pays. Ta rapine organisée pour mettre le Sénégal en coupe réglée a commencé lorsque tu entrepris de revenir de Londres pour jouir du pouvoir de ton père. «Si d’autres peuvent tirer de si larges profits du pouvoir de mon père, pourquoi pas moi ?» t’es-tu dit, dans les couloirs d’une banque londonienne où tu servais comme un obscur employé. Tu te résolus donc de venir t’installer dans ce pays où tu n’avais pas laissé de marques dans la lutte de ton père.

 

Il fallait, pour cela, que tu deviennes d’abord Sénégalais puisque tu ne l’étais pas jusque-là. Ce qui fait que tu n’avais pas voté pour ton père de candidat en 2000, pas plus qu’avant, ni même en 2001. Je rappellerais à ta mère, Karim, que c’est seulement en 2002, comme l’a révélé la presse, que tu fus ainsi doté de pièces d’état civil sénégalais, toi dont le père courrait depuis si longtemps derrière le pouvoir.

 

Meïssa, Dupont, Demba, Abdoulaye...

 

Pour faire couleur locale, tu découvrais subitement que Meïssa figurait parmi tes patronymes. Au Dupont que tu as toujours été, il fut adjoint un Demba : Abdoulaye Baldé était ainsi chargé de devenir ton ombre, mais sans te faire de l’ombre. Pour amuser la galerie, comme ces Européens qui se couvrent de ridicule en se vêtant d’habits locaux, tu choisis un look sur lequel tu forces au point de faire croire que l’habit fait le Sénégalais… Tes costumes anglais remisés au placard, tes lunettes noires de star de série B rendues à leur étui, je dirais à ta mère qu’il ne suffit pas de s’habiller en blanc pour être perçu comme un parangon de la transparence.

 

Le stratagème, cousu de fil blanc, devait aussi se parer de couverture politique. Tes nouveaux amis, choisis dans le style BCBG, mais aussi  pour leur aptitude à s’aplatir devant toi,  entreprirent de faire croire aux Sénégalais que tu ambitionnais de diriger le Sénégal après ton père. Il n’en était rien : comme avec les sociétés écran par lesquels tu as mis la main sur l’économie du pays, tout cela relevait de nuages de fumées pour cacher ton jeu. Quand le débat tournait autour de la légitimité de la Génération du concret, ce concept fumeux créé pour toi, tu employais ta ruse à spolier le Sénégal, à puiser dans  les maigres finances du pays. Ainsi, dirais-je à ta maman, Karim, que toujours caché derrière quelqu’un ou quelque chose, tu aspirais l’argent du pays, comme une pompe. Ainsi de  cette ubuesque location d’un bateau à huit milliards pour trois nuitées…

 

Je dirais aux Sénégalais que, se croyant intelligent, tu as créé des sociétés dont les noms renvoient à des labels connus : DPW renvoie à  Dubaï Port World, tu en fais Dubaï Port Dakar. Tu serais un joueur de dames ou d’échecs qu’on dirait de toi que ton intelligence ne va pas au-delà du second coup. Karim, je dirais aux Sénégalais et au monde entier que tu as mis à genoux la Senelec, les ICS et la Sonacos, en complicité avec ta bande de copains. Et je dirais à ton père que cette liste des fleurons de notre industrie que tu as cassés n’est pas exhaustive.

 

Le casse du siècle !

 

Dans l’histoire des pillages de deniers publics, je dirais de toi que tu as battu des records difficilement égalables. A considérer le rapport entre la durée au pouvoir et l’ampleur des dégâts commis, tu as réussi, Karim, à être le champion toutes catégories ! Il se dit que tu serais un banquier avisé. Nous découvrons, nous Sénégalais, ta grande capacité dans les micmacs financiers à ton profit personnel et aux dépens de notre pays. Mais laisse-moi douter de ta jugeote. Tes multiples sociétés écrans, pour beaucoup, avaient pour propriétaires des noms de…domestiques au service de tes amis.

Décidément, Karim, tu as un mépris souverain pour l’intelligence des Sénégalais, au point de penser qu’un tel subterfuge ne serait pas découvert d’eux. Les inspirés «Guignols de l’info», à ton sujet, n’auraient pas manqué de parler de «foutage de gueule» de tout un peuple, ahuri par l’ampleur de ce qu’il faut bien appeler le casse du siècle !

 

Réalisant subitement que l’inintelligence supposée des compatriotes de ton père avait quand même des limites, tu entrepris de changer ces noms de personnes supposées indigentes, par des sociétés anonymes basées au Luxembourg, aux Iles Caïmans ou dans d’autres exotiques paradis fiscaux…

Karim, je dirais au Président Macky Sall de continuer à être ferme et droit dans ses bottes, dans son entreprise salutaire de traque des biens publics. Je lui dirais quel espoir nous portons à son action pour que, plus jamais, personne n’ait à l’idée de pouvoir dilapider les maigres ressources du pays, indûment et impunément.

 

Abdoul Aziz Guisse

zizguisse@yahoo.fr

 

 

Section: 
DU SALOUM AUX MARCHES INTERNATIONAUX : Et si le prochain champion sénégalais était aujourd’hui un paysan ?
Requiem pour le Sahel ou le dernier voyage de Maurice Freund
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE. Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne
LE CHEMIN DE L’ESPOIR : Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée
TURBO-RÉVOLUTION FINANCIÈRE AU SÉNÉGAL Entre orthodoxie du FMI, défi de la dette et explosion des alternatives endogènes
LE DESTIN DU PRÉSIDENT DIOMAYE : Entre démission et cohabitation forcée
LETTRE OUVERTE : À Son Excellence le Président de la République,
PROPOSITIONS DE RÉFORME-DIVORCE : Mettez juste un trait d’union
Saisine du conseil constitutionnel et dispersion de la classe politique
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel