Publié le 23 May 2026 - 13:21
QUESTION D'ACTUALITÉ  

La der qui aura perdu Sonko

 

Ce vendredi, la traditionnelle séance des questions d'actualité au Gouvernement a basculé dans l'inédit. Dans un climat politique et institutionnel électrique, le Premier ministre Ousmane Sonko a créé la surprise générale en affichant publiquement, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, une divergence de vues majeure avec le Président de la République sur la gestion des fonds politiques. Un grand oral offensif où le chef du gouvernement a également réaffirmé la ligne souverainiste de l'exécutif, tout en annonçant une reprise en main drastique de la gestion publique.

 

« Le Président a fait une erreur » : le pavé dans la mare des fonds secrets

C'est le moment le plus spectaculaire de ce face-à-face avec la représentation nationale. Rompant avec la traditionnelle solidarité au sommet de l'État, Ousmane Sonko a directement interpellé la posture du chef de l’État sur le dossier très sensible des fonds politiques. « Le Président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j’ai espoir qu’il revienne à la raison. Je ne suis pas d’accord avec lui sur cette question », a déclaré le Premier ministre sans détours.

Pour le chef du gouvernement, la transparence et l’encadrement strict de ces enveloppes constituent un marqueur idéologique non négociable de son parti. « Depuis 2014, nous posons le débat sur les fonds politiques. En 2019, c’était dans notre programme et en 2024 rien n’a changé. Nous avions promis qu’il n’y a aucun fonds qu’on doit confier à quelqu’un sans possibilité de contrôle », a-t-il insisté, déplorant que « les Sénégalais aient toujours pensé que ces fonds servent à acheter des militants » et martelant qu'« aucun centime ne doit être exempt de contrôle ».

Précisant sa pensée, il a exclu toute idée de suppression totale, plaidant plutôt pour une supervision inspirée des démocraties occidentales : « Nous n’avons jamais dit au Président qu’il fallait supprimer ces fonds, mais il faut qu’il y ait un contrôle, comme en France où il existe un comité. »

Souveraineté culturelle : un compromis non négociable face à l'Occident

L’autre axe fort de cette plénière a concerné la souveraineté sociétale et culturelle du pays. Interpellé sur les pressions diplomatiques extérieures, Ousmane Sonko a vigoureusement dénoncé l'ingérence des pays occidentaux, visant explicitement Paris, et a exclu toute reculade législative : « Il y a une sorte de tyrannie. Aucun pays asiatique ne critiquera le Sénégal parce qu'il a légiféré sur cette question. Aucun pays arabe ne nous critiquera, aucun pays africain ne nous critiquera. Mais il y a un petit noyau qui s'appelle l'Occident. »

Il poursuit : « J'ai entendu beaucoup de gesticulations dans des pays étrangers, notamment la France. S'ils ont opté pour des pratiques que je ne veux même pas nommer, c'est leur problème. Mais nous n'avons pas à recevoir de leçons d'eux. Il n'y aura pas de moratoire. Cette loi sera appliquée. »

Devant une assistance attentive, il a rappelé la fermeté des principes de son gouvernement : « Les valeurs que nous défendons ici ne sont pas négociables contre des financements ou des accords de partenariat. Le peuple sénégalais est souverain chez lui, et notre rôle est de faire respecter sa volonté, ses croyances et sa dignité, sans aucun complexe face à qui que ce soit. »

Les directeurs généraux au piquet

Le Premier ministre a ensuite mis les pieds dans le plat de la gestion administrative en révélant les conclusions d'un audit interne récent sur le train de vie de l'État, provoquant de vifs murmures dans l’hémicycle : « J'ai découvert avec surprise, à travers un audit des déplacements récents, des situations jugées totalement excessives. Nous avons des Directeurs généraux qui ont passé jusqu'à 33 jours à l'étranger sur une période de 90 jours. »

Face à ce constat de déconnexion budgétaire, le chef de l'exécutif a annoncé une reprise en main immédiate : « J'ai déjà pris des mesures de restriction fermes en limitant les déplacements des membres du gouvernement aux missions strictement statutaires. Désormais, pour ce qui est des Directeurs généraux, leurs déplacements devront obligatoirement être soumis à mon appréciation et ma validation préalables avant toute sortie du territoire. »

Et le désormais ex-chef du gouvernement d'en rajouter une couche : « L'heure n'est plus à la diplomatie de salon ni aux voyages non essentiels. J'appelle solennellement tous les gestionnaires de crédits et responsables d'agences à faire preuve de sobriété, de retenue et d'exemplarité dans la gestion des ressources publiques. »

Résilience financière, offensive contre la vie chère et reddition des comptes

Au-delà de la discipline interne, les urgences économiques du quotidien ont occupé une place centrale. Face aux craintes des députés sur le pouvoir d'achat, Ousmane Sonko a défendu un ciblage rigoureux des subventions : « Nous ne pouvons plus continuer à subventionner à l'aveuglette, au profit de structures qui n'en ont pas besoin, pendant que les populations les plus vulnérables continuent de souffrir de la cherté de la vie. Chaque franc de subvention doit aller là où il est utile. »

Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, est également venu en renfort pour rassurer la représentation nationale après les récentes perturbations informatiques subies par les services financiers de l'État : « Les attaques contre nos systèmes informatiques ont été contenues. Les régies financières de l'État sont sécurisées, pleinement fonctionnelles, et la continuité du service public est totalement garantie. L'État veille au grain et renforce ses barrières au quotidien. »

Enfin, le chef du Pastef a conclu son grand oral sur le chantier de la moralisation de la vie publique et de la reddition des comptes, confirmant la mise en branle des nouvelles structures judiciaires : « Notre bataille a été d'abord une bataille pour la bonne gouvernance. Elle reste une bataille pour la bonne gouvernance. »

En outre, martelé-t-il : « Le temps de l'impunité et du gaspillage des ressources publiques est définitivement révolu. Le Pool judiciaire financier travaillera en toute indépendance, sans chasse aux sorcières mais avec une rigueur absolue, car chaque centime détourné est un projet de développement en moins pour nos concitoyens. »

MAMADOU DIOP

Section: 
SONKO DEMIS DE SES FONCTIONS : Diomaye tranche dans le vif
CODE ÉLECTORAL Tafsir Thioye charge la majorité
SONKO À L’HÉMICYCLE VENDREDI : Le bras de fer avec Diomaye en toile de fond
18 MAIRESSES SUR 558 COMMUNES, 13% TÊTES LISTES LORS DES DERNIÈRES LÉGISLATIVES… Le Sénégal face au recul de la représentation féminine
LE DIALOGUE NATIONAL CHANGE DE VISAGE : Que cherche réellement Diomaye ?
Préparatifs du congrès Pastef
POLITIQUE, ÉLECTIONS MUNICIPALES : Pastef et Coalition Diomaye Président, la campagne avant l’heure
LINGUERE Tening Faye nommée première femme préfet du département de Linguère
MEETING “SARGAL” À MBOUR : Serigne Gueye Diop met en avant “l’ancrage populaire” de la coalition au pouvoir
Cadres Jambaars
PASTEF : La guerre des clans se poursuit
CONSEIL COMMUNAL DE LA JEUNESSE : L’APR se réjouit et annonce la reconquête
MATAM : Farba Ngom, en seigneur au Fouta
LINGUÈRE - MEETING DE LA COALITION DIOMAYE PRÉSIDENT Djiby Sara Ndiaye annonce sa candidature à la mairie
L’ACTE DE NAISSANCE DE « TAXAWU SENEGAAL » Khalifa Sall trace la voie d'un nouveau contrat social
CODE ÉLECTORAL – LE PARLEMENT CONFIRME LE TEXTE EN SECONDE LECTURE : La balle est dans le camp de Diomaye Faye
MEETING SARGAL DIOMAYE : Le Président mobilise et fait faux bond aux militants !
ELECTIONS LOCALES 2027 : Le FDR veut unifier l’opposition
FONDS POLITIQUES – ACCÈS À LINFORMATION : Le règne de l’opacité
ENTRE TENSIONS SOCIALES ET IMPÉRATIFS ÉCONOMIQUES : L’État ajuste ses priorités