Le Trésor public s’inquiète d’un retrait progressif de ses missions

Le ton monte au sein de l’administration financière. Le Syndicat Unique des Travailleurs du Trésor (SUTT) est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une tentative de dépouiller progressivement le Trésor public de certaines de ses missions historiques. Dans un communiqué au ton ferme, le syndicat s’oppose au projet de confier à la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) le recouvrement des impôts destinés aux collectivités territoriales.
Au Trésor public, la pilule passe mal. Les travailleurs du secteur disent avoir appris « avec stupéfaction » qu’un projet de réforme du Code général des impôts prévoit de transférer à la DGID le recouvrement des impôts locaux. Une compétence que le Trésor exerce depuis des décennies et qu’il estime avoir toujours assumée « avec efficacité et professionnalisme ».
Pour le SUTT, cette réforme ressemble à une remise en cause pure et simple du rôle du Trésor dans la chaîne de gestion des finances publiques. Le syndicat parle même d’une tentative de « confiscation » de ses prérogatives, à un moment où l’administration du Trésor est fortement impliquée dans le déploiement du SIGIF, le système intégré de gestion des finances publiques présenté comme un pilier de la modernisation de l’État.
Mais les inquiétudes du syndicat ne s’arrêtent pas là. Le SUTT accuse également la Direction générale des Douanes de vouloir récupérer le recouvrement des droits de douane à travers la réforme du Code des douanes actuellement en préparation. Là encore, le syndicat y voit une logique de rivalité administrative qui pourrait fragiliser l’équilibre du système financier public.
Derrière cette sortie musclée, les travailleurs du Trésor craignent surtout un affaiblissement progressif de leur administration. « Ces nouvelles tentatives de démantèlement progressif du Trésor » pourraient, selon eux, avoir des conséquences néfastes non seulement pour leur institution, mais aussi pour les collectivités territoriales et la gestion de la trésorerie de l’État.
Le syndicat remet également sur la table une vieille revendication : l’évaluation du transfert du recouvrement des impôts d’État intervenu en 2009. Dix-sept ans après cette réforme, le SUTT réclame un audit de la Cour des comptes afin de mesurer son impact réel sur les finances publiques. Le syndicat estime que le recours à des intervenants extérieurs, comme les huissiers ou commissaires-priseurs, a entraîné des pertes importantes pour l’État, alors que, souligne-t-il, le Trésor dispose déjà d’agents formés pour assurer ces missions.
Le SUTT invite par ailleurs les services des Impôts et Domaines à concentrer leurs efforts sur d’autres urgences, notamment la modernisation de l’assiette des impôts locaux et le respect du calendrier fiscal, deux points qu’il considère comme des sources importantes de pertes pour les collectivités territoriales.
En attendant un éventuel arbitrage du ministre des Finances et du Budget, le syndicat appelle les agents du Trésor à rester « mobilisés et vigilants ». Le dossier pourrait ainsi ouvrir un nouveau front social au sein de l’administration financière sénégalaise.






