Publié le 21 Feb 2018 - 20:01
ME EL MAMADOU NDIAYE

‘’N’oubliez pas, Monsieur le Juge, après Macky Sall, il y aura un autre président’’

 

Plus jeune avocat constitué dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, Me El Mamadou Ndiaye a relevé hier plusieurs incohérences dans le procès.

 

Son nom est devenu célèbre, depuis l’éclatement de cette affaire. Jeune avocat, Me El Mamadou Ndiaye fait partie du pool des défenseurs de Khalifa Sall. Il a été présent à toutes les étapes de la procédure. Hier, il a fait une ‘’brillante’’ plaidoirie. D’emblée, le conseil a déclaré que ‘’ce procès aurait dû être fermé, dès son ouverture, avec les exceptions’’. N’empêche, il ne se décourage car, dit-il, ‘’je suis sûr que cette procédure sera annulée’’. Il fonde sa conviction sur un constat : ‘’Le procureur n’a pas jugé utile d’articuler les infractions en droit.’’ ‘’J’ai eu des regrets en l’écoutant’’, a-t-il indiqué.

Pour autant, la robe noire mentionne que c’est la première fois qu’il voit ‘’une fausse partie civile aux côtés d’une vraie partie civile, de faux prévenus aux côtés de vrais prévenus’’. ‘’De ma courte expérience, c’est la première fois que j’assiste à cela dans cette salle. Ce procès est politique. Aucune enquête n’a été faite, ni sur la création de cette caisse ni sur l’utilisation de ces fonds. Les deux percepteurs ont été installés dans la procédure pour charger Khalifa Sall et autres’’, a-t-il signalé. Avant de poursuivre : ‘’Cette caisse d’avance est une caisse d’avance dérogatoire et les mêmes règles ne sauraient être appliquées. La notion de fonds politiques apparaissait à la Ville de Dakar avant l’indépendance. L’existence historique des fonds politiques n’est pas à débattre, parce que nous l’avons prouvée. Et le maire Mamadou Diop l’a clairement expliquée devant ce tribunal.’’

Me El Mamadou Ndiaye d’asséner : ‘’Nous ne débattrons pas sur les infractions, parce que nous avons attendu sur ce terrain le procureur qui ne nous a rien servi. Le parquet ne nous a pas prouvé que Khalifa Sall et Cie agissent en violant le droit.’’ Il ajoute : ‘’On veut condamner Khalifa pour détournement de deniers publics, alors qu’il n’y a pas de manquant. L’objectif, c’est d’éliminer un adversaire politique. Et n’oubliez pas, Monsieur le Président (le juge), après le président Macky Sall, il y aura un autre président.’’

Me Moustapha Ndoye : ‘’Ce procès, c’est le président de la République contre le maire de la capitale’’

Abondant dans le même sens que son confrère de la défense, Me Moustapha Ndoye a insisté pour dire que ‘’dans ce dossier, on a agi pour le compte du président de la République’’. ‘’C’est un procès entre le président de la République et le maire de la capitale. Aucune charge ne peut être retenue contre les prévenus. Aucun élément du dossier ne nous permet de retenir une quelconque condamnation. Les choses sont très claires et il n’y a rien qu’on puisse retenir contre Khalifa Sall’’, a-t-il renseigné.

A ses yeux, la personnalité morale et l’autonomie financière sont importantes dans cette affaire. Sur ce, il indique que ‘’quand on a un certain pouvoir, il faut un minimum de pitié’’. Me Ndoye de prévenir : ‘’S’il (l’Etat) veut nous faire la fête, on ne peut pas lui échapper. Car tous les chemins mènent à Rome.’’

ME AMADOU ALY KANE, AVOCAT DE KHALIFA SALL ET CIE

‘’Le juge qui ira au paradis, c’est…’’

Hier, Me Amadou Aly Kane n’a pas eu le temps de finir sa plaidoirie. Ses mots ont fait tomber en transe un soutien de Khalifa Sall et ses co-prévenus. L’épouse du maire et la 1re adjointe de la commune, Soham El Wardini, n’ont pas pu s’empêcher de verser des larmes.

 ‘’Je sollicite de votre tribunal qu’il veuille bien relaxer les prévenus. Il n’y a pas de dossier. Vous êtes saisi d’un montage judiciaire artificiel. On s’aperçoit très vite que ce dossier est un château de cartes. Le premier artifice a consisté dans la création d’un déficit de 1,830 milliard de francs Cfa. Il est créé sur la base de la dénégation de la personnalité morale de la Ville de Dakar. Il est certain que les ressources financières qui sont recouvrées appartiennent à la Ville de Dakar, ainsi que les biens immobiliers de cette ville. Dans ce dossier, on veut masquer la réalité. La Ville de Dakar a son propre budget. Alors, qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a un déficit.

‘’Le deuxième artifice, c’est qu’ils ont tous agi pour le compte de la Ville de Dakar. Aucun d’eux n’est le bénéficiaire des actes qui ont été posés. Le troisième est les fonds qui sont affectés pour les fêtes de fin d’année, pour les chefs religieux, pour aider la police et les autres administrations de la ville.

Ces fonds sont nécessaires pour gouverner et ils sont logés dans la rubrique budgétaire et leurs utilisations sont discrétionnaires. Dans cette affaire, les infractions ne peuvent pas être constituées. On essaye de ratisser large pour dire si ça ne marche pas ici, ça marchera là-bas. Il y a trois types de juge : celui qui connaît le droit et qui dit le droit ; celui qui connaît le droit et qui ne dit pas le droit ; et celui qui ne connaît pas le droit et qui ne dit pas le droit. Un seul ira au paradis et c’est celui qui connaît le droit et dit le droit. Monsieur le Président, allez au paradis…’’

A. FAYE

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