Publié le 13 Oct 2026 - 16:50
VIOLENCES CONTRE LES FEMMES ÂGÉES

Des abus encore largement invisibles

 

Violences physiques et sexuelles, exploitation financière, privation de soins : les femmes âgées restent peu prises en compte par les dispositifs de protection. Dans un rapport, Reem Alsalem, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, alerte sur les effets conjugués de l’âgisme et du sexisme. En 2025, le monde comptait 664 millions de femmes de 60 ans ou plus.

 

Les violences faites aux femmes ne s’arrêtent pas avec l’âge. Mais leur détection et leur prise en charge se heurtent à des dispositifs qui négligent souvent les victimes les plus âgées. Dans un rapport présenté jeudi, Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, dénonce des abus rendus invisibles par les discriminations liées au sexe et à l’âge.

« Les femmes ne devraient pas perdre leur droit à vivre sans violence parce qu’elles vieillissent. Trop souvent, l’âgisme et le sexisme se conjuguent pour rendre la violence à l’égard des femmes âgées invisible, tolérée ou considérée comme une conséquence inévitable du vieillissement », souligne l’experte. Cette alerte concerne une population en forte croissance. En 2025, 664 millions de femmes avaient au moins 60 ans. Elles devraient être 1,13 milliard en 2050. Ces chiffres décrivent la population féminine âgée, et non le nombre de victimes de violences. Pourtant, les politiques de lutte contre les violences faites aux femmes et celles consacrées à la protection des personnes âgées répondent encore insuffisamment à leurs besoins.

Des victimes absentes des statistiques

Les lacunes commencent dans les enquêtes. Celles qui portent sur les violences conjugales ciblent principalement les femmes en âge de procréer, excluant souvent les autres catégories d’âge. Selon des données publiées par l’ONU en 2022, moins de 10 % des données exploitables sur les violences commises par un partenaire intime permettaient d’en mesurer la prévalence chez les femmes de 50 ans et plus. Ce manque d’informations compromet leur prise en compte dans les politiques publiques. Les abus peuvent aussi prendre des formes liées à la dépendance. Aux violences physiques, psychologiques et sexuelles s’ajoutent la confiscation des biens, l’appropriation des pensions, le contrôle des dépenses, l’abandon ou la privation de soins. L’auteur peut être un proche dont la victime dépend pour se nourrir, se déplacer ou recevoir une assistance quotidienne.

Ces violences surviennent au domicile, mais également dans les établissements de soins, les prisons et les structures d’hébergement. Les agressions sexuelles restent particulièrement méconnues, alimentant l’idée erronée que les femmes âgées seraient épargnées. Pour celles qui cherchent de l’aide, les obstacles sont nombreux : isolement, difficultés de déplacement, dépendance financière, méconnaissance des recours et exclusion numérique. Signaler les faits peut aussi faire craindre la perte du soutien apporté par l’agresseur lui-même.

Le rapport attire particulièrement l’attention sur les veuves, les migrantes, les femmes apatrides, handicapées ou vivant en milieu rural. Les conflits et les crises humanitaires peuvent aggraver leur exposition aux abus en affaiblissant les réseaux de soutien, les services de santé et les mécanismes de protection. Reem Alsalem évoque également les pressions susceptibles d’entourer les décisions médicales et la fin de vie, notamment lorsque les besoins d’une femme pauvre, isolée ou dépendante sont considérés comme une charge. « Aucune femme ne devrait être amenée à penser que sa vie constitue un fardeau simplement parce qu’elle a atteint un âge avancé ou qu’elle a besoin d’un soutien », insiste-t-elle.

La rapporteuse spéciale demande aux États de reconnaître explicitement ces violences dans leurs législations, de mieux les documenter et de rendre les procédures de plainte ainsi que la justice accessibles. Elle préconise aussi une formation adaptée des policiers, des magistrats, des soignants et des travailleurs sociaux. La protection passe enfin par les conditions de vie : des pensions suffisantes, un logement stable, des soins accessibles et des services d’aide à la personne peuvent réduire la dépendance dont profitent certains auteurs de violences. Ces mesures doivent permettre aux femmes âgées de conserver la maîtrise de leurs ressources et des décisions qui les concernent

CHEIKH THIAM

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