Publié le 18 Jul 2020 - 23:21
MODALITES DE PASSAGE DES ELEVES DES CLASSES INTERMEDIAIRES

Le cavalier seul du ministre dénoncé

 

Le ministre de l’Education nationale a communiqué, avant-hier, les modalités de passage des élèves en classe supérieure. S’ils prennent actes et émettent des critiques sur la gestion globale de la crise, les enseignants dénoncent la manière dont cette décision a été prise.

 

La décision du ministère de l’Education nationale sur les modalités de passage des élèves des classes intermédiaires, est diversement appréciée par les enseignants. Toutefois, ils s’accordent à dire que la tutelle a pris la décision sans concertation avec les acteurs qu’ils sont. Ils soulignent que le ministère a fait cavalier seul sur les modalités et qu’ils n’ont pas été associés, ni de près ni de loin.

‘’Le ministère ne nous a pas demandé ce que nous en pensions, mais il nous a informés et nous prenons acte des décisions prises’’, explique le secrétaire général du Syndicat des enseignants du moyen secondaire du Sénégal, Saourou Sène. Il renseigne que le G7 a été convoqué à une rencontre par visio-conférence, pour être informé. Aucune concertation, inclusion, fustige-t-il.

L’objet de ladite rencontre était de revenir sur quatre points. Le premier concernait le cas des collègues victimes de contamination par la Covid-19 et le traitement qu’il fallait leur réserver. Le deuxième point discuté a été la question des examens. A cet effet, il a été demandé que l’encadrement par rapport au respect du protocole sanitaire soit de rigueur jusqu’aux jours desdits examens. Le troisième portait sur le mouvement national. Et le dernier sur le passage des élèves des classes intermédiaires. Qui, aux yeux Saourou Sène, vivent une situation plus que catastrophique, ‘’pour la bonne et simple raison que tout le monde sait qu’apprendre à la maison, ce n’est pas tout à fait un enseignement qui peut permettre à un élève d’avoir un niveau. Par conséquent, dit-il, le niveau va baisser’’.

Rupture d’équité

Même appréciation de la situation par Seydou Mandian, membre de la commission scientifique du G7. Il considère que ‘’les élèves des classes intermédiaires ont été laissés à eux-mêmes’’. ‘’Aucun préalable n’a été pris pour leur destin’’, fulmine-t-il. De ce fait, il considère que le principe de l’équité, cher au Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet) 2013-2025, a été rompu. Seydou Mandian de poursuivre que ‘’ce tâtonnement ne les a surpris’’. A ses yeux, ‘’il y a eu problème dans le secteur de l’éducation, dès le début de la gestion de la crise’’.

‘’Tout le monde sait que le télé-enseignement n’a pas bien fonctionné pour les élèves. Il n’y avait pas de dispositif et de moyens adéquats. En pédagogie, l’approche par les compétences a été bafouée. Il n’y a pas eu d’évaluations, car les élèves n’ont pas étudié plus de six mois. Les autorités sont dans l’impasse. C’est pour cela qu’elles sont obligées de faire passer les élèves et essayer de s’en sortir’’, rouspète le membre du comité scientifique du G7 qui souligne que tout cela est la conséquence d’une gestion catastrophique et cavalière de la crise.

‘’Entre deux maux, il faut choisir le moindre’’

Ainsi, les voies de sortie de crise ne sont pas nombreuses. Saourou Sène préconise, du point de vue pédagogique et sur le plan des apprentissages, de commencer, à partir du mois de novembre, par une consolidation des quelques acquis qu’ils ont pu avoir dans l’année scolaire 2019-2020, avant d’engager le programme 2020-2021. ‘’Maintenant, il faut reconnaitre que dans une situation comme celle que nous sommes en train de vivre, c’est de rêver que de croire qu’il y a une possibilité de rattraper ou d’avoir le niveau que l’on aurait pu avoir en situation normale. Personne ne peut atteindre ça. Et entre deux maux, il faut choisir le moindre. C’est ce qui est en train d’être fait, parce que l’autre mal, c’était d’arriver complètement de façon définitive à une année blanche’’, a-t-il laissé entendre.

En effet, la tutelle a décidé, dans l’élémentaire, que l’élève doit avoir une moyenne d’au moins 4,5/10 pour passer en classe supérieure. Dans le moyen secondaire, l’élève doit avoir une moyenne d’au moins 9/20. Ceux dont la moyenne est comprise entre 4 et 4,49/10 pour l’élémentaire et entre 8 et 8,99/20 pour le moyen secondaire ont la possibilité de faire des réclamations auprès du directeur d’école ou du chef d’établissement. ‘’Pour accompagner ces décisions, il est autorisé un deuxième redoublement pour tout élève ayant déjà redoublé la classe. Aucun élève ne doit etre exclu pour insuffisance de résultats. Le ministre a cependant décidé que toute réclamation doit être étudiée par l’équipe pédagogique concernée qui devra soumettre l’élève à un test’’, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Le ministre de l’Education nationale Mamadou Talla demande de veiller à une application rigoureuse de ces mesures dans les écoles et établissements scolaires publics ou privés dans les circonscriptions respectives. Il demande aussi que toute réclamation soit étudiée par l’équipe pédagogique concernée qui devra soumettre l’élève à un test.

AIDA DIENE

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