Le MESRI précise et rassure

À la suite de la polémique naissante autour de la bourse des étudiants, le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a publié un communiqué pour clarifier les enjeux de la révision du décret fixant les conditions d’attribution du fameux sésame. Le MESRI se veut d'emblée rassurant ; il n'a jamais été question de remettre en cause les acquis.
Le paysage de l'enseignement supérieur sénégalais a été particulièrement agité, ces deux derniers jours. Et comme bien souvent, le nerf de la guerre reste l'argent, dans ce cas de figure, la bourse des étudiants. Dans cette cacophonie qui prend de l'ampleur, la tutelle a voulu d'emblée calmer le jeu. Ainsi, à travers un communiqué daté de ce 3 février, le MESRI clarifie les choses. Face aux inquiétudes et aux rumeurs de coupes budgétaires qui circulaient ces derniers jours, le ministère s'est voulu catégorique. « Le MESRI tient à préciser [...] qu’il n’a jamais été question de remettre en cause les droits des étudiants, de réduire les taux ou de supprimer des bourses. »
Cette mise au point intervient alors qu'une partie des représentants étudiants s'était retirée lors de la première journée des travaux. Malgré ce boycott partiel, le ministère assure que les objectifs de l’atelier ont été atteints. L'un des principaux chantiers de cette réforme est la mise en conformité du système avec les réalités financières du pays. Il s'agit notamment de réviser le décret n° 2014-963 du 1er août 2014. L'ambition affichée est claire : « Rompre avec les pratiques non conformes à l’orthodoxie budgétaire tout en veillant à plus d’inclusivité sociale. »
Le MESRI souhaite également une meilleure coordination temporelle entre les finances et l'académique. Le texte souligne que le ministère œuvre à « faire converger la période de paiement des allocations d’études et celle effective d’organisation des enseignements. » Le ministère a conclu en appelant toutes les parties prenantes à poursuivre le dialogue afin d'aboutir à un « consensus sur le cadre réglementaire rénové », signe que les discussions sont loin d'être closes.
Rappelons que la veille, la Fédération nationale des étudiants du Sénégal avait vigoureusement dénoncé, dans un communiqué, une tentative de réforme du système de paiement des bourses. Les représentants des étudiants dénoncent une volonté manifeste de réduire leurs droits acquis. Selon la missive, les apprenants déplorent une attitude fermée de la part des autorités : « Les représentants des étudiants ont quitté l'atelier car les autorités ont rétorqué par un mutisme total, manquant d'apporter des réponses aux questions soulevées. »
Le point de discorde majeur réside dans la décision unilatérale de supprimer les rappels de bourses. La Fédération qualifie cette mesure de « malvenue, illégale et brutale », estimant qu’elle porte atteinte à la dignité même de l'apprenant. Les représentants ne mâchent pas leurs mots face à ce qu'ils considèrent comme une injustice flagrante : « Les étudiants sont au regret de constater la décision péremptoire de supprimer les rappels, prétextant un principe fallacieux de non-rétroactivité de façon unilatérale sans concertation aucune. »
Vers une paralysie du système universitaire ?
Face à ce qu'elle décrit comme un mépris des autorités, la Fédération nationale des étudiants a appelé à un rétablissement immédiat de leurs droits. Le ton est ferme et laisse présager des jours mouvementés dans les différentes universités du pays (UCAD, UADB, UIDT, USSEIN, etc.). Le communiqué conclut sur une mise en garde claire : « La fédération nationale n'hésitera pas à poser des actes coordonnés au niveau national, dans les jours à venir, afin de rétablir l'étudiant dans son droit le plus absolu. »
Même si, via sa communication, le MESRI a voulu rectifier le tir en précisant que la suppression des rappels n'est pas synonyme de la fin des bourses, le camp estudiantin semble être sur le pied de guerre. Jusqu'ici, le régime actuel a été globalement épargné par les mouvements d'humeur dans les universités. Mais maintenant, le temps de grâce s'est sans doute écoulé. Le front risque d'être l'unique alternative pour les étudiants si l'on ne donne pas des gages du côté de l'autorité.
MAMADOU DIOP






