Publié le 9 Apr 2016 - 00:43
NDEYE BERCY KANE CAMARA, PSYCHO SOCIOLOGUE

‘’L’essentiel, c’est d’avoir un enfant’’

 

Ndèye Bercy Kane Camara est psycho sociologue, en service au Centre Académique de l’Orientation Scolaire et Professionnelle de Pikine-Guédiawaye. Elle revient ici sur la perception de la société sur la femme, en général, et les mamans qui donnent naissance à des filles, en particulier.

 

Quel est le regard de la société sur le fait d'avoir des filles comme enfants ?

La société sénégalaise en général est dominée par le patriarcat. C’est l’homme qui y fait la loi et se sert de la coutume et de la religion pour gérer la société à ses fins. Ainsi, la femme, quelquefois marginalisée, devient un instrument, un objet. Au sein de la famille, il appartient à la femme de jouer le rôle de procréatrice. Conséquence : une femme qui accouchait d’un garçon donnait un hériter à la famille et allait pérenniser la lignée de cette dernière. Tandis que celle qui donnait naissance à une fille était mal considérée par son mari et sa belle-famille. Parce que l’homme représente la force, la puissance, le pouvoir économique, la protection.

De ce fait, ce sont les garçons qui étaient inscrits à l’école et qui avaient plus de dispositions pour réussir. Le garçon est même assimilé des fois à une denrée précieuse « dom bou goor là ». Les filles quant à elles étaient peu ou pas scolarisées du tout, parce qu’elles étaient confinées au rôle de femmes au foyer qui n’avaient pas de pouvoir de décision. Ce qui faisait que les femmes souffraient beaucoup de cette situation vis-à-vis de leurs coépouses ou bien des autres femmes de la concession. Elles étaient même sujettes à des médisances au sein de la famille et vivaient un stress énorme, rien qu’à l’idée d’accoucher une fille. Il en était de même pour un homme qui n’avait dans sa progéniture que des filles. Il pouvait faire l’objet de doute sur sa virilité même. Ce qui faisait qu’il pouvait même répudier sa femme ou prendre une deuxième épouse pour lui donner des « mâles ».

Cette tendance se renverse de plus en plus, de nos jours, avec l’émancipation de la femme, la parité et surtout le rehaussement du statut de la femme. En effet, les filles sont de plus en plus scolarisées. Les femmes ont accès à l’emploi et sont présentes dans les instances de décisions. Elles sont conscientes de leur pouvoir économique, leur pouvoir d’achat et leur pouvoir de décision ; d’où leur contribution au développent aussi bien social qu’économique de la société. Cette situation fait que maintenant, les couples n’ont plus peur d’engendrer des filles et sont conscients du fait que l’homme reste le chef de famille, mais la femme joue un rôle primordial dans la société.

Mais, il y a sûrement un impact sur l’état d'esprit du couple face à une telle situation ?

Le couple ne devrait pas rejeter l’enfant pour le simple fait qu’il soit une fille. Ce rejet peut avoir des conséquences irréversibles chez l’enfant : mal-être, manque de d’estime et de confiance en soi. Il peut arriver qu’un père, qui voulait avoir un garçon, rejette la faute sur la mère et quelquefois même ne manifeste pas d’amour envers son enfant. De même, la maman se sentant rejetée peut faire de sa fille un souffre-douleur. Cela doit être évité. Un enfant, fût-il désiré ou non, doit être choyé, éduqué. Et surtout « goor baax na, jigéén baax na » Nul ne peut savoir quel enfant réussira dans le futur. L’homme a sûrement besoin de garçons pour assurer son héritage, mais la fille apporte la joie et le « weurseuk » (chance) dans la famille, comme on dit.

Quels conseils donneriez-vous aux couples pour mieux vivre cet état de fait ?

Le conseil que je leur donne, c’est de ne pas se décourager. L’essentiel, c’est d’avoir un enfant. Le sexe devrait importer peu. Il appartient aux parents de prendre soin de leur progéniture, de bien les éduquer et d’en faire des citoyens capables de vivre en société. Certes, l’influence de la famille est toujours importante dans le couple, mais beaucoup d’études ont pu démontrer que les femmes qui réussissent sont plus compréhensives envers leurs parents, et leur appui financier est plus conséquent. De même, le père doit faire preuve de compréhension envers la femme, ne pas la rejeter ou la blâmer, et surtout communiquer.

Est-ce nécessaire de trouver des remèdes médicaux ?

Cela peut être un recours, si le couple tient vraiment à avoir un garçon. Avec l’avancée de la médecine, il est possible de choisir le sexe de son enfant et même la couleur de ses yeux. Cependant, nous sommes dans des sociétés en majorité croyantes (islam ou christianisme). Faudrait-il se substituer au Créateur et choisir nous-mêmes le sexe de l’enfant et surtout en vaut-il la peine ? La réussite dépend-elle du sexe ou de la destinée… ?

AIDA DIENE

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