Publié le 20 Jun 2018 - 16:19
NOTE DE LECTURE

‘’La mystérieuse disparition du talibé’’

 

Il n’y a pas de hasard dans l’univers des sorciers : les profils des victimes à sacrifier, les manières de tuer, le cérémonial… tout semble réglé comme du papier à musique. Telle est la ‘’réalité’’ merveilleusement décrite dans ‘’La mystérieuse disparition du talibé’’ par Hamidou Bah.

 

C’est une histoire captivante. Elle porte sur une problématique cruciale : celle des enfants talibés. Hamidou Bah, dans ‘’La mystérieuse disparition du talibé’’, trempe sa plume dans le fiel pour décrire et décrier le calvaire de ces couches très vulnérables. A son récit dramatique, se mêle une certaine dose d’humour, mais surtout de cruauté. Personnage principal du livre, Thierno est endurant, intelligent et très persévérant. Contrairement à la plupart des enfants de sa catégorie, lui sait lire, écrire et parler la langue de Molière, en plus d’être l’un des rares de son ‘’daara’’ à maitriser le Saint Coran.

La vie de Thierno a failli basculer en un laps de temps. Kidnappé sur instructions d’une sorcière, couché sur le sol, il est sur le point de voir son cœur transpercé par son bourreau. Telle est la volonté de la commanditaire, ‘’reine’’ de ses ravisseurs dont un riche milliardaire niché dans le quartier huppé des Almadies. A l’intention de ce dernier, la sorcière ordonne : ‘’Tu dois sortir son cœur pendant qu’il est encore en vie. Tu ne le violeras point, car son corps doit rester pur. Tu ne l’égorgeras point, car sa beauté doit être intacte. Tu le poignarderas au cœur, et tu le sortiras encore battant. Son corps s’écroulera à tes pieds et tu mangeras son cœur en récitant ce que je te dirai de réciter…’’.

En fait, Thierno devait être la dernière victime d’une longue série de sacrifices, celui qui aurait fait accéder son bourreau au pouvoir et à davantage de richesses. Mais il a pu y échapper grâce à ses amis, la bande à Monsieur Le Blanc, militants des droits de l’enfant. Ensemble, ils étaient aux trousses des assassins qui massacraient les enfants talibés.

Les devanciers de Thierno n’ont pas eu la même baraka. Ils ont été tués un, après un, dans des conditions effroyables que l’auteur décrit avec force détails. C’est le cas, par exemple, d’Abdoul Lama et d’Aliou Kane… Dans les commissariats, toujours la même rengaine : ‘’L’enquête est en cours.’’ Et dans bien des cas, elle ne finit jamais, serait-on tenté de dire.

Outré par ces actes barbares et l’omerta qui les entoure, Le Blanc s’engage à chaque fois à se battre pour l’éclatement de la vérité. Mais se heurte toujours à un réseau imperméable qui va des hommes de main aux commanditaires milliardaires, en passant par les personnels hospitaliers et policiers. Après moult efforts sans résultats probants, le Français est sur le point de jeter les armes.  In extremis, il apprend la disparition de Tanou, ami intime de Thierno. Déboussolé, ce dernier s’emploie, lui aussi, à faire jaillir la lumière. Talibé, il va d’humiliation  en humiliation. Ainsi va-t-il découvrir que les enquêteurs et son marabout sont de connivence avec les malfrats.

C’est aussi ça la vie quotidienne du talibé : humiliation, inexistence civile…  Et comme le dit l’adage, l’apparence trompe. Sale, puant et mal habillé, Thierno est repoussé. Il soigne alors sa mise pour avoir accès à certains services et mener à bien son enquête. Bien habillé, il est mieux reçu partout. En même temps, il découvre que les donateurs sont plus généreux avec lui qu’avec ses camarades en haillons. C’est au grand bonheur de son marabout, dont le fils et responsable du ‘’daara’’ héberge dans sa chambre climatisée les talibés qui lui donnent 3 000 F, des repas copieux à ceux qui cotisent plus des 1 000 F obligatoirement.

Comment les chemins de Thierno et de Le Blanc se sont-ils croisés ? Ensemble, comment ont-ils pu mettre hors d’état de nuire la bande de malfaiteurs ? Quel est le sort de la sorcière, reine du puissant milliardaire et de sa clique ? Autant de questions parmi tant d’autres que le livre décrit avec plein de suspenses. Un ouvrage qui arrive dans un contexte marqué par la chasse à l’enfant, partout à travers le territoire national. Pour ces monstres affamés de viande d’enfants, les talibés sont les victimes parfaites. Leur ‘’oustaz’’, censé être leur père, celui qui les défend, les protège tout en leur apprenant la religion, ne se préoccupe même pas de leur sort.

Mor Amar

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