Réponse à la lettre ouverte de M. Yéro Metah

Monsieur Yéro Metah,
J’ai lu avec attention votre lettre ouverte et je vous remercie d’avoir exprimé avec franchise vos convictions et votre solidarité avec le peuple palestinien. Je les comprends et je les respecte.
Je souhaite toutefois apporter une clarification importante.
Ma position est claire et ne souffre d’aucune ambiguïté : je condamne fermement et sans réserve les violences, les injustices et les souffrances infligées au peuple palestinien, ainsi que toute atteinte aux populations civiles, aux lieux de culte et à la dignité humaine. Ma solidarité avec la Palestine et avec tous les peuples victimes de guerre et d’injustice est entière.
J’ai moi-même voyagé jusqu’en Israël avec, notamment, le désir de visiter Jérusalem. J’ai prié à la mosquée Al-Aqsa et j’ai vu et ressenti la douleur du peuple palestinien. Cette cause me touche profondément.
Concernant l’ambassadeur d’Israël, je tiens surtout à rétablir le contexte : notre rencontre a eu lieu à Touba, à l’occasion du Magal. Comme chaque année, j’étais venu effectuer mes visites auprès des dignitaires religieux. C’est dans ce cadre que je l’ai rencontré et salué.
Le « Salam » que je lui ai adressé ne signifie en aucune manière une approbation de la politique de son gouvernement. Saluer un homme n’est pas soutenir les actes de son État. Dialoguer n’est pas se compromettre.
Touba est une terre de foi, d’hospitalité et de paix. Mon attitude était précisément une manière de rappeler cette valeur fondamentale : nous voulons la paix.
Ma religion m’enseigne également que même dans le désaccord le plus profond, nous devons préserver notre humanité et laisser ouverte la possibilité du dialogue. Allah dit :
« وَإِنْ أَحَدٌ مِنَ الْمُشْرِكِينَ اسْتَجَارَكَ فَأَجِرْهُ حَتَّىٰ يَسْمَعَ كَلَامَ اللَّهِ ثُمَّ أَبْلِغْهُ مَأْمَنَهُ »
« Et si l’un des associateurs te demande protection, accorde-la-lui afin qu’il entende la parole d’Allah, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. »
Sourate At-Tawbah, verset 6.
Je suis musulman. Ma conviction est que nous pouvons condamner fermement des actes que nous jugeons injustes tout en continuant à parler aux hommes. Parfois, il faut même parler à ceux avec lesquels nous sommes le plus en désaccord. Peut-être qu’un jour, ils entendront notre message de justice et de paix.
Je remercie donc M. Yéro Metah pour sa lettre et pour son interpellation citoyenne. Je respecte son point de vue, tout en souhaitant qu'une distinction essentielle soit faite entre courtoisie et compromission, dialogue et approbation, hospitalité et renoncement à ses convictions.
Ma position demeure : solidarité avec le peuple palestinien, justice pour les populations civiles, respect des lieux saints et recherche de la paix.
Je demande respectueusement à la rédaction d’EnQuête+, qui a publié cette lettre ouverte, de bien vouloir publier cette réponse dans les mêmes conditions, au nom du pluralisme et du droit de réponse.
Que Dieu accorde la paix et la justice au peuple palestinien, au Moyen-Orient et à tous les peuples du monde.
Serigne Mboup
Maire de Kaolack






