Publié le 1 Aug 2019 - 19:11
RAPPORT ANNUEL BANQUE MONDIALE

La dette, cause de mauvaises politiques publiques

 

La Banque mondiale a rendu publique, hier, l’évaluation annuelle des politiques et institutions nationales (Cpia). Elle interpelle les pays d’Afrique subsaharienne quant à la mauvaise gestion de la dette.

 

La dette étouffe plusieurs pays africains, particulièrement ceux d’Afrique subsaharienne. C’est ce qu’on peut retenir du rapport de la Banque mondiale de l’année 2018. ‘’Certains pays risquent d’hypothéquer l’avenir de leur population, en privilégiant la consommation immédiate’’, avertit l’économiste en chef pour l’Afrique de la Banque mondiale, Albert Zeufack. Il se trouve que, durant l’année 2018, la dette publique du continent a atteint 54,9 % de son Pib. Soit une augmentation de 18,5 % depuis 2013.

En outre, depuis 2010, l’endettement envers les créanciers commerciaux et extérieurs au Club de Paris a grimpé de 5 %. De plus, les obligations libellées en devises dans la dette extérieure sont en hausse de 10 %. Ce sont des titres émis sur un marché de capitaux par un emprunteur non résident et qui sont donc libellés dans la monnaie du marché. Ces obligations suivent les règles du marché du pays où elles sont émises (Usa, Royaume-Uni et Japon le plus souvent). Pis, les obligations souveraines (remboursement à 100 % du capital) ont fortement progressé.

En Afrique subsaharienne, le cumul de ces deux paramètres - hausse de la dette publique et le recours à des sources de financement plus risquées et plus coûteuses - accroit la vulnérabilité face à l’endettement des Etats membres. Ce qui explique l’analyse de l’économiste Zeufack : ‘’Lorsque les pays consacrent la majeure partie de leur recette au service de la dette, une quantité moindre est disponible pour l’éducation, la santé et d’autres services essentiels pour les habitants. Le progrès est alors stoppé net dans son élan.’’

Dans leur rapport, la Bm et Ida préconisent une amélioration des capacités et systèmes de gestion de la dette dans cette partie de l’Afrique. Ce qui devrait accroitre la transparence et stabiliser l’économie à long terme.

Détérioration de la gestion macroéconomique

En outre, les pays les plus pauvres d’Afrique ont du mal à adapter leurs politiques publiques en fonction des besoins. Il en est de même pour la qualité du cadre institutionnel.

Selon l’institution, la gestion macroéconomique de ces différents Etats s’est détériorée à plusieurs niveaux. Le respect du droit, la redevabilité, la qualité de l’Administration publique, la transparence sont autant d’équations communes à ces pays qui, par conséquent, bloquent l’utilisation efficace des ressources publiques.  

En effet, la moyenne de 38 pays africains en matière de politiques publiques et de fonctionnement des institutions, sur une échelle de 0 à 6, est de 3,1 en 2018.

Cette note intervient dans l’attribution de l’aide de l’Association internationale de développement (Ida). Le Rwanda, avec une note de 4.0, occupe la première place du classement, tant en Afrique que dans le monde. Il est suivi du Cap-Vert (3,8). Viennent ensuite le Kenya, l’Ouganda et le Sénégal, tous notés à 3,7.

Des avancées sociales relevées

Par ailleurs, ces pays ‘’fragiles’’ d’Afrique subsaharienne ont amélioré leurs résultats en matière de développement humain, de stabilité environnementale et d’égalité des sexes. Ils ont d’ailleurs de meilleurs résultats que l’ensemble des autres pays du monde endettés (fragiles). Ces indices d’inclusion sociale sont, selon la Banque mondiale, favorables à l’éradication des conflits et de l’exclusion.

Toutefois, les Etats africains n’étant pas accablés par la dette n’arrivent pas à enraciner l’inclusion sociale dans leurs politiques publiques.  

‘’Traditionnellement, l’amélioration de l’inclusion sociale et de la prestation de services a été un facteur crucial pour que les pays sortent de leur fragilité. Donc, quelques modestes pas en avant ont leur importance’’, déclare l’économiste senior et principal auteur du rapport. Il recommande le développement du secteur privé, une plus grande mobilisation des recettes publiques intérieures. En septembre 2019, l’équipe ayant réalisé le rapport prévoit des échanges sur ces différents points avec plusieurs pays africains.

L’Association internationale de développement (Ida) est une branche de la Banque mondiale née en 1960. Elle aide les pays les plus pauvres du monde en leur accordant des dons et des crédits sans intérêt destinés à financer des projets et programmes pour la croissance économique, la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des populations. L’Ida intervient dans 75 pays dont 39 en Afrique.

                                                                                         EMMANUELLA MARAME FAYE

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