Publié le 22 Jul 2025 - 13:08
Refonder la formation professionnelle et technique à l’horizon 2050

Vers une approche systémique, inclusive et transformative

 

À l’heure où le Sénégal projette de réinventer son système éducatif dans le cadre de l’Agenda national de transformation de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (2025-2050), il devient impératif d'accorder à la formation professionnelle et technique (FPT) la place stratégique qui lui revient.

Ce sous-secteur, trop longtemps perçu comme marginal, porte pourtant des solutions durables aux défis de l’employabilité, de l’industrialisation, de la souveraineté technologique et de la compétitivité nationale. Pour réussir sa transformation, il ne suffit pas d'accumuler des réformes techniques : il faut repenser en profondeur notre manière de concevoir, de gouverner et de vivre la FPT.

Sortir des logiques parcellaires et corporatistes

L’appel à contribution lancé récemment à l’endroit des inspecteurs de la formation professionnelle est une initiative à saluer. Il reconnaît le rôle stratégique de ces professionnels dans l’observation du système, la coordination pédagogique et l’animation institutionnelle.

Mais cette démarche ne saurait, à elle seule, porter l’ambition de transformation à laquelle nous aspirons. Réfléchir à la FPT de demain n’est pas le monopole d’un corps ou d’une catégorie d’acteurs. Il serait contre-productif, voire dangereux, de reproduire une approche parcellaire, cloisonnée, ou "maisonniste", qui limite le débat à quelques cercles initiés.

Ce dont le pays a besoin, c’est d’un sursaut collectif, d’un débat ouvert, transversal et enraciné dans les réalités territoriales et sectorielles.

Penser la FPT comme levier de transformation sociétale

La FPT n’est ni un secteur de rattrapage, ni un segment secondaire du système éducatif. Elle est, au contraire, un espace d’innovation, d’inclusion, de professionnalisation et de développement local. Sa transformation doit s’articuler autour de principes clairs :

Intégration verticale et horizontale : renforcer les passerelles entre la FPT et l’enseignement général, l’enseignement supérieur, mais aussi entre l’école, l’entreprise et la recherche.

Approche territorialisée et partenariale : associer collectivités locales, organisations professionnelles, centres de formation, jeunes, parents et société civile à l’élaboration des politiques.

Réforme de l’orientation : donner aux séries techniques (S4, S5, STIDD…) une vraie légitimité, en valorisant les métiers, les filières courtes et les parcours hybrides.

Pédagogies renouvelées : généraliser les approches par compétences, les technologies éducatives, l’alternance et les dispositifs d’insertion adaptés aux profils spécifiques.

Culture de la qualité et de la gouvernance responsable : fonder la transformation sur la rigueur, l’évaluation, l’éthique et la transparence.

L’intelligence collective comme principe moteur

Une réforme crédible de la FPT ne peut reposer sur une seule expertise, aussi légitime soit-elle. Elle doit s’alimenter des expériences croisées des enseignants, inspecteurs, chefs d’établissement, étudiants, maîtres d’apprentissage, responsables d’entreprise, collectivités territoriales, chercheurs et partenaires sociaux.

L’intelligence collective, lorsqu’elle est mobilisée dans un climat de confiance et de co-construction, permet d’identifier les blocages réels, de co-produire des solutions et de garantir l’appropriation des réformes.

Co-construire pour transformer durablement

Refonder la FPT, c’est bâtir un avenir pour la jeunesse, pour les territoires, et pour l’économie nationale. Ce chantier dépasse les frontières institutionnelles ou les logiques d'appareil. Il exige de sortir des approches compartimentées, d’éviter tout repli corporatiste, et de s'engager dans une dynamique d’ouverture, de dialogue et de responsabilité partagée.

L’agenda 2025-2050 ne réussira que si tous les acteurs s’y reconnaissent, s’y impliquent, et s’y engagent. Ensemble, donnons à la FPT la dignité, la cohérence et la puissance transformatrice qu’elle mérite.

 

Par Alioune Cheikh Anta Sankara Ndiaye – Expert en développement Ecrivain

Section: 
SONKO–DIOMAYE : Pourquoi la coopération vaut mieux que la rivalité
UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT INDÉFENDABLE Pourquoi le Tribunal Arbitral du Sport annulera le forfait infligé au Sénégal
Qui dirige le Sénégal ?
NOS RESSOURCES NE DOIVENT PLUS ENRICHIR LES AUTRES. “L’Afrique doit servir d’abord les Africains”
DIOMAYE–SONKO ET LA TECTONIQUE DU POUVOIR : Quand les fissures du sommet traversent l’État
LA PAGE DE “L’AFFAIRE SOFTCARE” TOURNÉE : Les consommatrices soulagées
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions
(SUR)IMPOSITION DES RAPPELS DES ENSEIGNANTS, ENTRE FANTASMES, AMALGAMES ET COMMUNICATION HASARDEUSE : Des solutions à portée
PAYER LA BOURSE, STABILISER LE CALENDRIER UNIVERSITAIRE La réforme de l’enseignement supérieur et le défi du service public
Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.
Le bruit autour de la fresque de Papa Ibra Tall à Thiès ne valait pas la peine
L’affaire Doudou Wade ou la frontière mouvante entre la parole politique et l’ordre public
La restructuration de la dette publique est-elle une solution face à la crise de l’endettement ?
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !